La vie absurde de Mr Zag

12 mai 2017

Wonder Colette

 

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C’est en commençant à descendre l’escalier aux rambardes rouillées que je compris que j’avais fait une erreur monumentale. Aller aux toilettes publiques, un samedi après-midi en plein mois d’août est un acte aussi suicidaire que de lécher la table d’un Mac Do ou de serrer la main d’Emile Louis.

Je croise des hommes remontant leur braguette avec un sourire mélangeant sadisme et fierté. Certains arborent une tâche sur leur cuisse comme une médaille de guerre pour acte de bravoure dans les tranchées. Chienne de guerre. La fameuse tâche de pipi à laquelle tout homme fait face lorsqu’il se jette sur l’urinoir en urgence pour soulager sa vessie pleine  de bière et oublie que le principe est de ranger son engin dans son slibard après l’avoir secoué comme le stipule Nadine de Rothschild dans son guide des bonnes manières (Cette phrase est très longue mais je fais ce que je veux).

J’aurais dû ramener mon bonnet de bain et mon pince-nez vu l’odeur de chlore qui émane de cet endroit.

La maître-nageuse vêtue d’une blouse bleue et d’un badge indiquant « Colette »  m’envoie un sourire qui en dit long sur la situation dans laquelle je me suis fourré.

Comme un gamin arrivant dans une nouvelle équipe de foot, mes collègues du pissoir me dévisagent avec compassion, ne manquent plus que la petite tape sur le dos,  l’Ode à la joie  et le teint orangé de Brigitte pour me prendre pour Emmanuel Macron arrivant devant la pyramide du Louvre.

De la musique d’ailleurs il y’en a une en fond, enfin si on peut appeler ça de la musique. Un subtil mélange  de Mat Pokora et de  flûte traversière, Mozart s’en mord le radius dans son cercueil.

 

Ceci n’est que le début d’un plan machiavélique destiné à limiter au maximum le temps de passage du client devant la cuvette. D’abord les oreilles qui saignent puis ensuite il faut s’armer de bottes en caoutchouc pour entrer dans la forêt magique de la pisse.

 

 Il s’agit bien d’un écosystème comparable à celui de mars, seules deux espèces peuvent y survivre : le mec au bord du suicide à cause d’une gastroentérite fulgurante et un champignon qui pousse sur le pubis de  Roco Sifredi.

Je vous conseille d’ailleurs de  toujours avoir  un kit de survie sur vous,  comprenant le guide des champignons comestibles que vous trouverez en pharmacie ainsi qu’une lampe torche, un piolet et un rouleau de papier toilette triple épaisseur pour peau sensible.

C’est en m’avançant vers l’urinoir comme un cow-boy rentre dans un saloon, que je sentis des regards lubriques attendre que mon ceinturon se libère. Le concours de la plus grosse bistouquette est toujours d’actualité, je pu enfin ressentir ce que Miss France ressent à  chaque fois qu’elle défile en maillot de bain sous le regard pervers de Jean-Pierre Foucault  et les commentaires de Geneviève de Fontenay.

S’en était trop. Devant cet affront visuel, je décidai de m’isoler en cabine privée. Ce fût encore pire qu’Ewan Mc Gregor dans Trainspoting. « Les chiottes les plus sales d’Ecosse » sentent la confiture de fraises à côté de ça. Ca pique les yeux. J’ai failli perdre la vue et dégueuler sur place en voyant une cuvette pleine d’excréments. Bordel, je me demande toujours pourquoi l’enculé avant moi n’a pas la décence de tirer la chasse d’eau après avoir fait sa boulette.

C’est plein de courage, avec un bout de papier WC imprégné de gel hydro alcoolique que j’appuie sur le bouton magique lorsque j’entends le type de la cabine d’à côté gémir comme un goret. Le cigare au bout des lèvres on dirait qu’il va claquer sur place ou accoucher à force de pousser comme un forcené. Je n’ose plus bouger. Je pourrai lui suggérer de faire la technique de respiration du chien pour que les contractions soient moins douloureuses et appeler le gynéco de garde mais soudain, miracle. La libération, une mitraillette de pets avant un final grandiose digne du feu d’artifice du 14 juillet, ponctué par huit minutes de tirage de rouleau de papier WC. J’en déduis donc deux choses : soit Monsieur est poilu, soit le papier WC est de mauvaise qualité.

