La vie absurde de Mr Zag

08 décembre 2017

Stranger bikers

 

 

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Des crottes de la taille d’un rocher Suchard  aux coins des yeux, des morceaux de Chocapic entre les dents, j’enfourche ma monture en essayant de ne pas terminer la gueule sur le bitume glacé. Il est tôt. Il fait encore nuit, mais déjà, d’autres créatures balancent leurs premiers coups de pédales à travers le silence du petit matin. Zombies attendant que la première tasse de café fasse son effet, les yeux vitreux par le visionnage tardif, la veille, de plusieurs épisodes de Black Mirror, ils cherchent un semblant de rythme pour réveiller leurs corps engourdis.

Un « Sans- Gants » me croise, désespéré, des boudins violets sur-gonflés en guise de doigts. Ses oreilles rouges gelées  pourraient se briser au moindre contact et des stalactites se forment au bord de ses narines. C’est beau cette variation de couleurs, ce brillant, c’est comme faire de la spéléologie dans un arc en ciel.

 Le souffle court, il tente de suivre un  « Hipster Scoliosé »  pour profiter de son aspiration. Courbé sur le fil de fer qui lui sert de vélo de course, appelé plus communément un «fixie », un « brise-dos », un « rendez-vous chez le kiné » ou un « torticolis », ce dernier arbore un bonnet bordeaux Vans, un blouson Northface,  un sac Herschel noir, un slim Cheap Monday et des New Balance vertes. Sa barbe le tirant vers le bas lui permet d’avoir la posture la plus courbée au monde, « la posture de la lombalgie ».

 Son vélo conçu par les plus grands ingénieurs français (les inventeurs du fauteuil roulant et de la Twingo)  est totalement adapté à une conduite en ville. En effet, grâce à des pneus aussi fins qu’un string, il fait corps avec les nids de poule, les cailloux et les trottoirs. Le « Hipster Scoliosé » ne roule pas avec son Peugeot vintage customisé de 1978 payé 1800 euros,  il fait l’amour au goudron,  il creuse le trou de la Sécurité Sociale suite à ses consultations chez l’ostéopathe et est sous tutelle, puisque surendetté, dépensant son salaire dans l’achat de chambres à air en caoutchouc bio-équitable quatre fois par semaine.

Parfois, il est accompagné d’une « Coccinelle Elegantus » reconnaissable à sa robe noire à pois rouges et cela peu importe les saisons. Qu’il neige, qu’il vente ou qu’il pleuve, les talons noirs sont de rigueurs afin d’être en harmonie avec son vélo électrique hollandais et son rouge à lèvres rouge flashy. Lorsqu’elle arrive au boulot, le rimmel coulant sur ses joues, les lèvres texture Ben and Jerry sortant du micro-onde,  elle répond sans le moindre agacement à son collègue qui lui demande « Mais tu n’as pas froid comme ça à vélo ? », que « Non ça va, c’est une question d’habitude » même si au fond, elle aimerait lui balancer son thé brûlant à la gueule et s’enrouler dans une couverture de survie.

C’est alors que je frôle la crise d’épilepsie en croisant un  « Saturday Night Fever » au gilet jaune fluo et aux lumières stroboscopiques. Cette couleur est particulièrement vive et agressive alors que je viens de me lever depuis 27 minutes  mais lui évite  d’être dévoré par un « Créatinus crétinus » qui pense qu’il fait un contre la montre du Tour de France avec son vélo pesant 800 grammes et son casque en carbone de Limoges qui lui confère la tronche d’un spermatozoïde à la recherche d’un ovule « maillot-jaune ». Attention à ne pas trop le coller, il arrive que ce Petit Poucet en collant sème des seringues pour retrouver son chemin.

 

A l’inverse, le « Galerus  » suinte son petit déjeuner à travers sa doudoune violette et son jogging en velours,  des goulettes de sueurs coulent sous son bonnet Lacoste en polyamide et il se cogne les genoux au guidon du vélo de sa sœur de 11 ans en tentant furtivement d’entre-apercevoir la culotte de la cycliste d’en-face. Il n’hésite d’ailleurs pas à lancer des regards aguicheurs, des sourires de Ken, ou quelques poèmes de Verlaine « Oh la la la la ! Mademoiselle, vous êtes trop charmante sur votre vélo. Ça me donne envie de faire du tandem avec vous ! ».

