La vie absurde de Mr Zag

06 octobre 2017

Le festival de Khâgne

 

Apostrophes

Les chemises blanches parfaitement repassées défilent sur Arte,

Un débat sur la littérature et la médiocrité,

BHL clonés citant Céline à chaque allégorie,

Si tu n’as pas lu Voyage au bout de la nuit à 30 ans, tu as raté ta vie,

 

« Écrire est une nécessité »,

Héritage familial qu’ils sont  contraints d’accepter,

Et de toute façon « je ne sais rien faire d’autres »,

C’est pas de leurs fautes mais de celles des autres,

 

L’élite littéraire a le visage stéréotypé  d’une agence de mannequins,

Qui ferme ses portes aux visages moins parisiens,

 

La couleur se fait rare,

Sur ces plumes aux teints blafards,

Le numéro d’arrondissement,

Prime sur le talent,

 

Une feuille blanche comme seule angoisse,

Papa s’occupera du chèque et de la paperasse,

L’étudiant fauché qui publie une pépite,

Un mythe pour éditeurs hypocrites,

 

Sourires vaniteux et phrases à rallonge,

Pour vendre un bouquin comme un paquet d’éponges,

Citer Maupassant, Proust ou Baudelaire,

Pour donner l’illusion, pour avoir l’air,

 

Ambiance salon de thé,

A mouiller sur le best-seller de l’été,

Explications hautaines pour lecteurs de bédés,

 

Ecrivains et politiciens sont tout aussi déconnectés,

Les émissions littéraires relèvent du compte pénibilité,

Combien coûte un petit pain au chocolat,

Comment survivre avec le RSA,

 

Intellectualiser  à outrance,

Pour noyer le poison,

 

Si les jeunes ne lisent plus,

C’est parce que les romans ne viennent plus de la rue,

Mais d’un appartement de 200 mètres carrés,

Au parquet fraîchement ciré.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Posté par Mr Zag à 14:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]


30 août 2017

Le courage ne crie pas toujours (1)

 

Résultat de recherche d'images pour "la famille groseille"

« Le courage ne crie pas toujours.

Parfois, il est la petite voix qui te chuchote à la fin de la journée :

J'essayerai encore demain. »

 

Emily Dickinson

 

 

Je suis assis à table, la gorge sèche. Mon dos me fait mal, comme toujours. J’ai l’impression d’être né avec une paire de ciseaux entre les omoplates.

 Elle a mis tout l’après-midi à préparer le festin mais je n’ai pas faim. Dans quelques minutes, il arrivera. Généralement vers vingt heures. Elle allume la télé pour créer une  ambiance artificielle de foyer modèle. Le journal de TF1. Un reportage bidon sur la canicule  puis quelques secondes de corps déchiquetés en Syrie. Un semblant de convivialité pour casser le silence pesant qu’il imposera. Du bruit pour couvrir nos cogitations.

Nos regards se cherchent maladroitement, par compassion, par peur aussi. Lorsqu’il rentre, mon frère et moi savons à l’intensité du claquement  de la porte du garage si cette nuit nous pourrons dormir un peu. Avec le temps, nous avons appris à interpréter le moindre de ses mouvements, le son de sa voix, son odeur, son regard, sa façon de marcher, de prendre sa fourchette ou de se servir un verre de vin.

J’ai mis la table méticuleusement. J’ai obéis, moi qui conteste habituellement tout et n’importe quoi juste par plaisir de contester. Berrurier noir dans la tête mais Bob Dylan dans la réalité.  Ce soir, je préfère être docile  et me le mettre dans la poche. C’est vital. J’ai besoin de quelques heures de répit avant de reprendre le lycée demain matin.