 

C’est les boyaux en vrac, au bord du malaise que je me soulage tant bien que mal pour ressortir de la cabine, l’air victorieux, tel un barbare ayant battu des loups à mains nues. Je n’ose pas m’arrêter au distributeur de savon craignant de choper le tétanos ou les oreillons au contact de cet objet en plastique greffé dans la crasse et le carrelage.

 

Je me dirige discrètement vers la sortie, craignant que le type de l’hygiène hurle depuis son mirador et lâche les chiens. Mais rien. Colette est là. Digne. Je dépose une petite pièce jaune, honteux de n’avoir que ça au fond de ma poche.  Colette est bien plus que Madame Pipi,  c’est Wonder Woman qui nettoie la merde et la pisse de porcs sans respect. Alors merci Colette, juste pour vous, je reviendrai.

 

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11 mai 2017

Fast-food, fast-fuck

 

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Le macadam jonché de Big Mac en décomposition,

Terrain de jeu macabre de la prostitution,

Le Mac tape sur son Mac,

Z’yeutant les camés du tarmac,

Les talons aiguilles abîmés,

Se cassent dans l'abîme de la perversité

Les bagnoles de frustrés ralentissent,

Odeurs de gnôle et de syphilis,

Quelques mots échangés et la vitre remonte,

Exit le respect, l’empathie ou la honte.

Le billet glisse dans son sac à main,

Il glissera en elle sans savoir d’où elle vient.

Déjà la porte claque,

Comme une gifle en pleine face,

Elle sent sur elle le regard de son mac,

Un regard de pourriture qui glace.

Le client met son clignotant,

Un notable arrogant,

Hier c’était un féru de domination,

Demain un puceau qui se prend pour un étalon.

Les talons aiguilles abîmés font des allers-retours,

Sur le macadam glacé du carrefour.

 

 

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24 avril 2017

Le monde part en sucette

 

Le monde part en sucette,

Marine épouse Gilles de la Tourette.

 

Donald devient président des Etats-Désunis,

Un papillon se pose sur l’épaule de David Bowie.

 

Il pleut du gaz sur des gamins en Syrie,

Météo France n’avait pas prévue autant de barbarie.

 

Bob Dylan reçoit le prix Nobel de Littérature mais se tait,

Bob l’éponge devient président de la Tchétchénie,

Il assassine Patrick, l’étoile de mer gay,

Mieux vaut être un mollusque hétéro à Grozny.

 

Les français organisent une soirée sado-maso,

Costumes de banquier et de facho,  

5 ans de nuance de gris,

Le 23 avril, journée nationale du Harakiri.

 

Sur les Champs-Elysée, c’est l’ouverture de la chasse,

Les  flics sont tirés comme des lapins devant Chanel,

Des fêtards meurent sur une terrasse,

Les corps froids s’entassent au pied de la Tour Eiffel.

 

Pénélope attend le retour d’ Ulysse,

Parti en guerre contre un canard déchainé,

Elle se souvient de la beauté de ses armures dorées,

La guerre des trois ne fait que commencer.

 

 

 Les rats manifestent devant la prison de Fresnes,

Un cafard s'est encore foutu en l'air l'autre jour en se taillant les veines.

 

Le monde part en sucette,

Au nom de dieu, Boko Haram viole des fillettes,

L’église couvre 18 prêtres pédophiles,

Ouf, l’Oréal lance une  nouvelle paire de faux-cils.

 

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29 mars 2017

Les étoiles filantes tombent parfois dans les trains

 

