La vie absurde de Mr Zag

13 juillet 2019

L'orgasme du chrysanthème

 

 

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Mes défauts se  reflètent  dans de vulnérables fossettes et pourtant  tu ne me regardes  pas comme un faussaire de billets doux, un conteur aux milles conquêtes. Je sais que demain, tu repartiras là où je ne te recroiserai plus jamais. Au pays des icebergs qui fondent, des xylophones et des plages de sable noir. Là où la peau n'est plus qu'une gigantesque lèvre gercée par la violence du vent.Là où les chevaux ne s'apprivoisent pas avec des lassos.                                                          Il faudrait avoir le talent de Baudelaire pour décrire ce que je ressens à l'idée  de te perdre.  

Sur un banc muet, le long des quais. Dos à dos. Deux notes de musique parfaitement accordées. La braise de nos colonnes vertébrales harmonieusement emboîtées. Scolioses fragiles de sentiments nouveaux. Colibris chancelant  au gré des baisers. L'osmose de deux corps naïfs.Nous rions comme des enfants jouant à un jeu d'adultes. Les papillons poudrés tournoient dans nos estomacs vides puis se posent  sur un coup de foudre dénudé. Le va-et-vient de nos bassins désarticulés. Des soupirs infinis dans le silence de l'aube.

Tu vas me manquer comme un dernier fix dans une veine orpheline, comme la lune une nuit de tempête, comme l'oxygène  au fond d'une  piscine de coquelicots. 

Éphémère Belle de nuit qui ne fleurit qu'au mois de juillet pour mourir à la fin des vacances. Injection létale de frissons.  Combinaison orange dans le couloir du remord.  Love is the  new black.L'infection  fatale de mes viscères volcaniques et de mon âme par ton absence.Ébola du manque tuant de l'intérieur.

 

Seuls tes bras pouvaient me calmer. Seuls tes silences me rassuraient. Un vaccin langoureux avec ta langue. Un patch de chair de poule. Pas d'aiguille. La pointe de tes pieds pour plonger tes yeux dans les miens.  Sparadrap invisible me protégeant de la  folie du monde. 

 

Tu ne parlais pas beaucoup parce que tu affirmais n'avoir pas grand-chose d'intéressant à dire.J'adorais tes silences. Ils me permettaient de t'embrasser encore plus longuement.  Nous  observions les passants comme un marin scrute la mer. Avec fascination et crainte. Nous étions invincibles  mais un goût  amer embaumait déjà nos pensées.                                                                                                                                                  Ce  début empeste  le souffre  d'une fin prématurée.                                                                                  Nos pétales tombèrent une par une à travers les rues sombres de la ville. Petit Poucet strasbourgeois semant des bourgeons sur un chemin de sable qui disparaîtra à la première vague des agents d'entretien de l'Eurométropole. Ne resteront que quelques géraniums de souvenirs  indélébiles  dans une jardinière en terre cuite.

Pars, avant de faner tes yeux bleus si précieux. Pars, avant que le regret te poursuive jusqu'à la fin de ta vie. 

J'appris la beauté en te regardant. Pour la première fois, je respirai profondément en admirant le ciel sans me soucier des voix qui me disaient de fuir. C'est un risque qui en vaut la chandelle.Se brûler le coeur trop près du soleil. Tu ne triches pas en triant ce que tu ressens pour t'adapter au monde.Tu te donnes gratuitement aux autres. Une main tendue aux ongles vernis de rouge.  Une étoile  filante  d'un mètre soixante-douze, parfois un peu plus,  lorsque tu portes tes talons noirs.Mystérieuse aura dansant pieds nus à la rosée  du matin au Parc de la Citadelle . Ange blond sautillant au ralenti. Tu pourrais être la muse de Terrence Malick ou de Jim Jarmusch parce que tu perturbes les autres involontairement.                                                                                                              L'étincelle d'une   désintéressée qui se frotte aux regards insistants d'usurpateurs  comme un tendre morceau de silex.

                                               C'est la nuit de la fête de la musique que je sentis la douceur de ta main pour la première fois après avoir frôlé ton regard à plusieurs reprises dans la pénombre d'un amphithéâtre. Le rock de deux vampires trop bronzés.Croiser tes yeux devenait le but de ma journée. Je priais intérieurement pour que tu te retournes afin que la magie opère l'espace d'une microseconde. J'invoquais les dieux en leur promettant de valider mon année s'ils faisaient en sorte que tu t'assoies à côté de moi. Le miracle eu bien lieu. Pas de messe. Une cérémonie silencieuse au coeur d'un cours d'anatomie. Tétanisé par ta présence, je ne pus suivre les mots du professeur. Aucun  maître de conférence  n'a  assez de charisme pour rivaliser avec la maîtresse du désir. Mon coeur cognait dans mes tempes. Des dizaines de questions se fracassaient sur les rives de ma tête.

  

 Tes failles me guidèrent comme un projecteur sur la scène vide d'un concours d'improvisation. La parade d'un timide sans plumes nageant dans un sweat à capuche trop grand. 

 

L'aurore dorée sur les marches de la Cathédrale. Opéra tragique sans spectateurs. Un feu d'artifice intérieur contrastant avec la crainte de perdre pied, de ne pas être à la hauteur. Deux cygnes maladroits dansant en se marchant sur les pieds avec les lèvres. Une aquarelle peinte avec les tripes. Une imperfection magnifique . Un  écho silencieux. Le rimmel sombre se mélangeant aux larmes cristallines comme le sang rouge s'imprègne d'héroine. 

Jamais je n'oublierai le parfum de cet été. L'odeur de la pierre légèrement froide en guise de témoin. Le bruit des feuilles qui claquent l'une contre l'autre comme des épis de blé trop mûrs. La fin de la récréation alors que j'avais encore envie de jouer au ballon-prisonnier avec ton sourire .                                                               La fin d'un jeu, la fin de nous, déjà.                                                 Mon bras sur tes épaules.La fragrance de ta peau . Un ultime baiser sur le front. Les guitares  saturées qui crachent l'apocalypse. Le vertige de te voir partir sans jamais te retourner.

Si j'allais attraper ta main avant que ton avion ne décolle? Je ne suis pas Hugh Grant, ça  ne marchera jamais et puis quand les choses doivent se terminer, mieux vaut ne pas jouer les prolongations au risque de s'orienter vers une fin encore plus cruelle.  J'ai la frousse d'oublier ton rire, tes seins qui pointent et ces nuits dingues à  se faire des promesses  qu'on ne pourra pas tenir. On se souviendra de la chaleur de la faculté de médecine, de ces instants à courir nus dans ton appartement sous le regard ahuri de la voisine d'en face, de ce plan de travail souillé par notre désir, des ombres chinoises qui ne ressemblaient à rien au travers de ta lampe Ikea. 

Tu resteras la première, celle par qui je compris que les premières fois sont souvent douloureuses.

La première fois que je sortis du ventre de ma mère  avec la sensation d'ouvrir la porte d'un  hammam  en plein hiver. La première fois que je tombai sèchement du vélo lorsque papa enleva les  petites roues. Celle où je vomis mes boyaux et mes premiers verres de gin. Cette soirée où  je visionnai  Freak en cachette, me promettant   de protéger les monstres en noir et blanc.                                                                                                                       Il y aura d'autres  premières fois.                                                                                                Je n'ai  plus peur. J'eus déjà  peur tellement de fois, que je sais qu'après  l'hiver qui fige l'espoir, arrive  le printemps qui secoue les corps de sa sève sucrée. Un matin, viendra le moment de ma dernière première  fois. Je dis "un matin" parce que c'est souvent à ce moment de la journée qu'on  se retrouve habillé d'un costume sombre,   au bord d'un trou,  avec des gens qu'on ne connaît pas forcément , à jeter de la terre sur une boite en sapin. Une boîte à souvenir. Des images. Des odeurs. Des musiques nostalgiques .                                                                                                                                                  Il arrivera l'instant solennel  où je serai dans la boîte pendant qu'en  haut les mouchoirs se rempliront d'une morve transparente de douleur ou  de colère.  Un rayon vert avant le dernier coucher de soleil.  Nous naissons  et disparaissons dans l'obscurité. Entre les deux, nous dépensons notre énergie afin de rester un maximum de temps dans la lumière.   On se mouchera  beaucoup  ce matin-là. Une allergie au deuil. Les yeux rouges se chercheront ou s'eviteront en fonction des affinités des uns et des autres. Personne ne sait jamais quoi dire dans pareille situation, si ce n'est des banalités affligeantes. " Courage". " Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas".La seule chose dont ils auraient besoin,  c'est  d'une  manette de Super Nintendo et d'un  cheat  code pour me donner  une deuxième vie. Si j'étais Mario Bross, tout serait plus simple. La Princesse Peach ne se trancherait pas  les veines dans le bureau du notaire suite à mes dettes abyssales.    Un curé prononcera quelques mots en parlant de moi comme si nous étions de vieux amis. Que des choses positives bien évidemment. On ne lave pas son linge sale  avec les asticots pour qui ma carcasse  sera un happy hour. Un CV en accéléré.Une carte de fin de visite " Il aimait David Bowie, les chats et la riccota".                                                                                                         Un jour  dans la vie, comme fredonnent  les Beatles, avec en conclusion, non pas une note de piano  mais une stèle en marbre accompagnée  de roses en plastique.                                                               Glauque.                                                                          Qu'ils  dansent sur le gravier qui blanchit les chaussures. Qu'ils  pique-niquent sur ma tombe en s'ennivrant  de vins et de fromages.  Que les enfants jouent à la marelle en sautant tellement fort que mes os claqueront six pieds sous terre. Que les craies  dans leurs mains recouvrent la stèle austère de couleurs pastel, de bonshommes  disproportionnés et de soleils qui brillent même la nuit. Qu'on  accroche leurs dessins sur les croix  avec des pinces à linge .   Je veux qu'on  baise  sur ma tombe, que les capottes  volent dans le ciel cendré et éclaboussent la pudeur des nuages, qu'on   inaugure un escape game dans ce cimetière volage. Qu'ils fassent un boeuf avec leurs douleurs.  Du violon. Du banjo. Un choeur grégorien qui chante faux. Un joyeux bordel.Emir Kusturica jonglant avec des bougies. Un chien qui aboie. Une caravane  en Alsace. Un thérémine  nostalgique qui couine comme la courroie  dépressive  d'une  bagnole. Je veux qu'on  vienne se promener en famille dans les allées, que Sigur Ros soit diffusé  en continue dans un haut-parleur qui grésille, que les grilles restent ouvertes aux paumés qui parlent aux fantômes, que les chrysanthèmes jouissent sur des draps en soie.                                                     Je veux  que les anges fument des clopes en fredonnant Gainsbourg, que la Mort parte en vacances à l'île de Ré, que le fossoyeur roule des pelles aux scarabées, que les pissenlits  poussent entre les marches  des escaliers. Je veux que ma fin soit un nouveau départ pour les autres, que les lucioles valsent  sous la lune et que les loups se perdent dans ce labyrinthe d'epitaphes.                                                                                                                            ICI GÎT UN COMMENCEMENT,UN NOUVEAU PARAGRAPHE.                                         

 

                                

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01 juillet 2019

Le comptoir du diable

 

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       Aux fantômes aux visages découverts  qui errent  dans les ténèbres du crépuscule,

 

 

Ma vie débute chaque jour à dix-huit heures. Avant ça, je subis les exigences d’un boulot sans intérêt 35 heures par semaine parce qu’il faut bien payer son loyer et remplir sa gamelle de coquillettes au  jambon. Si j’avais le choix, ça fait belle lurette que j’aurais envoyé mon poing dans la gueule de mon patron.