J’ai le bide en vrac. Je contracte les côtes de nervosité et entremêle mes mains moites. La dernière fois que je me suis senti comme ça, c’était devant toute la classe, à faire un exposé absurde sur le film Vol au-dessus d’un nid de coucou. Je n’ai fait que lire mes fiches maladroitement, sans conviction, pour en finir au plus vite et me rasseoir à côté du radiateur. J’ai toujours admiré ceux qui sans gêne, sans ce picotement qui fait rougir le visage, se lancent dans des démonstrations passionnées comme s’ils étaient seuls dans leur chambre à imiter Trump devant le miroir. Je n’arrive pas à faire abstraction de tous ces regards posés sur moi. Je suis courbé. J’ai honte. Pourtant j’adore ce film et la folie si vivante qui en émane. J’aimerais être Jack Nicholson et balancer un lavabo blanc d’hôpital psychiatrique sur le premier rang, briser les dents de tous ces gosses de friqués  et sortir de la pièce, un sourire de psychopathe aux coins des lèvres mais je suis là, tétanisé, une feuille de papier A4 crasseuse tenant tant bien que mal entre mes mains tremblantes. Je n’ai pas pu faire un exposé précis et pertinent sur de belles feuilles en papier glacé. Je n’ai pas pu réaliser de montage vidéo non plus aidé par mon père impliqué par la réussite scolaire de son fiston.  A trois heures du matin, avec une lampe de poche et mon téléphone portable, j’ai fait ce que j’ai pu. Un exposé Wikipédia. Mais ça, l’éducation nationale n’en tient pas compte dans ses critères de notation. La prof en rajoute une petite couche pour bien me signifier que je ne fais que lire un texte pompé sur internet. Je ne fais pas partie de ces élèves racés, stylés à qui tout réussit.

 

Ça me met encore plus mal à l’aise.  Je ne maîtrise pas mon corps. Je n’aime pas cette grande carcasse qui rase les murs pour éviter d’entrer en contact avec les autres. J’aimerai pouvoir faire de grands gestes avec mes bras sans laisser transparaître d’auréoles sous mes aisselles, avoir cette saloperie de position d’ouverture de merde adaptée à la communication  non verbale comme dit mon psy en mâchouillant son stylo à billes. Je transpire beaucoup. Suffisamment pour que Léo  ouvre les fenêtres en hurlant que ça sent le canard dans la salle. Mon jean est trop court. C’est celui que mon frère portait il y’a deux ans. Anna me fixe avec empathie. La très jolie Anna à qui je n'ose pas parler depuis le début de l'année scolaire et à qui je ne parerlai certainement jamais.

Je rêve de  leur cracher au visage. Je veux de l’orgueil. Je veux une paire de couilles énorme, la poser sur la table et les regarder dans les yeux, effrontément comme De Niro dans Taxi Driver : C’est à moi que vous parlez ? C’est à  moi que vous parlez ?

 

La  porte du garage se fracasse soudainement. Je n'ai pas entendu la voiture arrivée.  Il siffle en montant l’escalier. Mon rythme cardiaque s’emballe au point d’imaginer mes tempes s’exploser contre le carrelage graisseux au-dessus de la cuisinière. Il est entré. Ma mère tente de lui parler sur un ton doux, le caressant dans le sens du poil mais nous savions qu’elle avait peur de se faire mordre par ce catalan d’un mètre quatre-vingt-treize. Il ne dit rien. Le silence est la meilleure des armes pour créer l’angoisse, pour laisser travailler son imagination, pour envisager le pire.  Je ne suis plus qu’un patient chez un cancérologue qui attend le verdict durant de longues minutes.

 

Il ne dira pas un mot de toute la soirée, enchaînant les bouchées de pommes de terre grillées accompagnées de girolles puis le filet de canard parfaitement saignant à la sauce au poivre et enfin une crème brûlée à la fleur d’oranger. Il a bien mangé. Il a bien bu aussi. La bouteille de Côtes-du Rhône y est passée pour faire glisser les pilules qu'il prend quotidiennement.  Il se lève pendant que la voix de Jean Gabin annonce le début de Quai des Brumes.Un film en noir et blanc. Ma mère empile les assiettes nerveusement ne sachant pas quoi penser de son dîner. Cet enfoiré ne lui a pas fait le moindre compliment. Elle doit être terriblement déçue mais aussi s’en vouloir de ne pas lui balancer une assiette en pleine face devant ses gosses pour démontrer qu’elle a encore un semblant de dignité. Elle ne montrera rien. Elle allume une cigarette et dispose les assiettes dans le lave-vaisselle.  Les restes sont rangés dans des petites boites en plastique bleu puis au congélateur pour dépanner, un soir où il ne sera pas là. Elle prend le temps de passer un coup d’éponge sur la table et d’allumer une autre cigarette. C’est généralement à ce moment-là que comme un lâche, je monte dans ma chambre, que je me couche sur mon lit et que je mets la musique au maximum dans mon casque en examinant les dernières actualités passionnante de mes "amis" facebookien. 