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Le train caresse les villes endormies,
De mon siège, le monde défile au ralenti,
Le ciel gris pleure sa mélancolie sur une succession de prés trop verts.
Les pylônes arrogants, témoins sans parole,
Du suicide orchestré de l’humanité.
Le wagon pue la bouffe réchauffée,
Une première classe sans paumés contre le radiateur.
Place 145,
La brioche plastiqueuse glisse dans son gosier.
Elle bouquine sur une liseuse froide,
Frigide de la tendresse du papier.
Une gare, encore une.
Les fourmis descendent en talons aiguilles,
Disparaissant dans un tunnel à peine éclairé.
La nuit arrive, effrontée.
Les lucioles artificielles balisent le chemin des toilettes,
Équilibriste de l’urinoir,
Une main sur la porte et l’autre sur l’arrosoir.
Mes cervicales portent plainte contre un dossier bleu inconfortable,
Mes jambes trop longues sont incompatibles avec le mobilier scandinave.
Un halo irradie le compartiment,
Eclipse solaire sur cols blancs mal lunés.
L’aura d’un petit homme curieux qui torpille sa grand-mère de questions existentielles.
Est-ce que les avions dans le ciel sont des trains avec des ailes ?
Est-ce que les nuages crient ?
Est-ce que le soleil dort la nuit ?
Il fixe le type à la grosse montre dorée avec malice,
Le renvoyant à sa stature d’adulte trop lisse.
La buée se pose sur la paroi vitrée,
De ses fragiles doigts roses,
Il esquisse un visage disproportionné.
Basquiat anonyme dévorant un paquet de Pépito,
Gustave Clim souffle à plein poumons,
L’œuvre éphémère s’évapore,
Le petit démon s’endort,
L’univers est orphelin,
Les étoiles filantes tombent parfois dans les trains.

 

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06 mars 2017

Tôt ou tard

 

 

Le noir de la nuit caresse son bleu de travail,

Un bleu foncé collé  à l’âme,

La routine étouffante du trajet,

Sur ce chemin appris par cœur,

Sans rancœur, ni regret,

Sans « peut-être », sans fleurs,

Petit Poucet aux pouces usés,

Semant de l’amertume sur le bitume mouillé,

Saint - Jacques de Compostelle,

Jonchées de merdes pastelles,

Composter son ticket de bus,

Taxer une clope à un clodo russe,

Les mains dans les poches,

Des poches sous les yeux,

Une gamelle tiède dans son barda,

Brasier sur sa carcasse voutée,

Parfum de patates douces au curry,

Colorant le ciel trop gris,

Il tire sur un  mégot froid,

Du tabac entre les chicots,

Le regard fixé sur les tuiles morcelées d’un toit,

Le monde doit avoir une autre gueule de là-haut,

Tôt ou tard,

La France qui se lève tôt,

Croisera la France qui se couche tard.

 

 

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23 février 2017

Miran et l'orange sucrée

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L’orange trop mûre roule sur le sol crasseux. Il l’a ramasse avec précaution, essuyant le regard des autres passagers, qui, moqueurs, retournent à leurs smartphones.

Comme un diamant précieux, il nettoie le fruit noirci et le place délicatement au fond de son sac à dos noir. C’est l’heure de pointe dans le Tramway A. Ça jacasse sur le film qui passait hier soir à la télé. Il est questions de flingues, de mafia et de trahison.

Il observe le monde se mettre en marche au petit matin. Des collégiens aux dents métalliques tapent dans un paquet de chips au paprika en guise de petit-déjeuner. Son ventre gargouille. Il imagine le goût chimique lui picoter la langue et avale sa salive avec difficulté, la bouche pâteuse.

Debout sur la pointe des pieds, il guette les contrôleurs tel un suricate scrutant l’attaque d’une hyène.

Il a fait froid cette nuit. Les morceaux de cartons posés à même le sol n’auront permis qu’au mieux à l’isoler des merdes de chien jonchant le trottoir mais pas du bitume gelé imprégnant son sac de couchage.

Il aimait la nuit pourtant, avant, passant des heures à écouter attentivement son père jouer de l’oud, couché sur son lit, un vent léger caressant son visage. Son petit-frère Adnan dormait paisiblement contre son flanc, seul endroit le rassurant depuis le début des bombardements.

Il lui manque. Toute sa vie d’avant lui manque. Les caresses de Bona, sa mère dont il n’a plus de nouvelles depuis presque trois jours. Les balades à vélo autour de l’école le soir. Le rire grave de sa grand-mère et le parfum enivrant du Khoresht Bademjan qui mijotait lentement des heures durant au fond de la cuisine.

Penser au parfum de ce ragoût d’aubergines accompagné de boulettes de viandes le fait saliver à nouveau.

Il sert les poings dans les poches de sa veste trop fine pour cette saison. Il en veut au monde, à cette fillette qui doit avoir le même âge que lui et qui croque goulûment  dans un croissant au chocolat en marmonnant à sa copine qu’aller à l’école ça soûle et que sa belle-mère est une connasse mal baisée.