Sa supérette, c’est sa passion. Son deuxième enfant. Ce n’est pas une raison pour croire que tous ses employés sont accros au merchandising et au Mercator.Avez-vous déjà vu un club d'employés libre-service ou le championnat du monde d'étiquettage? Je n’ai jamais rêvé de passer sept heures par jour à défilmer des palettes pour empiler des boites de thon sur un présentoir ou d’aligner des bocaux de cornichons dans un rayon poussiéreux. Chaque matin, il nous bassine avec son discours de manager de l’année. Il doit être abonné à Challenge Magazine ou à Capital et  pense au patron du MEDEF lorsqu’il baise sa femme, la lumière éteinte de son F4. Son obsession, c’est que les produits soient alignés militairement. Un trou entre deux paquets de chips peut le mettre dans un état proche de Jack Nicholson dans Shining.

 

Je ne te ferai rien. Wendy, ma chérie, éclatante lumière de ma vie, je ne te ferai rien. Tu ne m'as pas laissé finir ma phrase, je disais : je ne te ferai rien, je vais simplement te défoncer la gueule.

 

Cette monomanie à combler le vide avec de la merde comme toutes ces personnes qui  parlent pour ne rien dire parce qu’elles ne supportent pas le silence. On peut être taciturne mais ça dépend avec qui. Il faut être en totale harmonie avec l’autre pour se comprendre sans prononcer le moindre mot. Le silence est souvent pris comme du mépris alors qu'au contraire c'est un ami qui ne trahit jamais.

Le silence me fait flipper mais pas pour les mêmes raisons. Ce que j’aime, c’est le bordel des cafés, juste pour avoir une présence à mes côtés. La main d’un ami imaginaire sur mon épaule. L'impression d'être seul mais à plusieurs. La cacophonie me berce et m'apaise.

Après avoir enlevé ma blouse imprégnée de Melfor à cause d’un stagiaire maladroit, je rejoins mon appartement de la rue du Jeu-des-Enfants.  Vivre seul c’est une chose, mais se sentir seul en est une autre. Je ne sais pas gérer ce corps mal proportionné. Pourquoi Dieu n'a t-il pas créé des poches dans mes bourrelets de façon à y ranger une paire de mains superflues? Je tourne en rond comme un lion en cage, passant du canapé à la fenêtre puis du lit au canapé. André Breton disait que l’attente est magnifique. C'est bien la première fois qu'un alsacien est en désaccord avec un Breton. Quand on n'attend rien de particulier, c’est un calvaire de regarder passer la vie et de compter les minutes jusqu'au lever du soleil. 

Le café coule paisiblement dans la cuisine. Ma tasse "Meilleur collègue du monde" déborde presque d'un liquide noirâtre.

La feuille OCB entre mes mains qui tremblent. Le tabac se pose comme une plume sur le bout d'un nez trop grand. L’arabica est brûlant mais c’est comme ça que je l’aime. Au bistrot, je ne comprendrai jamais pourquoi les gens commandent un expresso et le laisse refroidir durant plusieurs minutes.En Italie, le commun des mortels termine une balle dans la nuque pour moins que ça. Le café doit caresser la gorge de baisers ardents lorsqu’il glisse vers l’estomac. C’est douloureux et bon à la fois. De la lave dans le siphon. Un dragon colombien crachant une boule de feu de l’intérieur.  Un serpent venimeux, glissant centimètre par centimètre et laissant un arrière-goût amer dans la bouche. Une fellation de la vie. C’est une  hérésie d’accompagner ce précieux nectar d’un biscuit au spéculoos ou d’une amande chocolatée.

Ce genre d'énergumène mérite la décapitation pour  crime contre l'humanité.

Comme Alain Delon, le café se suffit à lui-même. Le verre d’eau, c’est pour se donner un genre et aussi pour ne pas trop puer de la gueule, c'est vrai.

17h55. Encore cinq minutes et je dévalerai les marches de mon immeuble deux par deux pour aller retrouver un amour passionnel et destructeur. Celui du comptoir. Des verres de blanc, de rouge, de bière. Un artiste peintre diluant les couleurs dans son bide  gonflé comme une montgolfière. L'aquarelle de mon existence, moi qui dessine avec la dextérité d'un enfant de cinq ans.Une grande partie de ma paie glisse sur cette desserte usée en ébène. Mes coudes gravés dans le bois malmené. Une odeur particulière que tous les piliers de bar connaissent. La sueur. Le vinaigre qui a tourné. Le tabac froid. La pisse de chat parfois. C'est un orphelinat pour paumés . Une bouteille en guise de procréateurs.À  quoi sert tout ça? À rien. À supporter un peu mieux la vie et à ne pas finir pendu au bout d'une ficelle dans son grenier.

Avec le temps,  je n'ai plus besoin de cacahuètes, de saucissons ou d'olives pour accompagner ma biture.Je me nourris de mes angoisses. 

 

Le serveur me salue comme un frère mais ne  connait pas mon  blase. Drôle de famille. Je reste là, avachi sur un tabouret trop petit jusqu'à ce qu'une connaissance me rejoigne.

Dubliners - Molly Malone - Berthom -  Grognon - Nelson. Je suis une star inconnue que vous croisez et jugez comme un paria.Clochard maudit  - Pestiféré - Abominable bouc sur deux pattes - Troubadour - Homme frigorifié cherchant un peu de chaleur humaine dans un tombeau fermé.

Avec le temps, j'ai de moins en moins de connaissances ou alors de plus en plus jeunes.

 

Les autres, ceux de mon âge, font leurs vies.

Mariage - Bébé - Pavillon au Neudorf - Smoothie- Xanax - Gingembre - Netflix -  Quinoa - Dieu - Sans gluten -  Instagram - Body fitness.

 

Chacun sa bouée de sauvetage.Je n'ai jamais appris à nager.

 

Le téléphone sonne de moins en moins souvent et un jour il ne sonne plus. Ils en ont assez de me ramasser ivre mort sur un trottoir ou de venir me chercher chez les flics après une nuit en cellule de dégrisement.Quand j'ai trop picolé, je fais de la merde. J'insulte mes potes. Je casse des assiettes. Je drague avec la finesse  d'Harvey Weinstein. Je finis par m'endormir sur une chaise au milieu de tout le monde, au milieu de nulle part. A mon réveil, le patron termine de passer la serpillière sur le carrelage collant de son établissement et me  propose  d'appeller un taxi.

 

"Tu ne peux pas partir dans cet état. Ça craint".

 

Je refuse, comme à chaque fois.

 

Je rentre  chez moi comme je peux, en titubant, rasant les murs comme un rat honteux. Hors de question de prendre mon vélo, au risque de m'éclater le crâne sur le bitume. Hors de question de prendre ma voiture, je n'ai plus de permis. Le trajet est interminable. Je ne vomis plus depuis longtemps, mais ce soir, je gerbe contre la vitrine de la FNAC. Un jet acide et puissant.C'est les soldes dans ma panse. J'y  laisse une partie de mon âme et de mon foie.Le diable rigole dans mon dos. L'habitude. Sport-étude ivresse. Mon organisme est entraîné à ce type de traitement. Les clés tombent plusieurs fois avant que j'arrive à ouvrir la porte de mon appartement et que je me jette tout habillé sur le lit. 

Lorsque les premiers rayons de soleil viennent me réveiller, je chiale comme un gosse, seul sous une couette Ikea étouffante. J'hurle dans mon coussin, les yeux gonflés, au bord de l'explosion. Mon haleine est encore chargée de la veille.J'ai froid. J'ai peur. J'aimerais me coller à quelqu'un. N'importe qui. Sentir sa chaleur. Sa peau. Reprendre mon souffle et donner du sens à ma vie. Je me parle à moi-même, la tête  frappant  le mur comme un métronome. Je me tire les cheveux, me pince, me mords l'intérieur des lèvres jusqu'au sang.Ma mère me manque.Bienvenue dans l'enfer du matin.

Ça, les marchands de débauche ne l'indiquent pas sur leurs bouteilles. Un pictogramme barré d'une femme enceinte, un verre à la main. A consommer avec modération. Rien sur les fabulations, pertes de mémoire, dépressions ou sur les insomnies à se sentir disparaître dans le sable mouvant d'un matelas Dunlopillo.

 

"C'est ça le problème avec la gnôle, songeai-je en me servant un verre. S'il se passe un truc moche, on boit pour essayer d'oublier; s'il se passe un truc chouette, on boit pour le fêter, et s'il ne se passe rien, on boit pour qu'il se passe quelque chose." Charles Bukowski.

 

Il est 14h30. Encore quelques heures et je dévalerai les marches de mon immeuble deux par deux pour aller retrouver un amour passionnel et destructeur.Au moins, j'ai la certitude qu'il se passera quelque chose.

 

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30 juin 2019

Le twist des anges ridés

 

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A Strasbourg, en plein mois de juillet,    il y'a  autant de chance de trouver une place  à la terrasse d'un  restaurant  un vendredi soir que de rencontrer son âme  soeur sur Tinder. Éventuellement un tabouret crasseux dans l'obscurité d'un comptoir pour gober un croque-monsieur ou choper  une MST après avoir serré  la main d'un  queutard à un rencard. Le genre de mec sur qui tout le monde est passé,  même  le bus 40 de la CTS.                                                          

Trop risqué de quitter ma table à What the Fox pour voguer vers un pizzeria même si je meurs d'envie de croquer dans un calzone au thon.  J'ai la bougeotte. Je tape du pied encore et encore en manque de gras. PanPan   glisse une Dorelei dans son gosier pour calmer le tonnerre intérieur qui gronde en lui. Bambi annonce l'Happy Hour. L'heure  des bienheureux trempant leurs chemises à manches longues  dans un open-space climatisé 5 jours  sur 7.  La pause est méritée après une semaine de bons et loyaux services à vendre  des fontaines à eau en Mégane Break. Comme solution de rechange ,  je me rabats sur  des nachos barbotant dans une flaque visqueuse de cheddar orange fluo. Le nuage de Tchernobil ne s'est pas arrêté à Kehl, c'est confirmé, la taille des oreilles du mec en face de moi en est une preuve supplémentaire. 

 Brad Pitt Vs Edward Norton. Bière  Club.

Règle numéro  1: Il est interdit de parler du Bière  Club, c'est à dire des bistrots clandestins qui  ne sont pas mentionnés dans le guide du routard.

Règle  numéro 2:Il est interdit de taper dans  le bol de cacahuètes qui traîne sur la table depuis 1997 au risque d'avoir  un herpès de la taille d'un bolet sur la joue dans trois jours.

Règle  numéro  3: Il est interdit de commander un Picon dés qu'il  fait plus de 28 degrés.  