Je me faufile tant bien que mal dans cette jungle urbaine, zigzaguant entre un « Siamois » qui prend toute la piste collé   à son pote, à lui hurler le résumé du match Bayern-Paris, un « Schizophrénus » qui parle tout-seul, un « Gilles de la Tourette » qui insulte les piétons qui traversent la piste cyclable et  un « Facile à chanter » équipé d’un casque Bose Q35 qui pense qu’il est au karaoké et que chanter du Justin Bieber avec un accent anglais à tuer une deuxième fois David Bowie, c’est top tendance à 8heures du mat.

 

En transe, les cuisses qui tremblent, il me reste un dernier obstacle à franchir avant d’arriver à destination. Cet obstacle c'est le 36 tonnes du cyclisme, le convoi exceptionnel du vélocipède, j’ai nommé le Bakfiets.

Pour moi ce n’était qu’une légende, le nom d’un combo dans Tony Hawk sur PS1 ou une figure de patinage artistique mais ce matin-là, j’ai vu ma vie défiler en doublant cette caravane à deux roues. Un jour un type s’est dit «Tiens, j’en ai marre de foutre la gamine sur le siège bébé à l’arrière du vélo, je vais lui construire un F3 en ronce de noyer avec une véranda et une couverture de façon à ce que cette grosse feignasse soit couchée tout le trajet bien au chaud à siroter un Candy à la fraise ».

Je me vois encore me rapprocher dangereusement de la glissière de sécurité, pensant terminer broyé par un caisson en bois, tout ça parce que le gamin distrayait  son père en sortant la tête de sa cabane roulante.

Le « Gilles de la Tourette » arrivant en face me traita d’enculé et c’est sur un coup de guidon à la Poulidor que je pu, in extremis, me remettre sur la file de droite.

 

Le cœur battant à 200 à l’heure, moulinant sur la 36ème vitesse, je me retournai pour échanger quelques politesses avec le père de famille possédant le permis poids lourds et c’est son mioche, un Pépito à la main qui me fit un doigt d’honneur avec un énorme sourire.

 

 

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24 novembre 2017

aniMAL

 

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La corde qui entoure mon cou est tellement serrée que j’ai du mal à respirer. A chacun de mes mouvements, ma chair saigne davantage. JE peux sentir chacun des filaments arracher une goutte d’acide déposée méticuleusement sur cette plaie, une lame de rasoir tailladant un bout de viande à chacun de mes tremblements. L’écho de ma douleur raisonne dans mon estomac vide. Ma langue pâteuse peine à se décoller de mon palais.

JE ne sais plus depuis combien de temps je suis là. Mon esprit divague vers des bribes de souvenirs chaleureux. Une maison à la façade jaune décrépie. L’odeur du gazon fraîchement coupé. Le bruit de ses pas puis de la clé oxydée qu’IL enfonçait difficilement dans la serrure lorsqu’il rentrait chaque soir à la même heure après une journée de travail harassante.

IL n’était pas trop bavard voir même solitaire mais depuis quelques temps il s’était enfermé dans mutisme inhabituel. Il ne disait plus un mot, se jetant sur le canapé pour zapper compulsivement sur la télécommande, les images défilant lui assurant un semblant de compagnie, de vie, d’existence. Nous étions assis côte à côte, hypnotisés par ces aquarelles numériques vagabondes, nous partageant un bout de plaid bouloché.

Avant cette hibernation de l'âme, IL passait ses soirées en cuisine, à tailler, trancher, poêler, en écoutant de vieux vinyles tourner sur sa platine. IL sifflait beaucoup aussi mais toujours le même air de Space Oddity « Ground control to Major Tom. Take your protein pills and put your helmet on ».

Les soirées commencèrent à se ressembler et à se succéder dans une routine pesante. Le liquide rougeâtre qui émane une forte odeur de vinaigre coulait dans son verre en guise de dîner jusqu’à ce que la bouteille soit terminée. IL tapotait alors sur son téléphone et attendait, fixant l’écran impatiemment. Le téléphone vibrait, une fois seulement. Ses pupilles se dilataient par l’excitation de ce qu’il allait pouvoir lire. Un texte  noir défilait sur un fond blanc puis son vieil Iphone 4 se fracassait sur la table basse en verre.

IL prenait sa tête entre les mains et respirait comme quand sa fille de 2 ans avait une rhinite. Des perles d’eau iodées coulaient sur ses joues creusées par le manque de sommeil. Il ouvrait ensuite une deuxième bouteille et sombrait dans un sommeil cauchemardesque jusqu’à ce que l’alarme du portable ne le sorte de sa torpeur au petit matin.