Il y’a deux mois encore, lui aussi prenait la direction de l’école avec son meilleur ami Firas mais c’est là que l’enfer est venu les rencontrer. Encore à moitié sourd, il se souvient d’avoir été projeté violemment à terre, par le souffle d’une roquette s’écrasant à une dizaine de mètres de l’école. Inconscient, recouvert de gravas et de poussière, il se réveilla sous les hurlements déments de la mère de Firas, le tenant dans ses bras, le corps ballant, la tête dans le vide le regardant sans expression.

 

Pourquoi les flammes venues du ciel viennent t-elles prendre l’innocence d’enfants sur le chemin de l’école se demande t-il.

Les larmes aux yeux, il se mord la joue jusqu’au sang sans un bruit. De toute façon même s’il hurlait, personne n’entendrait son désespoir

Le tramway s’arrête. Les portes s’ouvrent.

Il suit un groupe de jeunes collégiens aux dos voûtés et s’immobilise devant la grille de l’établissement scolaire. L’alarme annonçant le début des cours raisonne dans ses tempes, lui rappelant la sirène, prémisse des bombardements.

De ses mains usées par le froid, il pèle l’agrume qu’il conservait avec lui depuis plusieurs jours en cas d’urgence et là, il y'a  urgence. Il a faim, il a froid, il a besoin d’un endroit sec et chaud où dormir.

Les morceaux de peau jonchent le sol. Il croque dans la chair sableuse comme dans un steak saignant, à pleines dents pour se rassasier rapidement et sentir la sensation de faim s'estomper légèrement. Une pause dans l’horreur, c’est juste une orange pour le commun des mortels, un fruit qui pourrie tranquillement dans un panier sur le frigo et qui termine à la poubelle par négligence. Pour lui c’est un instant d’insouciance, de liberté, une passerelle invisible vers la normalité, un rêve sucré dans son quotidien amer.

Il sent une main derrière lui, sur son épaule. Il se retourne.

Le concierge le fixe sèchement. Il ne l’a pas entendu arriver, la faute à son oreille gauche qui n’émet plus qu’un son strident à peine perceptible.

« Dis-donc petit con, t’as pas de poubelle chez toi ?» dit-il en tapant sur l’orange. La boule juteuse s’écrase sur le sol, terminant sa course dans un tas de feuilles boueux.

« Je m’appelle Miran Adna, né le 7 février 2002. Chez moi c’est Alep ».

 

 

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21 janvier 2017

Animal lecteur

 

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Devant le miroir de l'aube ,                                   Les yeux dans les yeux, comateux,              L'autre me devisage,                                     Naïveté ensevelie sous l’ombre d’un visage buriné ,                                                                      Le gamin a fugué vers le monde des géants,    La lame affûtée glisse sur la peau de rhinocéros,                                                 Caressant la jugulaire désarmée,                         La roulette ruse dans le jardin d’Eden,         Pomme d’Adam sans Sève,                 Métronomie routinière du geste ,                    Rituel méthodique ,                                               Le soupir enlace la vitre aseptisée ,                    La buée prend vie,                                     Brouillard des entrailles de la déesse IKEA,        Le doigt maladroit gribouille les traits d’un bonhomme difforme,                                     Penché sur le lavabo ,                                            La mousse blanche cavale vers le précipice, Les yeux vitreux crient famine,                      Clown anorexique ,                                 Amnésique conscient,                                                         L'autre le nargue religieusement ,                      De l’autre côté Alice fume le narguilé,       Parfum de menthe ou de Coco Chanel,          L'eau de Cologne coule à flot,                  Canadair larguant du napalm sur une joue entaillée,                                                                   La main rugueuse saisit le menton du gladiator , A tort ou à raison ,                                                  La raison tort le cou à l’illusion,                           Le téléphone vibre sans émotion,             Berceuse brutale de mère réalité,                        Le présent s’avance avec assurance,                 La couleur balaie le monochrome,                   L'air devient austère,                                                Il est temps. 