Regle numéro 4: Il est interdit de prononcer les mots "lundi", "deadline", "boss" et  "cahier des charges"  jusqu'à  lundi 6h30.         

Règle  5: On ne s'enflamme  pas à 17 heures parce que les bières sont à moins 50 % au risque de vomir son kebab à 21 heures.         

Avec modération. Le nez violet et l'haleine  de tonton Gilbert sont les meilleures armes de prévention de la sécurité routière.   

  La première bière est  un choc thermique fulgurant, une éjaculation précoce inversée . Tout le contraire   de cette pub à la con pour un dentifrice limitant l'effet du froid sur les chicos. J'aime  cette douleur, elle me rappelle que je suis en vie. Les glaçons, je les croque comme des knacks. Sans pitié. Le Requin de James Bond, pas la paire de Nike du quartier.  L'amertume du houblon remonte dans mes tempes.Une pastèque gazeuse sans pépins. Les anges susurrent leurs louanges. Chair de poule. La fraîcheur d'une cathédrale. Des vitraux en guise d'yeux. C'est un miracle.

À genoux buveurs de diabolo-menthe. 

An Ending de Brian Eno. Le synthétiseur  du goût.  Mes molaires prennent une claque. Overdose de bonheur. Une seringue d'adrénaline  dans le coeur. Pulp fiction. Un gémissement de plaisir non simulé.  Je glisse au fond de ma chaise, les jambes croisées, les mains derrière la nuque. Procrastination.  Qu'il est bon de se perdre dans ses pensées en observant les passants. Étude sociologique pour rêveurs.  Voyage sédentaire. Seuls les vrais savent.  Lunette de soleil. Les Beach Boys en tête. A cheval sur ma monture. les secousses de mon Pur-sang font trembler mes vertèbres douloureuses . La scoliose du Skeleton de Tim Burton. D'ici, les Apalaches allemandes derrière l'Ancienne Douane sont majestueuses .Un condor se pose sur mon épaule droite. Mon garde du corps imaginaire.Un pitbull aux serres tranchantes prêt à couper net la jugulaire de l'imprudent qui me demandera si la chaise à côté de moi est libre.

La seule de chose de libre ici, c'est moi.

Las Vegas parano. Du sucre glace made in Erstein dans la narine.   "Patron, la petite soeur s'il te plaît". Je  suinte  comme une femme fontaine, un clitoris sous chaque aisselle. Mon verre pleure des larmes glacées de bonheur  qui s'echouent sur un sous-bock.Le Concordia ambré s'approche dangereusement du rebord de la table. Capitaine, réveillez-vous, un coup de coude vite! Je saisis le navire d'un geste ferme  pour lui montrer qui est à la barre ce soir. C'est  un animal sauvage et puissant. Un Mustang de caractère à ne pas mettre entre les mains d'un buveur de Spritz. La mousse jaunâtre cogne contre la  coque transparente. Un va-et-vient sensuel sans capote.   L'écume  de l'amour, un soir d'été. Une autre clope. L'impression d'être une star de cinéma américaine immortelle. Clark Gable en chino  chillant  en solitaire. Un feu follet parmi les morts-vivants.

Et puis peu importe si je parle tout seul. Peu importe si je souris niaisement alors qu'il n'y  a personne en face de moi. Je sens le sang couler dans mes veines et la sève volcanique s'infiltrer dans chacun de mes organes.  La matrice s'offre à moi. Anonyme le jour, Neo la nuit.   Des chiffres verts qui s'entecroisent   et composent chaque élément de mon environnement, comme ce couple à la tignasse argentée qui se pose à la table devant moi.      

Les Mephisto contrastent avec un collant couleur peau. Elle tremble en tenant sa fourchette,  tentant de découper un bout de tarte flambée aux rebords carbonisés. Son jeune amant de 84 ans lui vient en aide. Pas de mots. Un regard d'une tendresse à faire sourire Carlos Ghosn. Ces deux oiseaux chantent comme des boîtes à musique d'amour depuis 62 ans. Pour rien au monde je n'aurais voulu être ailleurs. Un Caravage éphémère où les personnages bougent, respirent et transpirent. La beauté originelle. Un parfum de madeleine encore tiède.  Un film en noir blanc avec deux punks aux cheveux métalliques.  La danseuse ridée  conserve la grâce de toutes ces années à répéter le même mouvement en ballerines. Un port de tête fier. Une prestance royale. Une femme forte malgré la fragilité d'un corps usé par les aléas de la vie et le démarchage intempestif de la Mort qui se fait de plus en plus insistante  .  Elle mâche  péniblement un morceau de lardon anarchiste qui n'a pas dit son dernier mot.

Il caresse ses lèvres pâles du bout de son doigt.Une alliance dorée scintillante qu'il entretient méticuleusement. Des mains pleines d'histoires.Cabossées. Abîmées. Malgré-lui. Malgré-eux.  L'absence forcée pour "jouer à la guerre" comme il dit. Des lettres tâchées de larmes en guise de Prozac lorsque les obus venaient finir leurs vols à quelques mètres de lui. La Cathédrale pourra témoigner de cette période sombre de l'Histoire. Des copains sont tombés sur la terre humide à plusieurs reprises. Tirer sur un  fantôme à l'uniforme kaki qui est tout aussi perdu que lui. Des gosses dont le fusil courbe le dos et l'âme. Des anonymes aux noms gravés sur des plaques commémoratives.   L'odeur  de pisse et de merde. Le froid qui taillade  le cuir de la peau. La folie, à répéter son nom à force de manger de la nourriture indigne d'un être humain.

Lucie. À son retour, il  courut à la bibliothèque Kleber, à bout de souffle, ses lettres dans son paquetage. Elle était de dos, pourtant il n'eut aucun doute en posant la main sur son épaule légèrement dénudée. Elle portait une robe à pois trop ample. Un moineau en talon beige. Les yeux ne mentent jamais, interprètes maladroits des secrets du  coeur.  

Plus de soixante après, ils s'aiment toujours comme des enfants.

 

 

Je glisse une pièce dans le juke-box de mon imagination. Lee Fiel & The Expression fredonne Will i get  off easy.   

                     

Quand je rentre à la maison, je vois ce regard dans tes yeux, 

Ce regard dans tes yeux,

M’en sortirai-je sans encombre cette fois ?

M’en sortirai-je sans encombre cette fois ?

Je ne veux jamais te perdre, toi et moi pour toujours,

Toutes les fois où tu m'as accusé, j’ai été honnête envers toi,

Oui je l’ai été, Girl,

Quand je sors prendre l’air,

Quand je rentre à la maison, je te vois perdue dans tes rêves,

Perdue dans tes rêves.    

                                  

 Il règle l'addition et remet le col du  chemisier de sa bien-aimée discrètement.

"Au revoir. Profitez-en bien jeune homme".        I

Il y'a  de la nostalgie dans la voix de Lucie mais aussi beaucoup de douceur. J'ai  la chair de poule. Elle fait partie de ces personnes que Jack Kerouac aurait aimé  croiser sur la route . Un ange-gardien aux ailes majestueuses. C'est ce genre de moment de grâce qui me fait prendre conscience que même si la vie est un bordel cruel, elle en vaut la peine.

La liberté est un luxe sans marque. Pas de Chanel. Pas de Vuiton.

La liberté de rire, de pleurer, de se révolter, de se tromper, de penser, d'être,  peu importe sa couleur, son ethnie, sa croyance, sa sexualité. J'avais oublié cette chance. Parfois un rayon de soleil transperce les habitudes du quotidien  pour nous rappeler que la vie n'est qu'un jeu pour mortels.   C'est grâce à des gens comme eux, qui se sacrifièrent pour notre insouciance,  que je joue à rêver  ce soir. C'est grâce à Louis que je sens le vent sur mon visage.  C'est  grâce à Lucie que je ferai l'amour à celle que j'aime en rentrant.

 

Bras dessus, bras dessous, leurs silhouettes s'éloignent comme dans une comédie musicale.

Grease. John Travolta et Olivia Newton-John twistant sur le Pont du Corbeau pour l'éternité.

 

 

 

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24 juin 2019

Sueur et tremblements

 

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42 degrés. Je respire comme un labrador, la langue toute dehors à la recherche d’un courant d’air ou d’une gamelle d’eau pour me rafraîchir. Strasbourg tourne au ralenti. Un slow motion à vitesse réelle  sur le béton brûlant du centre-ville où même les ombres se mettent à l’ombre. Les claquettes-chaussettes côtoient des t-shirts retroussés jusqu'aux épaules et les libellules en lunettes de soleil flottent d’une terrasse à une autre comme des limaces en soins palliatifs. La ville change de physionomie, prenant le rythme végétatif d'un minuscule village sarde en début d'après-midi.  Les volets se ferment et les habitants se cloîtrent dans leurs appartements comme des taupes, brumisateur dans une main, Carola verte dans l’autre. Les plus courageux parcourent les rues ensoleillées,  vêtus de casquettes, chapeaux ou d’ombrelles, comme ces touristes japonais à l'élégance d'un autre siècle, qui tentent de prononcer  les mots « Flammenkusche » et « Baeckeoffe » à la table du Meiselocker.

 

Dans les parcs, c’est Woodstock. Bikinis – Mini-enceintes – Pastèques.

 

De quoi tenir encore quelques heures sous un arbre, un brin d’herbe dans la bouche. Janis Joplin sirote un panaché sur un banc décoloré pendant que Jimmy Hendrix, torse nu, des abdos Tétris, jongle avec trois cailloux qui traversent les nuages à tour de rôle. Les jambes épilées s’allongent au rythme de bâillements lascifs. La couverture des DNA fait office de pare-soleil. Les vampires pâlots s'aspergent de crème solaire pendant  que les bambins dansent la vie au milieu d’une fontaine sous l’œil attentif de leurs parents. Claps dans l’eau. Couches mouillées. Rires infinis.

« Léa attention, ne jette pas ton Mr. Freeze sur le monsieur ».

Les regards se cherchent. La bretelle d’un soutien-gorge.  Un dos  à la cambrure parfaite se dévoile. Des lèvres glossées à la cerise. Des cheveux roux caressant une galaxie de grains de beauté. La constellation du désir, invisible aux lunettes astronomiques. Les yeux jouent au chat et à la souris. Un regard furtif. Une relance incertaine. Poker sensuel. Du bluff.   Du morse avec les pupilles. Un tango de gestes inconscients pour cacher le tremblement de cœur  entre   cet inconnu aux yeux bleus et cette mystérieuse déesse qui bouquine en salopette. 8,5 sur l’échelle de Loveur.  Elle se mordille la lèvre et se ronge l’ongle du pouce. Il joue nerveusement avec ses mains. Elle se gratte le nez. Moments de pudeur volés faisant exploser les pétales d’une marguerite en éclats.

C’est la même parade que les paons du Baggersee. Colorée. Majestueuse.Solaire.

Là-bas, le lac est aussi chargé qu’une autoroute en plein mois d’août. Des bouchons sur le sable brûlant pour trouver quelques centimètres carrés où poser sa serviette Perrier. Illkirch prend des allures de Saint-Tropez, les bateaux pneumatiques-licornes faisant office de yachts. Un pack de Kronenbourg en guise de tabouret pendant qu'Oxmo Puccino balance son spleen poétique à travers un smartphone. Les étoiles de mer vagabondent en shorts de bain, une clope à la bouche.