Les bouteilles jonchaient le sol. IL se levait d’un pas hésitant pour prendre la première chemise venue. Il y’a plusieurs jours maintenant qu’IL ne repasse plus ses vêtements, se rase ponctuellement afin d’éviter de se regarder dans la glace. La porte claquait et la voiture s’éloignait jusqu’à ce que je n’entende plus le bruit du moteur. Je restais avachi dans le silence pensant du salon attendant son retour avec impatience.

 

ELLE arrivait quelques minutes après son départ avec un grand sac de sport qu’elle remplissait de vêtements et d’objets divers puis elle s’arrêtait au milieu de la pièce pour respirer un grand coup et regarder les murs bâtis de souvenirs autour d’elle.

ELLE avait rencontré IL dans une soirée organisée par l’une de ses amies. Discrets, ils se jetaient des regards pour se signifier qu’eux seuls pouvaient sentir ce qui se passait à ce moment précis. Malgré la musique et le brouhaha des discussions qui montaient en volume proportionnellement aux verres consommés, un fil invisible et silencieux de complicité se tissait entre leurs yeux. ELLE tira sur le fil puis IL lui répondit d’un sourire, si bien que dix-huit mois plus tard ils s’installèrent dans cette maison trop grande en attendant l’arrivée de la petite Louise. Nous étions désormais quatre dans la famille.

JE cherche à me réchauffer en me collant à ce tronc d’arbre qui est mon seul compagnon depuis trois jours maintenant. J’ai froid. La nuit, j’entends des bruits, des gémissements, des grognements dans les bois. Je tremble et me recroqueville sur moi-même afin d’oublier quelques instants où je suis et surtout d’arrêter de cogiter fatalement sur la même question : Pourquoi suis-je ici ?

Pourquoi. Lorsque la raison revient, je tente dans un élan de lucidité de ronger l’attache qui m’empêche de retrouver ma liberté. Des heures durant, les pointes de mes dents abîmées s’affairent à briser ce lien. JE somnole parfois quelques minutes et je me réveille en hurlant, en regardant le ciel étoilé, en criant au désespoir, en appelant à l’aide. Je revois le chemin qui m’a mené ici. Chaque arbre, chaque route. Mais pourquoi. J’avais confiance.

 

Après la naissance de Louise, le bonheur embaumait leur quotidien  malgré les odeurs de couches pleines et de vomi desséché sur un bavoir. La vie suivait son cours tranquillement comme pour de millions d’autres couples et puis un jour, sans prévenir, elle prit un virage pour faire une sortie de route. Un accident de vie comme disent les psys. Sournoisement, une distance s’installa entre eux.

IL redoublait d’efforts pour obtenir une promotion espérée depuis plusieurs mois. Son chef lui faisant miroiter un  salaire de cadre, plus de responsabilité et plus d’importance aux yeux de ses collègues. Devenir quelqu’un. Montrer à sa famille, à sa femme qu’il était capable de prendre des décisions importantes et de diriger. Depuis toujours il complexait face à ses amis devenus avocats, ingénieurs ou médecin, lui qui n’avait qu’un CAP en poche et qui devait redoubler d’efforts pour faire ses preuves. IL n’a pas eu le soutien de ses parents et a toujours fait en sorte de se débrouiller seul, sans se plaindre, ce qui a lui a valu de paraître opportuniste auprès de ses collègues et de perdre beaucoup d’amis avec qui il n’entretenait que des relations de courtoisie. ELLE devait combler cette soif de réussite et se mettait en retrait au fur et à mesure que le temps passait. Elle débarquait en retard à la crèche épuisée par les trajets quotidiens en bus que lui imposait son employeur. En début de soirée, commençait sa deuxième journée jusqu’au coucher de la petite. Alors qu’elle lui donnait le bain, il rentrait vers vingt et une heure, agacé, agressif en reportant son stress sur elle. Le ton montait progressivement. IL lui expliquait qu’il n’avait pas le choix, qu’il faisait ça pour ELLE et ELLE lui reprochait de ne pas voir sa fille grandir, de ne s’intéresser qu’à sa carrière et son ego.

JE regardais cette partie de ping-pong verbal qui devenait de plus en plus virulente au fil des soirées. En novembre, les disputes laissèrent place à l’indifférence. En décembre l’indifférence se transforma en ignorance.