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06 janvier 2017

Après la nuit, avant l’aube

 

 

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Juste avant de rejoindre Morphée,

L’encéphale en éruption,

Les gouaches de l’existence se dessinent,

Les aquarelles de demain se devinent,

Tourment d’une rencontre inévitable,

Emoi d’un instant attendu,

Je gigote des extrémités,

Continuité de mes tergiversations,

La lave coule dans mes veines,

Oranges sanguines acides,

Les mains croisées sur le torse,

Dépouille vivante en demi-sommeil,

L’œil cherche une forme au plafond,

Une respiration à mes côtés,

Métronome de l’âme joueuse,

Régulant les terreurs nocturnes,

Ahan de paupières,

Le drap me brûle,

Le cœur martèle,

Intermezzo temporal,

Tambour hypnotique,

L’aube est en avance,

Sa nuque m’honore,

Sensuelle et élancée,

Restons allongés éternellement,

Immortels en léthargie,

Jusqu’à ce que le réel,

Nous rattrape par les boucles,

L’insouciance du crépuscule,

Déserteur lâche,

Piétinant la rosée ébranlée,

D’un pas hésitant,

Les entrailles encore ancrées dans la rêverie.

 

 

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04 janvier 2017

Apocalypse Snow

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Le trottoir brille,

D’une fine couche de sucre glace,

La petite fille trébuche,

Le souffle court,

Doigts violacés,

« L’hiver n’a aucune pitié » pense t’elle,

Un trou dans son collant noir,

Son souffle,

Chalumeau de fragilité,

Dans la neige trop lisse,

Dessine un crocodile sans queue,

Poisson-chat cyclope,

Vapeurs de narines de dragons,

Fumée de cigarettes pour enfants,

S’envolant  entre deux nuages cotonneux,

Là où les corbeaux ricanent,

Charbons dans le ciel orageux,

Flocons d’incertitude recouvrant l’innocence,

S’incrustant le long du cou,

Chair de poules aux minuscules yeux bleus,

Tremblement étoilés,

Sous un sapin silencieux,

Le cartable disparait dans le sable mouvant ivoire,

Naufrage de mots sérieux,

Sautillant sur un îlot de livres poussiéreux,

Le cataclysme sibérien hurle son arrivée,

Les loups monochromes à la course aiguisée,

Hument le parfum d’une âme égarée,

L’écharpe en laine bleue,

Voile d’une montgolfière naïve,

S’écrase dans un bruit sec,

La mésange surprise déploie ses ailes dorées,

Une brindille fragile,

Dansant avec la fatalité,

Les petits tendent le bec,

Le regard impuissant,

Le blanc devient rouge brûlant,

Goutte à goutte d’innocence perdue.

 

 

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25 novembre 2016

« Les maux d’un grumeau »

 

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Un grumeau aux mots crus nageait dans une flaque de lait,

De la farine plein le nez, il hallucinait.

« Je suis une pâte à crêpes bien lisse » hurlait-il, avant de s’enliser au fond d’un saladier.

De petites bulles remontèrent à la surface, micro-prout de farine,

Sa manière à lui, de faire face aux levures assassines qui pullulent.

Il se morfond, collé à l’obscurité du métal,

Prêt à mordre une louche inconsciente de ses bactéries de morfal.

Les vapeurs de fleurs d’oranger attaquent son système graisseux,

Le transportant dans un trip estival à Alger.

Loukoum en smoking, il smoke la chicha comme un pacha.

Se prélassant les lipides en plein cagnard,

Il cogite à son existence livide et sans gloire.

« Je ne suis qu’un morceau de pâte diluée,

Moi qui rêvais d’être une création de Ladurée ».

Les dieux de la pâtisserie lui font payer son anormalité,

Le résignant à faire une demande de reconnaissance de dessert handicapé.

Il se voyait déjà s’étaler sur les plans de travail les plus prestigieux,

Et terminer son existence sur le palais d’un japonais trop curieux.

Les grumeaux du monde entier crieraient son nom,

En réponse au dictat de la divinité Perfection.

Secoué par un tsunami de mixeur plongeant,

Il fut projeté contre un bout de beurre dégoulinant.

« C’est là que ma route s’arrête » pensa-t-il corrosif,

Dans une moule à cake antiadhésif. 

Le labrador gourmand surveille l’hécatombe de sa truffe rugueuse,

Sanctionnant de sa langue  les gouttelettes kamikazes les plus courageuses.

Tétanisées, les gousses de vanille restent figées sur place,

Il neige de fines perles de sucre glace.

L’enfant aux grands yeux verts s'essuie les mains sur son tablier,

Dans 45 minutes il sera 4 heures et l’heure du goûter.

 

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