 

Nous naissons tous fous avec une vie pour guérir,

Tant qu'une belle vérité reste à conquérir,

Trouver l'idée qui marche deux cent ans,

L’impression de le faire en plaisantant,

Accueillis comme des clowns pas drôles,

A la profonde parole des puits de pétrole,

Avant que la fortune soit subite,

Tous les génies étaient stupides,

Couvez le feu dans la glace qu'on s'y réunisse;

Des fois, excusez nous la réussite,

Ceux qui n’aiment pas n’ont qu’à le faire d’abord,

Allez mettre plus de dix personnes d’accord.

 

 

Pas de complexes. La liberté de laisser sa peau s’exprimer . Les bourrelets font des doigts d’honneur aux tablettes de chocolat. Les nombrils s'exhibent fièrement suite à une consommation excessive de cordons bleus au munster. Les poils tourbillonnent sous les aisselles moites, sur les épaules ou dans le dos de Chewbacca qui s'assument. R2D2 se passe du monoï sur le torse afin de ressembler à Dark Vador avant la fin de l’été. La sueur coule sur les corps caramélisés. Les langues lèchent des cornets menthe-chocolat et les plus gourmands trempent des frites dans une mare gluante de ketchup. Sur le gazon, c’est Clairefontaine. Pas de maillot mais un ballon de foot qui passe de jambes en jambes afin de rivaliser avec le beach-volley à une dizaine de mètres de là. Les coqs bombent  le torse pendant que les dindes prépubères  gloussent à chaque point marqué.

 

Le point d’eau devient un joyeux bordel où toutes les communautés cohabitent sans haine.Ici, pas de cimetières profanés ou de mosquées taguées. Peu importe d'où tu viens, ce que tu gagnes ou ce que tu manges, c'est  une île pour  Robinson Crusoe qui se parlent et s'écoutent. Le sourire est une langue internationale. 

 

Les chiens mouillés nagent à côté d'aventuriers  en culottes courtes prêts à tout pour ramasser un coquillage dans la vase. Un râteau, une pelle, un seau Spiderman.  C’est la télévision des illuminés sans redevance. Plus loin, un pêcheur alcoolisé accroche sa ligne dans la branche d’un noisetier sous le regard moqueur d’un couple qui joue au docteur derrière un buisson.Elle a envie qu'il la prenne, là, tout de suite contre le tronc. C’est le parfum des chips qui font des doigts qui glissent, des Pouss Pouss au citron chimique, des melons juteux qui dégoulinent sur le menton, des glacières d’Ali Baba regorgeant d’œufs durs, de salades de tomates ou de taboulé . Un troc s’installe naturellement. Une Corne de gazelle contre des Monster Munch . Un Pepito contre un Makroud. 

 

Le Beach Food festival.

 

Lorsque le soleil décide de rentrer chez lui et que les moustiques s’apprêtent à visiter des mollets appétissants, les barbecues s’installent dans un campement improvisé. Le bois fume légèrement et les merguez pimentées  chantent sur des grilles noircies.Les saucisses blanches éclatent comme des fruits trop mûrs. Le halloumi fond sur un poivron grillé.  Le pain distribué à l’arrache vole dans des mains pas très propres.Les apôtres bavent. Judas n'a pas ramené de mayonnaise, il sera condamné à l'oxymore: douce violence de regarder les autres manger. La moutarde tartinée sur une face. De la sauce hawaïenne sur l’autre.  De la harissa pour les plus téméraires ou pour ceux voulant s'immuniser contre le tétanos. Une chicha asthmatique tousse dans un brouillard estival. Essence de pêche, de fraise ou d'ananas. Vulnérables  mangeurs de saucisses souriant autour des braises.

Le dimanche est un jour magique où la mélancolie de la semaine se transforme  en larmes de joie.L'alchimiste lance sa pièce de deux euros. Pile pour les tracas. Face pour l'insouciance. Le cercle doré s'envole, tourne dans le airs et retombe sur la pelouse.Le visage lumineux  de Simone Veil observe le ciel avec sérénité. Aujourd'hui, rien ne peut arriver dans cet oasis où les chameaux sont des chihuahuas et les palmiers des marronniers.  Même Momo sourie , lui qui fronce les sourcils en permanence , soucieux d'exister, s'excusant presque d'être  là et de se sentir vivant. Il a le feu dans la tète ce soir Momo. Il parle beaucoup, comme pour rattraper tous ces moments silencieux  à mater les marches froides de son immeuble, attendant une réponse divine de l'une d'entre elles. Pourquoi son daron est parti quand il avait huit ans? Pourquoi il transpire dès qu'il parle à la voisine du second, celle qu'il surnomme Marge à cause de ses cils interminables et d'une voix rocailleuse de buveuse de whisky.

 Les vannes fusent  comme des mitraillettes  un 31 décembre. Ces gamins de plus d'un mètre  quatre-vingt-dix embrassent toujours  leurs mères avant d'aller faire les boîtes d'intérim.Ils sont jugés par la société sans avoir d'avocats. L'habit ne fait pas le padawan. Parfois les mauvaises herbes sont plus majestueuses qu'un rosier taillé au sécateur

Le brasier s'emballe.Un début de feu de la Saint-Jean urbain. Une chipolata se suicide au milieu des braises. Momo n'a rien pu faire avec sa pince improvisée en carton. Pas de défibrillateur à proximité, c'est là qu'il regrette d'avoir sécher les cours de secourisme à la Croix Rouge. Comment fait-on un massage cardiaque à un bout de barbaque? Il toussote, les yeux rouges. Il a de l'empathie pour cette grillade anonyme . RIP. Les autres se foutent de sa gueule. C'est un shoot de sérotonine.

"Tu veux qu'on l'enterre sous un arbre et que je fasse venir les flics pour demander une autopsie?"

C'est leurs façons de lui montrer qu'ils l'aiment et qu'en cas d'embrouilles, ils seront prêts à froisser quelques os juste pour qu'il puisse prendre la fuite. 

"On est vraiment une belle de bande de bâtards" qu'il dit,  un bout d'incicive en moins.

Tout le monde se marre sans savoir pourquoi, comme dans une kermesse d'école où les mères vendent de la tarte aux myrtilles ou du gâteau au chocolat pour financer le voyage  des gamins à Londres.

 

L'école de la vie. Celle de grands enfants qui deviennent des adultes dans la sueur et les tremblements.

 

 

 

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16 juin 2019

L'heure des coquillettes au beurre

 

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Les Gamma-GT en PLS. Les doigts cramponnés  sur ma Nintendo  DS. La messe est dite. En latin et en BIT.   Super Mario toque à la porte. Une coupe à la brosse artisanale faite à la tondeuse par sa mère ou sa sœur.  Un duvet en guise de moustache. Hipster juvénile voguant en trottinette électrique.  Deliveroo noctambule au bord du burn  out. Super matos. Vingt-deux euros. Livraison de champignons qui  font grandir l'âme ou de barrettes qu'on n'accroche  pas dans les cheveux. La voix d'une palette à la diable enrouée qui crache dans un  vocodeur. "Merci, tu peux garder la monnaie. A la semaine prochaine frangin ".

Casser des briques avec la tête pour ne pas perdre la sienne. Sauver une princesse dépressive  qui revend sa couronne sur Vinted pour se taper le Prince Xanax. Briser sa carapace verdâtre sur le divan d'un psilo.  L'air  de rien, du  large tout en longueur.

Hey la vie, c'est quand qu'on va où? 

Parler pour ne rien dire. Les rapaces ne sont pas loin. Pour quelques pièces d'or, le RSA ou le SMIC, la SPA du fric euthanasie les solitaires, ceux qui tirent trop fort sur leurs laisses    et qui refusent de vivre leurs rêves  dans des chenils en béton.Nous ne nous contenterons plus de croquettes et d'eau.

MÉTRO - BOULOT - NETFLIX. 

Ceux qui ne veulent pas de maîtres, de carrés  mais des ronds, des virgules, des phrases sans points ou alors juste trois petits à la fin. Des dictées avec des fautes. Des crises de foie. Amnésies lunaires dans une vie trop chargée. Le coup de sang est parti tout seul .La faute aux consultants du vide qui comblent le silence par des slogans marketing.

JUST DO IT. VENEZ COMME VOUS ÊTES faire chauffer votre CB sans contact.

Se perdre pour mieux se retrouver. Regarder le visage des fantômes et sourire. Il y'a  de la paix partout à qui sait voir les anges maladroits en trench.  Des pieds qui trébuchent. Des pulls trop grands, trop jaunes, trop troués. Des visages cabossés. Des ongles rongés. Des paumés  sans pommade marchant pieds nus sous la pluie, sans parapluie.

 

LES FOUS NE SONT PAS TOUJOURS CEUX QU'ON  PENSE.

 

Ce n'est pas parce qu'on  a les yeux fermés  qu'on  dort. Des "je ne sais pas", des "peut-être". NOUS AVONS TOUS PEUR. Peur de décevoir. Peur d'échouer.  Peur de donner. Peur de laisser passer la lumière à travers nos failles maquillées par une vendeuse-Dracula à Sephora.

 

 

LES ROIS DU DOUTE. 

 

Sois un bon Kougelhof et rentre dans le moule.  Cosette dans un F2 insalubre. SOIS UN PASSAGER TROP SAGE. Les Thénardier sucent des knacks  au Kammerzell pendant que tu suces des bites à la pelle.

 

 

LA BITE GÉNÉRATION.

 

Influenceur. Tendanceur. Germinal aux géraniums digitaux où les ouvriers numériques se mettent une mine à l'opium  de Facebook. Victor Hugo Boss en solde sur Zalando. Moins 50 % sur la culture et le libre-arbitre. Le même ballon.Le même sport. Une coupe du monde. Un écart de salaire considérable entre hommes et femmes. UNE PAIRE DE COUILLES au milieu de l'océan.  C'est  le Grand Bleu sur une pelouse de billets verts.                                                                             

Au CIO on ne m’a jamais dit que la vie est une pièce de la CIA. Il voulait que je passe mon bac, que j'aille  à la fac pour devenir médecin ou avocat. Les avocats se mangent avec de la mayonnaise et des crevettes mais ne défendent pas Jean-Pierre Balkany

Moi je voulais être ébéniste  comme Geppetto. Imaginer des créatures en bois qui dansent sous les étoiles.  Je bosse à la chaîne dans un atelier, lobotomisé à poncer des portes de placards pour Conforama. Ça non plus, le conseiller d'orientation  ne m'en  a jamais parlé.

Je saute au-dessus d'une  plante carnivore qui tente de me becqueter au jardin botanique, chopant l'étoile  d'invincibilité pour baiser le destin quelques secondes. Le cône  roule au coin de la table dégueulasse. Lasses, les boulettes explosent au sol. Moquette martienne où même  les acariens ne se risquent pas entre deux cratères.

Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour les fonsdés.