 

Posté par Mr Zag à 09:14 - Commentaires [2] - Permalien [#]

18 août 2017

L'heure des timides

 

 

 Image associée

Arriver en retard à une soirée c’est comme arriver à l’heure accompagné de Guy Georges. Dans les deux cas, les gens s’arrêtent de parler et me défigurent comme  un psychopathe qui vient  d’emballer les membres d’un gamin dans un sac poubelle. C’est vrai que je ne suis pas ponctuel mais de là à jouer au Mikado avec des bouts de gosse.

La valeur de la bouteille de vin rouge que je tiens dans la main droite me donnera soit  le statut  de winner séduisant soit  de crevard s’incrustant comme un parasite dans un appartement pour picoler à moindre frais.

J’ai trouvé un bon compromis. Acheter une piquette estampillée «vin issu de l’agriculture biologique ». De cette façon je rallie les soiffards tremblant de 18 heures  qui boivent du pinard comme du sirop contre la toux mais aussi les bobos-écolos en école d’archi à qui je ferai croire que je connais  la provenance de ce « vin fruité,  harmonieux, équilibré. Un vin tramé, fin et savoureux avec une belle fraîcheur.  80% de Merlot et 20% de Cabernet Franc. Vendanges manuelles tri grain à grain. Vinification traditionnelle, en cuves béton. Levures indigènes. Soufre minimum. Maîtrise des températures. Filtration si besoin».

Dans la vraie vie, celle où je suis devant le  rayon spiritueux, les mains dans les poches à me gratter les litchis,  j’ai pris la bouteille en face de moi, celle avec une étiquette marrante. Bravo au responsable marketing qui a bossé pendant plus d’un an pour nous sortir une étiquette avec un hipster barbu faisant du vélo en fumant la pipe.

N’ayant que très peu de monnaie sur moi, j’aurais dû contracter un prêt à la consommation avec Cofidis pour me permettre de prendre un paquet de chips de pommes de terre vitelotte  cuites au chaudron,  salées au sel de Guérande   ou le grand luxe : un pack de bières artisanales fabriquées dans une micro-brasserie par un ancien trader passionné de houblon.

En sortant de cet antre du patchouli et du rutabaga, je croise un jeune au regard perdu qui fait la manche. Sur son écriteau, je peux lire qu’il est syrien et qu’il a faim. Je repense à l’annonce accrochée au-dessus de la caisse que j’ai lue en diagonale : Vous vous sentez fatigué, stressé, encrassé ? Une année difficile ? Osez une semaine de "jeûne". Cette pause digestive salutaire est la meilleure façon de drainer efficacement le corps, c'est aussi un bon moyen de prendre du recul et de la sérénité, un ressourcement complet, une énergie retrouvée et un bien-être garanti pour repartir du bon pied. Tarif 1110 euros TTC par semaine, logement compris.

Sérieusement. 1110 euros pour boire du thé et marcher 20 bornes en forêt. Ça fait  cher le régime et le lavement rectal.

 

Je ne connais pas grand monde dans ce petit salon plein à craquer. Invité par un pote d’un pote qui connaît un mec qui fait de la gratte avec la sœur de son cousin qui est en fac d’art pla. Les clopes tournent comme des moulins même si la consigne était de fumer sur le balcon, qui risque de s’effondrer à chaque instant sous le poids d’une dizaine de mecs qui hurlent pour inviter la voisine d’en face qui promène son chien.

 

Et puis arrive le moment inévitable de la discussion. Raconter sa vie. Ses études. Son dernier concert. Le nom du chat. Son orientation sexuelle. Son âge. L’année de son dépucelage. Son salaire annuel. Son poids. La taille de son appart.