Les gens de l'obscurité qui n'ouvrent  ni leurs volets ni leurs gueules. Ceux dont les voisins parleront au JT de vingt heures entre un gigot d'agneau  et un tiramisu. "Il  était vraiment aimable. Un type sans histoires. Il  disait toujours bonjour".  Une brique de lait périmé tape un strip-tease au fond du réfrigérateur.  FriGo Pro lubrique pour boulimique. Des œufs moisis partouzent dans une omelette qui bouge toute seule. Les cafards valsent dans une marre de liquide vaisselle.   

 

C'est  la fête de la musique sur une éponge  détrempée.

 

21 juin.  Fête  des utopiques et de ceux qui se prennent pour Jimmy Hendrix avec une gratte achetée sur le Bon Coin. De vrais gens qui font des fausses  notes avec le cœur, sous l'œil médusé  des spectateurs  mangeant des merguez-frites à la harissa. Ça  sent la sueur de vieux sous les aisselles. Le torse qui colle au t-shirt Cannibale Corpse. La sensualité  de Michel Houellebecq.  Une pastille  à la menthe dans la bouche d'un alcoolo. Un bol de lait tiède caillé. Un reste de tartine desséchée au Nutella.

Dans cet appartement, les violons ne jouent pas ou dans la tête peut-être.  Le silence tutoie les murs qui ne lui répondent pas. La tapisserie transpire l'Amsterdamer chopé  à Kehl, parce que ça coûte moins cher, une fois par mois via le tram C.  Franchir la frontière comme un fugitif de l'ex-Allemagne de l'Ouest  transperçant un mur invisible pour chercher sa ration de tabac. IMAGINER ÊTRE À BERLIN.Les Currywurst tripant à Kreuzberg jusqu'au petit matin sous acide. L'Europe des clopes à cyclopes pour des clopinettes.

Prendre les transports en commun me fait suer. La peau grasse des autres.  Les  cheveux laqués comme des canards cuisant avec deux rondelles d'orange au moindre faux pas.  Ils parlent trop fort pour qu'on entende qu'ils ne sont pas morts. Le contrôleur tend sa guillotine et tranche les mains des fraudeurs. Les phalanges volent et les amendes pleuvent pour célébrer le début de l'été.   Fanfare improvisée devant un appartement de la rue des enfants. Bob Marley porte un marcel Ricard et une paire de Birkenstock. Les broches des kebabs tournent à plein régime. Des barbes à papa au poulet finement tranché  par Jack le découpeur pendant que Barbamama sirote un ayran dans l'arrière-boutique. Sauce blanche - salade - oignon. Une idée  de mot de passe pour son compte Youporn Food.

Les canettes  de Heineken commencent à faire effet dans les tempes des plus fragiles. Les vendeurs ambulants se frottent les mains. Il fait soif ce soir.

SOIF DE LIBERTÉ. SOIF DE BORDEL POUR BORDERLINE.

Un cochon aux  cheveux longs braille dans son micro.Headbanger. La ferme aux maux.  Du sado-doom-black-métal, mot comptant  triple au Scrabble. Le Hellfest s'invite  à Strasbourg  dans un pogo fougueux entre deux lycéens déchaînés.  " C’est pas de la musique ça! Edith Piaf, ça c'était magnifique" lâche une mamie aux cheveux violets juste derrière eux. Le Môme sur scène pèse aux alentours des 90 kilos, percé aux tétons et invoquant Satan dans un grognement à faire palir Matteo Salvini.WARNING - EXPLICIT LYRICS. 

 

Quand il me prend dans ses bras, je vois la vie en nécrose.

C'est  imparfait mais c'est pour ça que c'est beau.Le jour où on verra Ozzy Osbourne utiliser Autotune, je commanderai une pinte de grenadine au Molly Malone.   Le droit à l'erreur pour les impôts et le droit à l'erreur dans son solo. Du free-jazz comme on dit sur France Culture. 

Dans la rue des Frères, les plus téméraires ignorent les festivités.  Derrière  une vitrine embuée, les masos enchaînent des bornes sur des tapis-roulants impersonnels. Aladdin moderne au régime,  parcourant le monde sur un compteur à cristaux liquides.   Le génie accorde trois voeux:

    500 calories dépensées - 5 kilomètres  parcourus - Un Burger King pour se récompenser.

Rythme cardiaque. Tension. Dénivelé. Il faut faire Maths Sup  pour mettre une jambe devant l'autre dorénavant. 

   La porte claque. Deux ombres s'enlacent  dans l'ascenseur.  Des cygnes blessés  aux cous interminables qui finiront par s'étouffer de leur propre amour

Au deuxième, le voisin est accoudé  à la fenêtre, un verre de rosé à la main. On se salue d'un  geste de la tête, profitant de la fraîcheur nocturne. La voisine du troisième jouit en quelques  coups de reins puis pleure.  Il est presque deux heures, c'est l'heure des trains de nuit  et des coquillettes au beurre.

 

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11 juin 2019

Les semeuses d'arcs-en-ciel

 

 

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Je cours à en perdre haleine, poursuivi par un loup qui ne va pas tarder à me rattraper pour me dévorer. Des griffes tranchantes et puissantes. Des canines à l’efficacité redoutable. Je ne donne pas cher de ma peau. C’est dans ce genre de situation que je regrette de ne pas avoir su profiter davantage de la vie. Relativiser. Prendre les choses avec plus de légèreté. Dire à mes proches que je les aime en les regardant dans les yeux. Savourer des petits moments de plénitude. Le soleil qui se lève. Un rouge-gorge se posant sur le rebord de la fenêtre. Le parfum du café dans la maison. L’acidité d’une orange qui fait saliver. L’amertume de la marmelade. Appuyer sur un bouton pour allumer la lumière, en tourner un autre pour cuire un steak ou faire couler de l’eau. Remplir mon estomac de sucre, de graisse, d’alcool. Un simple passage au Carrefour Market et le frigo devient une réserve de nourriture s'ouvrant avec le petit doigt.

No pain, only gain.

Ce temps est révolu.

Je me poste à l’angle des Galeries Lafayette espérant que la bête perdra ma trace. Le bâtiment en décomposition est recouvert de lianes et de lierres. Voilà cinquante ans déjà que le tram ne circule plus ici et que la nature reprend ses droits. Depuis l’explosion de la centrale nucléaire de Fessenheim en 2023, nous errons comme des animaux à la recherche de nourriture et d’eau potable. Nous sommes quelques irréductibles à être restés dans cette zone radioactive malgré l’avis du gouvernement qui chercha à nous évacuer vers des camps répartis dans toute la France.

Réfugiés du nucléaire demandant l’hospitalité, nous qui blâmions ceux qui quittaient leurs pays pour fuir la famine ou la guerre. La roue tourne.

Les écologistes sonnèrent l’alerte à l’époque mais la nouvelle Présidente de la République fit de la lutte contre l’immigration une priorité. Pourtant il y'eut des signes annonçant cette catastrophe.

HIROSHIMA – TCHERNOBYL –FUKUCHIMA

Je ne pus  me résoudre à partir en abandonnant mes chats, un carton de souvenirs sous le bras.

Une biche en alerte se fige devant la Fnac. Je suis sauvé. Elle est perdue. Le malheur des uns fait la survie des autres. Le loup change de trajectoire, la tête baissée, dans le sens du vent pour ne pas être découvert. Il accélère sa course soudainement et charge Bambi. J’ai vu ce genre de scène dans un documentaire de la BBC, assis sur mon canapé, une bière à la main. Un guépard coursait une antilope. Elle n’eut aucune chance. Les hyènes terminèrent de nettoyer la carcasse jusqu’au dernier  bout de chair.

La faune et la flore reprennent leurs droits. Les arbres poussent partout pour rattraper le temps où ils étaient cantonnés le long des allées. Des buissons envahissent les bâtiments qui s’écroulent un par un. Les ronces s’enroulent autour des lampadaires déconnectés. C’est un terrain de jeu parfait pour un photographe mélancolique en quête de désolation.  J’avale une gorgée d’eau dans le creux d’une gouttière rouillée. Avec un peu de chance, je trouverai quelques champignons ou mousses comestibles sur la façade de la Librairie Kleber. Il y’a quelques mois encore, nous étions approvisionnés par le ciel, maintenant nous le regardons en attendant un miracle. Les supermarchés sont vides. Les billets font office d’allume-feu pour les plus chanceux qui possèdent un briquet ou une boîte d’allumettes. Je peux les voir, à la nuit tombée, se réunir autour d’un brasier au Parc de l’Orangerie pendant que certains nostalgiques squattent  au Star visionnant   La planète des singes  de Franklin J. Schaffner en boucle .

 

Un grognement se fait entendre derrière moi. Je suis tétanisé. Le loup a retrouvé ma trace. Je me retourne, pétrifié. Il bave, la gueule grande ouverte. D’un élan fulgurant, il bondit. Je recule et trébuche sur une vieille bouteille de Meteor.

C’est là que je me réveille instantanément, en sueur, le cœur battant à la chamade. Dehors, le bus klaxonne et les éboueurs parquent des poubelles vides  militairement . Mon t-shirt est trempé. Je me laisse tomber sur le matelas encore tiède en prenant une grande inspiration.

Ce n’était qu’un mauvais rêve. Marine le Pen ne gouverne pas notre pays. Il est encore temps de changer les choses, de se battre afin d’éviter une catastrophe écologique dramatique.

Survivre en milieu hostile, nous ne sommes pas préparés à ça. J’ai déjà du mal à ouvrir une boite de raviolis sans me trancher une phalange et puis que ferai-je sans Netflix ?

 

Je repense à Morgane et Diane, à ce dîner  en guise d’au revoir au Dubliners hier. Elles se rencontrèrent au lycée Jean Rostand et sont inséparables depuis. Fortes et combatives.  Je n’ai pas leur fougue,  ni le courage d’affronter une nature austère, des insectes voraces ou des araignées de la taille de mon avant-bras. Je reste chez moi, sans prendre le moindre risque, la télécommande dans une main, un paquet de chips dans l’autre, pendant qu’elles partiront au Vietnam en octobre pour participer  à la 20ème édition du Raid Amazones, le 1er et unique raid aventure itinérant dans le monde combinant plusieurs sports non motorisés, 100% féminin et rempli d’émotions fortes.

Un sacré défi pour ces deux Artémiss qui soutiennent l’ARAME, l’’Association Régionale d’Action Médicale et Sociale pour les Enfants atteints d’affections malignes du service d’onco-hématologie de l’enfant de l’hôpital de Hautepierre.

Sa mission principale : optimiser les conditions d’accueil en milieu hospitalier de ces enfants et soutenir la recherche scientifique en rendant le parcours thérapeutique des jeunes malades moins difficiles via le financement de nombreux projets, comme l’achat de parures de lit aux couleurs de héros,  l’organisation de séjours adaptés aux enfants ou l’animation du service par des clowns deux fois par mois.

Starsky à Hutch, Laurel à Hardy et Diane à Morgane.

Morgane  32 ans, ingénieure de Recherche à l’Inserm mi globe-trotteuse, mi-sportive. Depuis toujours, les sports de plein air l’attirent.