J’ai l’impression d’être à un speed-dating alcoolisé, un site de rencontre où les avatars parlent, une plate-forme de téléchargement. Ma bouche crache des réponses stéréotypées faites de relances automatiques pour que mon interlocuteur se sente sublimé. Parler pour ne rien  dire, voilà une expression qui prend tout son sens en face de cette blonde tatouée qui me raconte ses déboires au boulot. Pourquoi les paumés, les écorchés, viennent à moi comme des abeilles sur du miel pour déverser leurs peines, leurs frustrations, en me criant à l’oreille à cause de la musique trop forte et d’une dizaine de mojito bien dosé ? Winnie l'ourson aimerait juste boire sa bière.

Demain je ne me rappellerai de rien ou de pas grand-chose. La nuit avancera avec son lot de vomis, de premiers baisers et de tâches de cendre sur le canapé. Arrivera l’heure des timides. Celle où les plus jolies filles sont déjà dans les bras des plus entreprenants,  où les silencieux ivres deviennent bavards, où les transparents brillent sur la piste de danse et où les rêveurs marchent seuls dans les rues endormies.

 

 

Posté par Mr Zag à 16:15 - Commentaires [1] - Permalien [#]

10 août 2017

Chaque soir est un vendredi soir

 

 

femme-verre-alcool

 

Je ne sais pas quand toute cette merde a commencé mais elle risque de se terminer bientôt.

Peut-être à tes 14 piges. Le premier verre de Gin, mi - gazeux, mi – Pétrole Hahn ou plus tard lors d’une mauvaise rencontre avec ce mec plus enclin à se faire des lignes de coke qu’à te dire « je t’aime ». Depuis, le rituel est organisé rigoureusement chaque soir comme un gourou emmène ses fidèles au suicide, lentement sans que tu ne réalises avoir une pelle en forme de bouteille entre les mains et qu’à chaque gorgée, tu creuses un trou de plus en plus profond.

Le passage au Monoprix à 17 heures annonce le début de cette compulsion. D’abord plaisanter avec la caissière, qui à force, sait exactement ce qu’elle trouvera sur le tapis roulant. Ajouter un paquet de chips et de cacahuètes pour se sentir moins honteuse et donner l’illusion au vieillard derrière toi que ce soir tout est permis, puisque c’est vendredi, le début du week-end, la Compagnie Créole, les cirrhoses du foie.

Tes lundis, mardis, mercredis, jeudis, samedis et dimanches sont devenus tes vendredis soir.

Tu marches d’un pas rapide et nerveux en rasant les murs pour ne croiser personne, ne pas perdre de temps et surtout éviter de cogner les bouteilles les unes contre les autres. Encore quelques mètres et le bouchon roulera sur la table crasseuse jonchée de miettes de pain. Des miettes. Les miettes de ton quotidien, de ta vie, de tes rêves d’enfant, de ton âme.

Comme un zombie, tu avales une première gorgée brûlante qui te rassure et te réchauffe. Les autres arrivent machinalement et mécaniquement à un rythme aussi cadencé qu’une chaîne de production de bagnoles.

L’ivresse te donne la sensation d’exister, d’être plus que ce pantin qui bosse 40 heures par semaine pour toucher le SMIC et élever ta gamine toute seule. Elle arrive généralement de l’école vers 18 heures ce qui te laisse le temps de descendre vider les cadavres en verre dans la poubelle, de te brosser les dents et de mâcher nerveusement un chewing-gum à la menthe.

Tu connais ce rôle sans costume. Tu le répètes tous les soirs depuis presque 4 ans.

Pourtant à la première seconde, lorsqu’elle ouvrira la porte, elle saura. Elle saura, parce que les murs transpirent encore  le malt malgré un coup de  spray à la lavande, parce que tes yeux sont dilatés et que tu es trop joyeuse, trop tendre, plus  démonstrative qu’à l’accoutumé.

Elle sait aussi qu’à 23 heures lorsque le dernier verre sera vide, le trop laissera place au trop-plein et au pas assez.

Elle mettra son casque sur les oreilles et fermera la porte à double tour pour que Sufjan Stevens couvre tes pleures, tes cris et le bruit sec de tes poings contre le mur. Peu importe si elle ne comprend pas les paroles, c’est une mélodie en arrière fond, un semblant de présence, un monde qu’elle ponctuera toute la nuit en lisant et en grignotant des biscuits trop secs pour fuir cette merde et partir loin, très loin  de cette couette qui pue le renfermé.

Elle sait déjà que demain elle te retrouvera allongée sur le canapé, un reste de somnifères mélangés aux poils du chat.

Assise sur une chaise, le cartable trop lourd pour ses épaules de moineau, elle te regardera avec un mélange de tristesse et de colère.

Ton visage rouge et boursouflé, tes dents abîmées, la maigreur de ton buste, la crasse sous tes ongles, toi qui passais des heures à les manucurer en répétant que les mains sont les reflets de l’âme.

Personne ne doit savoir. Elle se prépare un sandwich avec ce qui traîne au fond du frigo pour déjeuner avec ses copines. Un sourire forcé aux coins des lèvres, elle écoutera leurs histoires de familles parfaites, de vacances à la mer, de gâteaux d’anniversaire, du job formidable de leurs mères. Elle  s’inventera une vie, une famille, un père qu’elle ne voie plus depuis des mois. Elle le présentera dans les moindres détails : fort, beau, drôle et très intelligent.

 

Tu te réveilleras à la même heure, vers midi, la bouche pâteuse mais sans  mal de tête ou  gueule de bois. Ça fait longtemps que ton corps ne manifeste plus de trop-plein d’alcool mais le manque  te ronge déjà. Ton patron a laissé plusieurs messages sur ton répondeur puisque tu n’es pas venue travailler. Au départ il s’inquiétait mais maintenant lui aussi sait et ne te pardonnera pas la prochaine absence.

 Tu enchaînes cigarette sur cigarette en te mordillant les lèvres, à regretter la soirée de la veille, en te jurant de ne plus boire, d’aller voir un psy qui cherchera l’absence de ton père ou la surprotection de ta mère pour justifier ta maladie. Une maladie oui, même si tu affirmes haut et fort à ton entourage que tu ne bois que lors de soirées, que tu n’es pas accro et que tu peux arrêter quand tu veux.

Le temps passe et le mal commence à te ronger, s’installant sur ton épaule droite et te murmurant des saloperies : «J’ai soif, donne-moi à boire, je ne me sens pas bien, j’ai peur, je suis seul au monde, personne ne peut me comprendre ». Tu deviens nerveuse alors tu tentes de ranger l’appartement, de t’occuper comme tu peux en regardant des programmes débiles à la télé mais tu commences à trembler et à regarder ta montre. 16h30, il faut aller faire les courses pour que la petite puisse avoir de quoi manger ce soir.

L’après-midi lui semble interminable. Comment s’intéresser à Napoléon, à Pythagore, au passé alors que son futur lui semble morne et terne ?. Elle écoute sans écouter, rie sans être  amusée mais assure le minimum en société. En parler à ses professeurs ne ferait que la mettre dans une case et te causerait des problèmes  et ça c’est au-dessus de ses forces. La cloche sonne, il est 17 heures, elle se dirige vers le bus qui l’a ramènera chez elle.

A 18h13, elle ouvre la porte de l’appartement. Elle hume l’atmosphère avec une boule au ventre. Tu es dans la cuisine, sifflotant en remuant une casserole pleine à ras bord de spaghettis. Tu te retournes et à ton visage, elle sait. Ta représentation peut commencer.

 

Posté par Mr Zag à 15:01 - Commentaires [3] - Permalien [#]