« Je pratique régulièrement l’escalade, la course à pied et l’équitation. Depuis 5 ans, je participe à des entraînements de course à pied sous l’œil attentif d’un coach sportif. J’aime allier les voyages et le sport. Cela m’a conduit à réaliser des treks au Cambodge dans la jungle de Ratanakiri et dernièrement sur la Haute-route de l’Everest au Népal avec une ascension au sommet de l’Island Peak à 6200 m. Partager une aventure est essentiel pour moi car la solidarité est une des clés pour avancer et réussir. »

Curieuse, déterminée et de nature calme, Morgane sait se montrer combattante quand il le faut.

Diane, 30 ans et 29 mois, 2 emplois à plein temps : Chargée d’affaire mais surtout maman de 2 enfants formidables (Léon  8 ans et demi et Margot  5 ans). D’un optimisme sans faille, elle adore se lancer de nouveaux défis. Sportive du dimanche, elle s’est mise à la course à pied régulièrement depuis 2 ans seulement. Le trail plutôt que les courses de ville simplement pour pouvoir profiter des paysages.

  « J’apprécie les moments simples, j’adore me promener et faire des randonnées plus sportives .Le Raid Amazones est un moyen de me prouver que tout est possible .Le dépassement de soi 💪sera une belle victoire pour moi. Les valeurs solidaires, l’esprit d’équipe, la découverte de nouvelles contrées ne font qu’augmenter cette envie d’y aller et d’arriver au bout de l'aventure ! ».

Malgré une préparation physique poussée, elles savent que cette aventure sera éprouvante. Lorsqu’elles seront épuisées, déshydratées, lorsque leurs corps feront mal et que leurs têtes diront « non », les marsupilamis strasbourgeois chanteront dans la jungle obscure.

 

HOP LA – HOP LA – HOP LA, nous sommes les strasbourgeois.

 

Elles entendront sonner les cloches de la Cathédrale à travers les mangroves et se relèveront pour avancer encore plus fortes, toute une ville derrière elles, le stade de la Meinau dans le ciel étoilé, les dieux scandant leurs noms.

JETZT GEHT’S LOS

Kilomètre après kilomètre, en VTT, via des courses d’orientation, en canoë ou encore au tir à l’arc, elles sèmeront des graines invisibles d’espoir pour de Petit Poucet regardant par la vitre de leurs chambres d’hôpital à  10 000 kilomètres de là. Des  arcs-en-ciel illumineront leurs yeux fragiles et il neigera des flocons multicolores sur leurs nouvelles couettes Spider-Man.Réjouissez-vous les enfants, réjouissez-vous.Ce voyage est pour vous.Vous êtes des coquelicots avançant au milieu d'une mer de béton mouvementée mais tous ensemble, nous sommes un jardin de rêves un soir d'été.

 

Aux enfants courageux qui combattent la maladie comme des géants,

A leurs super-mamans et super-papas,

Aux infirmiers(ères), aides-soignants(es) et médecins,

Aux nez rouges dessinant des sourires sur des bouches pleines de dents de lait,

Aux bénévoles de l’ARAME,

A Morgane et Diane,

A la solidarité et la générosité.

 

Mail : artemiss.raidamazones2019@gmail.com

Facebook :  https://www.facebook.com/ArtemissRaidAmazones2019

Instagram : artemiss.raidamazones2019

https://www.association-arame.fr/

www.raidamazones.com

 

 

Bat For Lashes - Kids in the Dark (Official Audio)

 

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29 mai 2019

Les parapluies de Strasbourg

 

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Il y’a des gens organisés, prévoyants. Le type de personne qui arrive en avance à un rendez-vous Tinder pour repérer les lieux et visualiser mentalement le déroulé de la soirée comme un bobsleigheur visualise son tracé sur une piste de glace.

Mon pote Simon est comme ça. A chaque fois que je lui demande s’il est disponible pour un boire un verre, il me répond qu’il doit d’abord vérifier sur son organiseur s'il n’a pas déjà prévu quelque chose ce soir-là. Je le soupçonne d’avoir une multitude de possibilités et de choisir la plus affriolante via un tableau Excel super sophistiqué. C’est peut-être pour ça que je ne le vois jamais.

Je ne suis pas de cette trempe mais de celle des improvisateurs giflant la vie par surprise, danseur cosmique glissant sur les figures trop carrées ou trop rondes.  C’est une façon poétique de dire que je ne suis pas organisé.                    L’année dernière, je souhaitai l’anniversaire de ma mère le 11 octobre alors qu’elle est née le 11 novembre. Je laissai également  un message incendiaire sur le répondeur de ma sœur pour lui signifier son absence au déjeuner prévu dimanche dernier, sauf que le repas a lieu mardi prochain.  

Ce matin justement, le réveil sonna à dix heures. L’ayant réglé pour qu’il se déclenche à neuf heures, je crus d’abord à une mauvaise blague de mon chat Mogwai, un gilet-jaune félin anti grasse-matinée, capable de simuler une diarrhée juste pour que je ne quitte pas l’appartement. Cette créature ne sourie jamais, pourtant chaque soir, elle chante son ronronnement pour que je m'endorme.

Il ne me fallut pas bien longtemps pour comprendre qu’à défaut d’un miracle, il me faudrait cavaler comme Usain Bolt pour choper mon train à l’heure.

Une course effrénée débuta. Un plongeon du dix mètres pour finir sous la douche. Des affaires jetées en boule dans une valise trop grande. Le visage tailladé par des coups de rasoirs approximatifs. Des chaussettes dépareillées. Les clés dans la poche. Un bisou sur le crâne de mon lynx de compagnie. La porte claque.

 

Je dévale les escaliers comme une tornade, un reste de savon de Marseille dans l’oreille et un sparadrap sur la joue, manquant  de me fracasser la colonne vertébrale sur une marche branlante. 

Dehors, le vent souffle sur les crasseux  perdant le contrôle. La valise est en équilibre précaire sur le guidon de mon VTT. Ma vision est limitée. J’esquive les passants, avenue Wilson, sautant un trottoir involontairement. Elliot pédalant à en perdre haleine. E.T dans la panier avant , pointant la lune de son doigt interminable.                             

MAISON - MAISON.             

                                                                              La chaîne se déplace à plusieurs reprises mais heureusement je ne déraille pas. Je serais incapable de réparer cet engin du diable à mains nues, c’est déjà une épreuve d’enlever les cheveux coincés dans le siphon de la douche. MacGyver est un mytho capable de nous faire croire qu’une allumette et un trombone peuvent faire office de dérailleur.

Le tram C klaxonne. Un caniche au regard noir aboie. La caravane passe.

Je suis dans les temps, ne reste plus qu’à trouver une place pour mon deux-roues devant la gare, ce qui n’est pas une mince affaire dans ce cimetière des roulants.           Les cadavres sans roues ou sans cadres traînent au sol, laissant des cadenas orphelins pendus à des arceaux métalliques. Un champs de coquelicots chromés, les selles trouées timides attendant l’arrivée  de fesses moelleuses. Un vieux Peugeot rouillé quitte la place. Je saisis l’occasion en tentant de mémoriser l’endroit où je laisse ma monture. 

Peut-être qu’à mon retour, il ne fera plus parti du paysage alors je lui fais un clin d’œil discret, on ne sait jamais ce qu’il peut se passer pour un vélo sans défense sur le parking de la gare de Strasbourg.

Il faut saluer les gens qu’on aime avant un voyage à l’autre bout du monde. La Bretagne c’est loin. J’espère qu’il ne sera pas kidnappé par des pirates aux pinces coupantes qui le balanceront dans le Rhin. J’essaierai de négocier avec les voleurs sur le Bon Coin et s’il le faut, je paierai une rançon en tickets restaurants

Une ville sans vélos volés c'est comme un ciel sans étoiles filantes.

 

De la sueur coule dans mon dos. Je scrute le panneau d’affichage comme une souris observe le ciel à la recherche de buses  affamées. Je ne ferai pas office de petit-déjeuner en ratant mon train. Celui à destination de Rennes a une heure de retard.  Déception. Tout ça pour ça.

Je me jette sur un banc inconfortable, le type de mobilier conçu par un designer anti-SDF en totale harmonie avec le nouvel arrêté anti-mendicité.

Trop de anti tue.

Un remède trouble contre ceux qui sont à genoux et qui n'ont plus le droit de se coucher pour oublier le bitume mouillé. Trop maigres pour se payer une chambre d'hôtel et s'étaler sur un lit trop grand, comater est  un crime dorénavant.                                                                                           

La galerie de verre monumentale surplombant le bâtiment tente de me consoler par son silence. La carapace transparente d’une tortue abritant des lapins-voyageurs pressés.

Les talons claquent et les valises glissent sur le sol. Nous nous jaugeons du coin de l’œil afin de deviner qui va où en fonction de la taille de nos sacs. Les pouces s’activent sur les écrans gras des smartphones. Les casques Bluetooth dansent au rythme de basses puissantes. Mr Oizo est dans la place. 

Une dame d’un âge certain lit le dernier roman d’Amélie Nothomb. Elle semble soucieuse et totalement absorbée, suivant une balle invisible,  de gauche à droite, comme si elle était à Roland Garros :

« Le dernier mot frappa le comte comme une gifle. Ce n’était pas la première fois qu’il l’entendait. Depuis quelques années, pour d’obscures raisons, les gens ne se satisfaisaient plus des termes sentiments, sensations ou impressions, qui remplissaient pourtant parfaitement leur rôle. Il fallait qu’ils éprouvent des ressentis. Neville était allergique à ce vocable aussi ridicule que prétentieux ».

 Avantage Nadal. Premier service. 

Derrière, le vendeur du kiosque aux journaux encaisse les euros à une cadence infernale. Le tiroir-caisse claque. Les billets passent de mains en mains. Les magazines défilent sur le comptoir. Un Biba spécial  ventre plat. Un Psychologie Magazine  pour repérer les signes du burn out. Les Raconteurs en couverture des Inrocks.

Deux amoureux se collent comme un chewing-gum s’incruste sur la semelle d’une paire de Air Max. Un au revoir éprouvant certainement, à en voir les chaudes larmes coulant discrètement le long de son nez. Elle sort un mouchoir, les yeux rouges, de la buée sur ses lunettes pendant qu’il caresse ses cheveux blonds.

Je peux deviner ce qu’elle lui dit en lisant sur ses lèvres glossées :

« Tu ne m’oublieras pas ? Tu m’appelleras en arrivant ? ».

Il prend sa tête entre les mains. 

Il lui dit les mots bleus, 

Les mots qu'on dit avec les yeux,

Parler lui semble ridicule,

Il s'élance et puis elle recule,

Devant une phrase inutile,

Qui briserait l'instant fragile.

                                                                       Le Burger King vient d’ouvrir à l’autre bout du hall. Je peux sentir une odeur de frites insupportable, comme  lorsque je sortais des tasses en titubant à Europapark, à la limite d’arroser la chemise de mon père d’un jet de vomi au Nesquik.

Je vérifie le numéro de ma place dans le TGV. J’espère être positionné côté couloir pour pouvoir étendre mes jambes au maximum. C’est toujours mieux que le siège-bébé pour adulte de Ryan Air dans lequel je me contorsionne comme un fakir afin de ne pas succomber d’une crampe de la cuisse.