15 juillet 2017

Super-Spleen

super_heroes_home

ll peut y avoir un soleil à brûler les peaux les plus mates , quand je sors du cinéma, j'ai froid, je comate. Le spleen de fin de film à me refaire toute l'histoire dure plusieurs minutes voir jusqu'au soir, c'est comme écouter Radiohead, seul, dans le noir. La musique du générique avec tous ces petits noms qui défilent. Intermittents anonymes , je vous aime. L'odeur du siège poussiéreux ou des pieds du mec derrière moi. J'aimerais rester là pour toujours, à regarder des pirates , des serials-killer ou des histoires d'amour . Parfois je verse une petite larme parce que le héros meurt seul dans un pré au clair de lune."Non Joe , t'es pas seul , j'suis là moi. Prends mes pop-corn et mon Magnum au chocolat à 4,50 eurostu vas t'en sortir et courir la retrouver à l'aéroport. C'est pas à côté et t'as trois bastos dans le bidon mais t'es un bonhomme, tu vas y arriver". Le truc est bien foutu, à ce moment-là y'a toujours un morceau super triste au piano qui fait même chialer le molosse barbu devant moi qui se mord l'intérieur de la bouche pour que sa nana ne le capte pas.Il a une poussière dans l'oeil ou c'est la clim certainement . L'histoire s'empart de moi et sur le chemin du retour je me prends pour Dracula ou Spiderman. Malheureusement je suis végétarien, jai peur des araignées et porter un costume moulant, depuis Zoro au CM2, j'ai arrêté. La réalité s'impose par le bruit des bagnoles et les hurlements d'un clodo qui picole sa gnôle . Adieu Tarantino, Jarmusch et Dolan . Bonjour Casino, crottes de chiens et Mac Donald. Dans le tram, j'ai le blues. Je n'ai pas de supers-pouvoirs me permettant d'éliminer Batpuant qui vient s'assoire à mes cotés pour m'envoyer une super-boule de sueur en pleine face. Les vitres des magasins défilent, reflétant la  banalité et la normalité. Une baston éclate entre deux toxicos déchirés . Toute suite, là, j'aimerais être Buzz l'Eclair dans Toy Story ou m'enfermer avec mon chat dans mon studio Ghibli.

 

Posté par Mr Zag à 11:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]


12 mai 2017

Wonder Colette

 

Résultat de recherche d'images pour "madame pipi"

C’est en commençant à descendre l’escalier aux rambardes rouillées que je compris que j’avais fait une erreur monumentale. Aller aux toilettes publiques, un samedi après-midi en plein mois d’août est un acte aussi suicidaire que de lécher la table d’un Mac Do ou de serrer la main d’Emile Louis.

Je croise des hommes remontant leur braguette avec un sourire mélangeant sadisme et fierté. Certains arborent une tâche sur leur cuisse comme une médaille de guerre pour acte de bravoure dans les tranchées. Chienne de guerre. La fameuse tâche de pipi à laquelle tout homme fait face lorsqu’il se jette sur l’urinoir en urgence pour soulager sa vessie pleine  de bière et oublie que le principe est de ranger son engin dans son slibard après l’avoir secoué comme le stipule Nadine de Rothschild dans son guide des bonnes manières (Cette phrase est très longue mais je fais ce que je veux).

J’aurais dû ramener mon bonnet de bain et mon pince-nez vu l’odeur de chlore qui émane de cet endroit.

La maître-nageuse vêtue d’une blouse bleue et d’un badge indiquant « Colette »  m’envoie un sourire qui en dit long sur la situation dans laquelle je me suis fourré.

Comme un gamin arrivant dans une nouvelle équipe de foot, mes collègues du pissoir me dévisagent avec compassion, ne manquent plus que la petite tape sur le dos,  l’Ode à la joie  et le teint orangé de Brigitte pour me prendre pour Emmanuel Macron arrivant devant la pyramide du Louvre.

De la musique d’ailleurs il y’en a une en fond, enfin si on peut appeler ça de la musique. Un subtil mélange  de Mat Pokora et de  flûte traversière, Mozart s’en mord le radius dans son cercueil.

 

Ceci n’est que le début d’un plan machiavélique destiné à limiter au maximum le temps de passage du client devant la cuvette. D’abord les oreilles qui saignent puis ensuite il faut s’armer de bottes en caoutchouc pour entrer dans la forêt magique de la pisse.

 

 Il s’agit bien d’un écosystème comparable à celui de mars, seules deux espèces peuvent y survivre : le mec au bord du suicide à cause d’une gastroentérite fulgurante et un champignon qui pousse sur le pubis de  Roco Sifredi.

Je vous conseille d’ailleurs de  toujours avoir  un kit de survie sur vous,  comprenant le guide des champignons comestibles que vous trouverez en pharmacie ainsi qu’une lampe torche, un piolet et un rouleau de papier toilette triple épaisseur pour peau sensible.

C’est en m’avançant vers l’urinoir comme un cow-boy rentre dans un saloon, que je sentis des regards lubriques attendre que mon ceinturon se libère. Le concours de la plus grosse bistouquette est toujours d’actualité, je pu enfin ressentir ce que Miss France ressent à  chaque fois qu’elle défile en maillot de bain sous le regard pervers de Jean-Pierre Foucault  et les commentaires de Geneviève de Fontenay.

S’en était trop. Devant cet affront visuel, je décidai de m’isoler en cabine privée. Ce fût encore pire qu’Ewan Mc Gregor dans Trainspoting. « Les chiottes les plus sales d’Ecosse » sentent la confiture de fraises à côté de ça. Ca pique les yeux. J’ai failli perdre la vue et dégueuler sur place en voyant une cuvette pleine d’excréments. Bordel, je me demande toujours pourquoi l’enculé avant moi n’a pas la décence de tirer la chasse d’eau après avoir fait sa boulette.

C’est plein de courage, avec un bout de papier WC imprégné de gel hydro alcoolique que j’appuie sur le bouton magique lorsque j’entends le type de la cabine d’à côté gémir comme un goret. Le cigare au bout des lèvres on dirait qu’il va claquer sur place ou accoucher à force de pousser comme un forcené. Je n’ose plus bouger. Je pourrai lui suggérer de faire la technique de respiration du chien pour que les contractions soient moins douloureuses et appeler le gynéco de garde mais soudain, miracle. La libération, une mitraillette de pets avant un final grandiose digne du feu d’artifice du 14 juillet, ponctué par huit minutes de tirage de rouleau de papier WC. J’en déduis donc deux choses : soit Monsieur est poilu, soit le papier WC est de mauvaise qualité.

 

C’est les boyaux en vrac, au bord du malaise que je me soulage tant bien que mal pour ressortir de la cabine, l’air victorieux, tel un barbare ayant battu des loups à mains nues. Je n’ose pas m’arrêter au distributeur de savon craignant de choper le tétanos ou les oreillons au contact de cet objet en plastique greffé dans la crasse et le carrelage.

 

Je me dirige discrètement vers la sortie, craignant que le type de l’hygiène hurle depuis son mirador et lâche les chiens. Mais rien. Colette est là. Digne. Je dépose une petite pièce jaune, honteux de n’avoir que ça au fond de ma poche.  Colette est bien plus que Madame Pipi,  c’est Wonder Woman qui nettoie la merde et la pisse de porcs sans respect. Alors merci Colette, juste pour vous, je reviendrai.

 

Posté par Mr Zag à 16:09 - Commentaires [0] - Permalien [#]

11 mai 2017

Fast-food, fast-fuck

 

Résultat de recherche d'images pour "dechet mcdo"

Le macadam jonché de Big Mac en décomposition,

Terrain de jeu macabre de la prostitution,

Le Mac tape sur son Mac,

Z’yeutant les camés du tarmac,

Les talons aiguilles abîmés,

Se cassent dans l'abîme de la perversité

Les bagnoles de frustrés ralentissent,

Odeurs de gnôle et de syphilis,

Quelques mots échangés et la vitre remonte,

Exit le respect, l’empathie ou la honte.

Le billet glisse dans son sac à main,

Il glissera en elle sans savoir d’où elle vient.

Déjà la porte claque,

Comme une gifle en pleine face,

Elle sent sur elle le regard de son mac,

Un regard de pourriture qui glace.

Le client met son clignotant,

Un notable arrogant,

Hier c’était un féru de domination,

Demain un puceau qui se prend pour un étalon.

Les talons aiguilles abîmés font des allers-retours,

Sur le macadam glacé du carrefour.

 

 

Posté par Mr Zag à 14:06 - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 avril 2017

Le monde part en sucette

 

Le monde part en sucette,

Marine épouse Gilles de la Tourette.

 

Donald devient président des Etats-Désunis,

Un papillon se pose sur l’épaule de David Bowie.

 

Il pleut du gaz sur des gamins en Syrie,

Météo France n’avait pas prévue autant de barbarie.

 

Bob Dylan reçoit le prix Nobel de Littérature mais se tait,

Bob l’éponge devient président de la Tchétchénie,

Il assassine Patrick, l’étoile de mer gay,

Mieux vaut être un mollusque hétéro à Grozny.