Le temps ne passe jamais assez vite lorsqu’on part en vacances. J’ai hâte de retrouver la fureur de l’océan, d'humer  l’iode et de me goinfrer d'huîtres. Il y’a bien longtemps que je ne suis pas retourné les voir mais je peux encore sentir le sable mouillé entre mes doigts de pieds  et la disposition des rochers sur cette plage du Finistère. Prenons du bon temps avant que les feuilles se remettent à tomber. Fermons les yeux, vagabonds paresseux sur le coin du lit d'une cabane perchée trop haut pour les grandes personnes. 

 

Chouchen  + Kouign amann =  ‎♡

 

Dehors, une fine pluie se met à tomber soudainement alors que le baromètre  affiche 28 degrés. Un arc en ciel gay  illumine le ciel.  Les parasites aux masques de clown dansent entre les gouttes. Les parapluies de Strasbourg s’ouvrent comme des pâquerettes un matin de printemps. Catherine Deneuve allume une Gauloise et tousse comme un camionneur, une 8.6 à la main. Jacques Demy se retourne dans sa tombe.

Allumer – Tirer – Expirer – Tirer – Expirer – Tousser – Éteindre. C’est la dure vie des nicotineurs.

 

Mon train finit par être annoncé. Quai numéro 1. Sur l’escalator, un enfant accompagne sa mère qui tient une caisse à chat dans les bras. La matou roux miaule à mort et tente de lacérer sa maîtresse. Le bruit du freinage d’un wagon tagué lui fait rebrousser chemin. L’enfant tente de le rassurer en mettant le doigt dans la cage. Il renifle le bout de chair comme un anxiolytique.

Depuis mon siège, j’observe le quai se vider progressivement derrière une vitre  muette.     

                                                                                    Le train se met en route.

Il reste un homme, posté contre une rambarde, suspendu au-dessus du temps.  J’ai l’impression qu’il a toujours été là, perdu entre deux voies, l'âme mal garée. Le gardien des secrets qu'on murmure au ciel. Le venin acide du regret qui ronge les os. Roi des papillons de nuit.  Un coeur ivre de satin rouge . Un parfum d'histoires qui  finissent dans un ravin.

Un fantôme au coeur défiguré attendant inexorablement de prendre le TER à destination du succès. 

 

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19 mai 2019

Le point G de l'existence

 

 

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Chaque chose a une fin sauf la banane qui en a deux. Ce proverbe africain tourne en boucle dans ma tête depuis ce matin, 2h30.

Impossible  de me rendormir. Un mélange d'anxiété et d'excitation.  Je quitte cet appartement trop bruyant derrière la Place des Halles après cinq ans de bons et loyaux services.

Sur ce matelas imprégné de poussière, entre une chaise encastrée sur le canapé et une perceuse encore branchée, j'observe le plafond blanc que je connais par coeur, à force de m'y perdre  lors de mes sessions de spleen intensives. J'aime voguer dans des contrées imaginaires, les yeux grands ouverts, seul, la main derrière la nuque en sentant le souffle frais du ventilateur sur mon torse. C'est mon jardin secret, sans roses et sans coccinelles. Je ne le partage pas celui-là. Il est vital. Sans compromis. Sans paraître. A la limite mon chat a la permission de ronronner à mes côtés, et encore.

 

Moi face à moi. Round 1. La cloche retentit dans le silence. J'enfile une paire de gants et mon protège-dents. Les coups pleuvent. Uppercut du Passé. Coup droit de l'Avenir. Crochet vicelard du Doute. KO. L'arbitre arrête le match. Le radio-réveil annonce 3h01. Dans 3h29, ils arriveront.

 

Le plafond ne trahit jamais. Le plafond ne juge pas. Le plafond écoute en silence. Le plafond est un ami discret, plat et profond, inaccessible comme une mer pâle projetant ses pensées sur mes draps tâchés de sueur. Le sel pique sous les aisselles. La peau brûle de l'intérieur. Je suis éjecté sur une île déserte, sans ballon à qui causer, en haillon, regardant l'horizon bleu à l'infini. Je vais rester là pour l'éternité, à chercher à comprendre les confidences d'un ciel crépis. 

 

Je suis capable de dire avec précision le nombre de lignes en plâtre blanc le recouvrant comme Dustin Hoffman annonce le nombre exact de cure-dents par terre dans Rain Man: 114, très exactement. Une chapelle Sixtine monochrome maladroitement repeinte par des ouvriers du bâtiment payés au lance-pierre. Vinci sans Léonard. Du béton sans inspiration.

 

Je connais cette pièce comme si j'y étais né, il y'a 35 ans. Chaque imperfection au mur. Le trou d'un vieux clou rouillé. Le bout d'un fil électrique timide. Les ombres projetées sur le sol au moindre rayon de soleil.Ma commode Conforama dégueulant de fringues jetées en boule comme du papier journal enfoncé au bout d'une chaussure trop petite. La vieille malle en bois pleine de vinyles.

David Bowie - Nick Cave - Radiohead - Pink Floyd -  Massive Attack - Gainsbourg - Sufjan Stevens - Sigur Ros - Archive - Pulp - Joy Division.   

Le 11 de départ.

Sont remplacants: Talking Heads - Alt-J - Air - Bashung.

 

J'y passe des jours entiers, en position foetale, à chercher un sens à tout ça. Le lit devenant alors un sable mouvant rassurant qui immobilise la volonté des animaux les plus déterminés. Les autres ne comprennent pas. Comédien - Fainéant - Malade imaginaire. Lorsque le mal est dedans et qu'il ne fait pas saigner, il crée le doute dans les yeux des plus sceptiques. C'est un peu comme un mal de dos. On ne trouve jamais rien au scanner et pourtant la douleur est bien là, entre l'esprit et le coeur. Le point G de l'existence.Personne n'a encore inventé le Kamasutra du bonheur. Un vers invasif se nourrissant de pensées maléfiques, nuit et jour. Ça rend fou. Je vous promets que ça rend fou, au point que certains deviennent des fantômes qui continuent de travailler, de manger et de baiser sans que personne ne s'aperçoive de la supercherie.

 

Un Truman Show avec des vrais gens dedans où Jim Carrey se goinfre de Xanax.

 

   Le vieux parquet  grince devant la porte des WC. Le sanibroyeur de fortune est installé là parce que le lieu ne permettait pas d'y disposer des toilettes dignes de ce nom. J'ai failli perdre ma virilité sur ce truc un soir, rentrant d'une nuit agitée, pas très frais et m'endormant sur cet engin de torture. La douche d'un autre temps est tout juste assez grande pour s'y engouffrer. Spéléologie urbaine par obligation hygiénique.

 

Ambiance photomaton, le reflet des carreaux en céramique faisant office de caméra. Insert coin. 3-2-1. Souriez. La douche est terminée.

 

Le lino détrempé gondole. Une serviette à l'odeur suspecte fera office de bateau-mouche dans cette Venise moite. Dehors, le camion-poubelle semble se garer contre mon omoplate tellement l'isolation de ce cube de béton des années 50 est mauvaise. Cette nuit, j'ai même entendu le souffle chaud d'un voleur de vélo fracassant un cadenas  à l'aide d'une pince coupante.

 

C'est un véritable sous-marin indétectable. Les passants racontent leurs vies. J'entends tout, comme un ange tend l'oreille pour tenter de comprendre le secret du monde des vivants, assis sur un nuage de ouate. Les ombres ivres murmurent la nuit en faisant des pauses contre le mur au bas de mon immeuble. Certaines pauses sentent la pisse ou le vomi avec des morceaux dedans, d'autres les corps brûlants à l'haleine chargée de Meteor.

 

Certains hurlent de bonheur, rient à s'en péter la mâchoire pendant que d'autres pleurent la perte d'un être cher ou divaguent comme des fous à la recherche d'un reste de KFC dans une poubelle pleine à ras bord.

 

En face, sur le trottoir du bar de La Solidarité, la musique est tellement forte que mes vitres tremblent. Des silhouettes marchant en zig-zag tirent sur des clopes comme si leurs vies en dépendaient. A cette heure-ci, les certitudes sont de mise. Pas de compromis. Pas de peut-être. Pas de peur. La confiance d'un Jedi gonflé au Picon.

"Noir il sera. Avec des cacahuètes, tu le dégusteras".

L'envie de bouffer le monde sans fourchette mais avec la bite. Les corps dansent contre les tables alignées militairement. Les feux de signalisation tripent sous acide. Vert - Orange - Rouge. A une couleur près, la Jamaïque s'invitait dans le quartier.

Tout semble facile quand les chats sont gris. Le réveil sera brutal, comme un bol de Ricoré froid accompagné d'une tartine de munster.

 

6h03. Je ne tiens plus. J'ouvre les volets avec précaution de peur que l'un d'entre eux ne se décroche pour finir sur la tête d'un voyageur malchanceux. L'odeur de fleur d'oranger d'Amande et Cannelle emplit mes narines avec la nostalgie d'un gamin sortant une tarte aux pommes du four.Makrout aux dattes - Kadaif - Corne de gazelle - Baklawas aux noix. Vous allez me manquer. Ce quartier va me manquer.

Des cartons trop remplis s'entassent un peu partout. Sur le haut, une écriture enfantine au marqueur rouge.

Chambre-Fragile.

A l'intérieur, des morceaux de vie. Des souvenirs, bons comme mauvais. Un paquet de semoule mal fermé se vide sur une édition abîmée du Clochard Céleste de Jack Kerouac. Une assiette Ikea est déjà brisée en plusieurs morceaux. Les moutons dansent un tango derrière le canapé.

 

Je peux les entendre arriver à une dizaine de mètres de là alors que l'épicerie  Baymar ouvre ses portes. Elle m'aura bien dépanné celle-là avec des paquets de Pépito à 6,40 euros, du Coca et des bananes terrassant une gastro fulgurante.Toujours un sourire même quand je n'avais pas assez de monnaie pour régler mon pot de Nutella.

"Tu paieras la prochaine fois, c'est pas grave".

Salut mon frère et merci à toi.

 

Ils montent dans l'escalier. Un pack de bière dans une main, des petits pains au chocolat dans l'autre. Ça se vanne sur le dernier épisode de Game of Thrones.

Des dragons - Une princesse - Une baston.

Des amis(es). Des collègues. Des bras pour déplacer l'essentiel de ma vie d'un point A à un point B.

 

Ne reste plus qu'à passer les point C, D, E puis F  et je finirai bien par le trouver, ce putain de point G de l'existence.

 

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30 avril 2019

Toméo et Courgette

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J'ai dans la main, les doigts fragiles et moites d'une poupée de dix ans, bouche-bée devant l'Hotel de ville, Place Broglie.