 

Les français organisent une soirée sado-maso,

Costumes de banquier et de facho,  

5 ans de nuance de gris,

Le 23 avril, journée nationale du Harakiri.

 

Sur les Champs-Elysée, c’est l’ouverture de la chasse,

Les  flics sont tirés comme des lapins devant Chanel,

Des fêtards meurent sur une terrasse,

Les corps froids s’entassent au pied de la Tour Eiffel.

 

Pénélope attend le retour d’ Ulysse,

Parti en guerre contre un canard déchainé,

Elle se souvient de la beauté de ses armures dorées,

La guerre des trois ne fait que commencer.

 

 

 Les rats manifestent devant la prison de Fresnes,

Un cafard s'est encore foutu en l'air l'autre jour en se taillant les veines.

 

Le monde part en sucette,

Au nom de dieu, Boko Haram viole des fillettes,

L’église couvre 18 prêtres pédophiles,

Ouf, l’Oréal lance une  nouvelle paire de faux-cils.

 

Posté par Mr Zag à 11:09 - Commentaires [2] - Permalien [#]

29 mars 2017

Les étoiles filantes tombent parfois dans les trains

 

nettoyer-dessin-fenetres-facilement-7090

 


Le train caresse les villes endormies,
De mon siège, le monde défile au ralenti,
Le ciel gris pleure sa mélancolie sur une succession de prés trop verts.
Les pylônes arrogants, témoins sans parole,
Du suicide orchestré de l’humanité.
Le wagon pue la bouffe réchauffée,
Une première classe sans paumés contre le radiateur.
Place 145,
La brioche plastiqueuse glisse dans son gosier.
Elle bouquine sur une liseuse froide,
Frigide de la tendresse du papier.
Une gare, encore une.
Les fourmis descendent en talons aiguilles,
Disparaissant dans un tunnel à peine éclairé.
La nuit arrive, effrontée.
Les lucioles artificielles balisent le chemin des toilettes,
Équilibriste de l’urinoir,
Une main sur la porte et l’autre sur l’arrosoir.
Mes cervicales portent plainte contre un dossier bleu inconfortable,
Mes jambes trop longues sont incompatibles avec le mobilier scandinave.
Un halo irradie le compartiment,
Eclipse solaire sur cols blancs mal lunés.
L’aura d’un petit homme curieux qui torpille sa grand-mère de questions existentielles.
Est-ce que les avions dans le ciel sont des trains avec des ailes ?
Est-ce que les nuages crient ?
Est-ce que le soleil dort la nuit ?
Il fixe le type à la grosse montre dorée avec malice,
Le renvoyant à sa stature d’adulte trop lisse.
La buée se pose sur la paroi vitrée,
De ses fragiles doigts roses,
Il esquisse un visage disproportionné.
Basquiat anonyme dévorant un paquet de Pépito,
Gustave Clim souffle à plein poumons,
L’œuvre éphémère s’évapore,
Le petit démon s’endort,
L’univers est orphelin,
Les étoiles filantes tombent parfois dans les trains.

 

Posté par Mr Zag à 15:35 - Commentaires [0] - Permalien [#]

06 mars 2017

Tôt ou tard

 

 

Le noir de la nuit caresse son bleu de travail,

Un bleu foncé collé  à l’âme,

La routine étouffante du trajet,

Sur ce chemin appris par cœur,

Sans rancœur, ni regret,

Sans « peut-être », sans fleurs,

Petit Poucet aux pouces usés,

Semant de l’amertume sur le bitume mouillé,

Saint - Jacques de Compostelle,

Jonchées de merdes pastelles,

Composter son ticket de bus,

Taxer une clope à un clodo russe,

Les mains dans les poches,

Des poches sous les yeux,

Une gamelle tiède dans son barda,

Brasier sur sa carcasse voutée,

Parfum de patates douces au curry,

Colorant le ciel trop gris,

Il tire sur un  mégot froid,

Du tabac entre les chicots,

Le regard fixé sur les tuiles morcelées d’un toit,

Le monde doit avoir une autre gueule de là-haut,

Tôt ou tard,

La France qui se lève tôt,

Croisera la France qui se couche tard.

 

 

Posté par Mr Zag à 12:43 - Commentaires [0] - Permalien [#]