 

Les mariages font rêver les petites filles, après ça se complique. Courgette se mord la lèvre. Ses grands yeux ébahis devant la robe blanche de la mariée ne se referment plus. Un conte de fée intemporel se passe à quelques mètres de ses Kickers vertes. Elle repense aux pages jaunies que sa mère lui lit chaque soir avant de se coucher. Cette dernière prend un ton solennel et change de voix en fonction du personnage. Parfois, elle saute sur le canapé et simule un combat d'épées avec une règle en plastique. Ça la fait rire mais l'amour impossible de ces deux amants maudits en 1597, l'empêche de dormir jusqu'à tard dans la nuit. Elle se demande, si quand elle sera plus grande, je m'opposerai moi aussi à son alliance avec Toméo , l'amour de sa vie, de la maternelle au CM2. 500 ans après, les tragédies shakespeariennes perdurent par la stupidité des Hommes, ça elle le comprend, à force de voir des images atroces au journal télévisé lorsque je m'endors sur le canapé, la biographie de David Bowie sur les genoux. Hier encore, songeuse, elle demanda au petit-déjeuner : 《Papa, pourquoi les grands meurent parce qu'ils ne croient pas au même Dieu?》. Le temps est aveugle et l'homme est stupide. Cette histoire de Montaigu et de Capulet la perturbe. Elle se pose beaucoup de questions en ce moment.            Le tram passe derrière elle sans la perturber. Elle est ailleurs, dans son histoire. La pression de sa main se fait moins ferme. Elle rêve. Le décor s'installe dans son esprit. Le brigadier raisonne trois fois sur le bitume noirci.                     Pam - Pam- Pam.                    Le rideau se lève. Un parfum d'Italie s'empare de la ville. Strasbourg devient Vérone, les Arènes en moins, la Petite France en plus. Courgette a fait son choix. Ce sera Toméo, peu importe ses origines, sa couleur de peau ou sa religion . Peu importe si quelqu'un tentera de s'opposer à cette union, elle décide fermement,  à cet instant précis, qu'elle sera libre d'aimer celui que son coeur lui conseillera. Son front se plisse et ses mâchoires se serrent jusqu'à l'apparition du voile en dentelle de la mariée qui recouvre une partie de ses cheveux bouclés. C'est comme si elle y était. Elle rayonne comme seuls les enfants rayonnent, sans artifices, s'imaginant serrer des mains, embrasser les joues rouges bien fournies d'un oncle ou de sa meilleure amie Sophie ce jour-là. Mamie Suzanne versera une larme discrète pendant que papi Edouard bombera fièrement le torse parce que ça pique toujours le coeur de se faire voler sa petite-fille par un jeune inconnu. Hier encore, elle s'égratignait les genoux en tentant de faire du vélo sans les petites roues.Aujourd'hui, c'est une femme forte. Avocate, basketteuse professionnelle, poète, peu importe ce qu'elle deviendra tant qu'elle se sentira vivre.

Son mari arborera un costume trois pièces beige, des chaussures qui brillent comme ses yeux verts et une rose rouge sur son veston.

Le riz volera plus haut que les nuages. Elle jettera son bouquet en arrière comme dans les films qui font pleurer et puis les invités crieront de joie.

 

Vive les mariés! - Vive les mariés! - Vive les mariés!

 

Nous reprenons notre chemin entre les arbres qui commencent déjà à perdre leurs fleurs pour arriver devant le Théâtre National. Ma petite Courgette est toute chamboulée. Elle s'arrête et se retourne une dernière fois pour voir les tourtereaux monter dans une vieille Peugeot 203 louée pour l'occasion.

Papa, c'est quoi le bonheur? lance t'elle soudainement.

 

《C'est une bonne question mon ange.Je suis ton père et je n'ai pas réponse à tout. Mes réponses ne sont pas des vérités universelles, mais pour moi, le bonheur c'est quand tu souries pour tout et pour rien, que le temps passe trop vite -  C'est quand j'ai toujours faim - C'est  un bonhomme au cœur d'argile, hypocondriaque et bipolaire. Nous passons des heures à le chercher et une fois trouvé, il se dissout comme du sucre dans ton thé à la menthe.

C'est contempler l'océan - Sentir le vent dans les cheveux ou le soleil qui caresse un bras nu - Voir ton sourire sans toutes tes dents - Se mettre autour d'un bon feu.

C'est se réveiller avec ta maman - Te sentir sauter sur le lit - Réaliser qui je suis vraiment et garder en tête ces moments si précieux.

C'est manger trop de carambars- Faire des cabanes avec ton frère Fabio- Ne plus avoir de devoirs - Me dire "papa, t'es le plus beau".

C'est un  bol de chocolat chaud fumant - L'odeur du sapin de Noël - Une tartine de Nutella - Te dire que tu es la plus belle.

C'est sentir que tu existes - Que ta vie a du sens - Que même seule tu n'es pas triste -  Que chaque jour est une danse.

C'est courser les pigeons - Sauter dans les flaques d'eau - Ignorer la raison - Voir la vie comme une cour de récréation.

C'est ouvrir tes grands yeux bleus - Regarder le monde se métisser - Partir loin quand toi tu veux, puis revenir nous retrouver.

C'est se tourner au milieu de la nuit - Penser que tu n'es pas loin - Regarder les étoiles qui brillent, puis me rendormir serein.

C'est arrêter de tout analyser - De dire ce qui est mal ou bien -  Choper la vie et la bouffer, tu verras ça fait du bien.

Mais tu sais, s'il y a le bonheur, il y a  forcément le malheur.Dans la vie, les choses vont souvent par deux.  C'est un monsieur moins marrant, très poilu qui sent de la bouche. Vous vous croiserez au hasard de la vie . Il a d'énormes dents et arrive à l'improviste. Il était là à l'infarctus de papi Jean et  au licenciement de tonton Baptiste. Il souffle fort dans les yeux,  pince le coeur de ses gros doigts.        Çà fait pleurer et ça pique un peu mais rassure-toi, tu t'y feras, sinon  tu m'appeleras.

 

 

 

 

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27 avril 2019

Anatomie du printemps

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L'odeur du gazon fraîchement coupé emplit les narines de souvenirs enfantins  dans ce parc, Place de la République. 

Il neige des fleurs de magnolias sur le dos nu d'une étudiante en deuxième année de médecine. La courbe de ses reins, dunes caramélisées où les vers d'un poète fou se poseront comme les ailes d'un papillon égaré. Un tatouage japonais représentant un dragon en feu remonte le long de sa colonne vertébrale. Une brise maternelle caresse sa peau fragile. La chair de poule fait de son épiderme, une plage de sable fin sur laquelle les enfants du monde entier rêvent de chercher des coquillages nacrés. C’est  une planète inconnue, terrifiante, sur laquelle des lèvres inexpérimentées se perdront maladroitement tel un tatouage Malabar trempé.

C'est un petit pas pour l'Homme, un grand pas pour le baiser.

Derrière une paire de Prada, elle bloque depuis plusieurs minutes sur la  même page soporifique d'un chapitre d'anatomie sans arriver à se concentrer.

« Situé dans la région antérolatérale du cou, au-dessous de la peau et au-dessus du muscle sterno-cléido-mastoïdien, le muscle peaucier est une large lame musculeuse, quadrilatère et fort mince, étendue de la partie supérieure du thorax au bord inférieur du maxillaire ».

Aucun membre ne peut combattre le printemps qui la taquine via des appels de phares ensoleillés.

 Une fourmi kamikaze grimpe sur sa jambe droite, elle la sent comme elle sent  le regard insistant de cet homme qui sirote un coca sur le banc juste derrière elle. Elle peut deviner le parcours de ses yeux sur sa nuque mais elle a la flemme de bouger. Le gazon est une couette végétale qui la prend dans ses bras. C'est la fin de l'hibernation, des pulls en laine qui grattent et  des mains rougies par le froid.

Elle décroche les pétales d'une marguerite qui n’avait rien demandé à personne, une par une, comme lorsqu'elle voulait savoir si elle était vraiment amoureuse de Gaétan, en 6 ème D. Être au mauvais endroit, au mauvais moment, c’est le destin des marguerites et d'Alexandre Benalla. 

Je t'aime - pas du tout - un peu - beaucoup - passionnément - À la folie.

  Les fleurs, comme les enfants, ne mentent jamais.  Elle tombe sur "pas du tout" parce qu'elle est célibataire depuis presque deux ans.  Le mystère  des sentiments que seule l'encyclopédie de la vie peut expliquer. C’est malheureusement seulement sur son lit de mort que nous achevons achève la lecture de ce style de bouquin.

Son  souffle tiède propulse les plumes  d'un pissenlit dans le ciel arrogant.  C'est un oiseau-fleur qui s'envole vers l'infini. Elle ferme les yeux et se couche sur le dos, les bras étendus au maximum au-dessus de la tête. La respiration lente et apaisée d'un nouveau-né qui tète le sein de sa mère. Se sentir exister en s’effaçant dans le décor,  l'espace de   quelques minutes. Un bouton pause. Le cerveau qui se déconnecte. Le parfum des tulipes multicolores. Deviner la forme des nuages. Ici c'est une fée qui joue à saute-mouton avec un crapaud.Là, un poisson-chat qui fume la pipe.

   Son cœur raisonne dans ses tempes comme les basses au concert du Bal des Enragés, hier soir à la Laiterie.

Elle y a croisé les yeux gourmands d'un maigrichon qui roulait une clope comme si c'était la première fois. Ça ressemblait davantage à un cornet de frites qu'à une cigarette. Le temps qu’il sorte fumer, elle disparaissait dans la foule suintante. Fumer nuit aux coups de foudre, il devrait le rajouter sur le paquet.

Sur sa gauche, un couple d’adolescents se bécote discrètement derrière un buisson. Il lui mange la langue en gloussant comme un paon. Elle gémit en lui chatouillant les côtes.

Debout, le joueur de diabolo aux dreadlocks-lianes  enchaîne des figures improbables sur sa ficelle magique.

La fumée d’un spliff la sort de sa rêverie.

Deux glandeurs passent le temps adossés à un arbre. Le premier inspire une taffe interminable pour montrer au monde qu’il aurait pu jouer Jacques Mayol dans le Grand bleu. L’autre dit qu’il abuse, qu’il pourrait faire tourner parce que c’est lui qui a payé le matos. Les yeux rouges et gonflés, il rigole en toussotant. Tiens, prends-le il dit, et arrête de me casser les couilles, j’ai déjà mon daron pour ça.

Le soleil qui commence à se coucher met tout le monde d’accord. Il est temps de remettre son t-shirt, de jeter son mégot dans le cadavre d'une Heineken et de se diriger vers le Baggersee où se tiendra un barbecue pas si improvisé que ça finalement.

Elle  observe les deux silhouettes courbées se lever.Les girafes en  Lacoste prennent le large. 

« Faudra choper des saucisses blanches aussi parce que les merguez ça commence à me soûler. On fait que ça, bouffer des merguez et de la harissa, j'ai le cul comme un chou-fleur à force. J’espère trop qu’il y’aura la meuf de l’autre fois, t'sais la rousse qui rigole comme une hyène ».

Vas-y ferme bien ta gueule avec tes histoires de  Roi Lion dit l’autre. T’es même pas capable de faire une bise à ta mère et tu parles de choper une meuf.Chope toi d'abord une paire de couilles et ensuite on discutera, bouffon.

 

Le tram B démarre, laissant des brins d'herbes orphelins derrière lui.Une belle journée de printemps  s'achève comme celle  que nous passions à la mer quand nous avions cinq ans, la main dans celle de notre grand-frère.

A Strasbourg, c'est vrai, nous n'avons pas la mer mais des parcs qui font des vagues à l'âme.

 

Peter Doherty & The Puta Madres - Paradise Is Under Your Nose (Official Audio)

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