Un matin, ELLE laissa un mot sur la table indiquant maladroitement comme n’importe quel mot de rupture que toute communication était impossible, que malgré ses efforts la situation ne changeait pas et qu’elle souhaitait désormais mettre fin à leur relation en allant vivre chez ses parents avec Louise en attendant que la maison soit vendue.

 

C’était la première fois que je le voyais dans cet état, la lettre dans la main. IL balança un vase qu’il lui avait offert lors d’une brocante. Le verre se propagea sur le sol, manquant de peu de me trancher l'oeil . Il hurla des principes sur la trahison, les sacrifices qu’il avait fait pour lui apporter un confort matériel, une maison, des vêtements, des vacances chaque été puis il me regarda avec un rictus sadique.

« Tu vois ce qu’on récolte quand on a de l’ambition et qu’on se tue au travail toute la journée pour sa famille ? Tu vois ce qu’elle me fait ? Tu étais au courant n’est-ce pas ? Tu es d’accord avec elle ? Tu veux la rejoindre toi aussi ? Vous allez me le payer ».

JE ne comprenais pas ses mots mais je sentais de la rage et de la haine dans sa voix.

Trente minutes après, j’étais dans cette forêt sombre à le regarder s’éloigner comme un zombie vers la voiture. La lumière des phares disparurent progressivement comme une luciole qui s’envole dans la nuit et puis plus rien mis à part le craquement des branches, la caresse du vent sur les feuilles mortes et le son presque sourd des insectes se déplaçant au sol.

L’aube pointe le bout de son nez comme une révélation. Le soleil me prend dans ses bras pour m’apporter un peu de réconfort. JE suis à bout de force et je lui en veux terriblement. La vengeance me revigore et me donne un second souffle alimenté par l’envie de lui faire payer ma souffrance. Mes muscles se tendent. Je jette mes dernières forces pour ronger la corde qui me condamne à mort, sans eau, sans nourriture, avec pour seul présence une coccinelle escaladant fragilement un brin d’herbe. J’émets des grognements primitifs pour me donner du courage et pour ne plus sentir la douleur de mon cou ensanglanté. C’est lorsque que je commence à me résigner, que miracle, je sens que le fil se détend, que mon oreille gauche se libère et que ma tête toute entière peut désormais bouger librement. Commence alors une course de plusieurs heures, sur plusieurs kilomètres.

Se succèdent des chemins forestiers, des champs, des voitures me rasant en klaxonnant alors que je lape quelques goûttes d'eau dans une flaque boueuse.  

Je ne suis plus moi-même lorsque j’arrive devant la maison. Couché derrière un buisson, je reprends mon souffle en attendant son retour parce que je sais qu’il ne rentrera que quand le ciel sera déjà noir et que la lune pointera le bout de son nez.

Je fus sortie d’un sommeil agité par le bruit de ses pas dans le gravier. Au moment où il referma la porte d’entrée, je bondis pour me fixer devant lui.

 IL  cru d’abord voir un fantôme. Son visage pâlit  et il recula en tremblant. « Ce n’est pas possible, ça ne peut pas être toi. Je t’ai déposé moi-même dans cette forêt ! Je t’ai ligoté fermement de me propres mains à cet arbre ».

J’avançais centimètre après centimètre avec une bave abondante, le regard noir dicté par un désir de vendetta cruel et sauvage.

IL tenta de me calmer. « Tout doux, calme toi. Gentil.  Je vais te donner à manger, tu dois avoir faim ». J’ai faim oui. Faim de voir sa tête se vider sur le carrelage froid de la cuisine. Faim de lui arracher les membres. Faim de ne plus jamais l’entendre parler.

JE continue d’avancer, déterminer à en finir lorsqu’il trébuche sur le trotteur de sa fille pour se rattraper tant bien que mal contre le mur et s'asseoir en cherchant du regard une issue où s’enfuir ou un objet à saisir pour me frapper. Il est piégé. Il le sait.

JE suis à moins d’un mètre de lui, la gueule ouverte, laissant apparaître mes crocs. Je prends mon élan en m’appuyant sur mes pattes arrière.  IL se protège le visage avec son avant-bras et se met à pleurer me demandant pardon, de la pitié, de la clémence.

IL hurle à mon contact sur sa peau blanche et fragile et s’arrête net, reniflant pour  la morve s’écoulant de son nez.

IL est stupéfait et dans l’incompréhension la plus totale. Tétanisé.

Ce n’est pas une morsure qu’il sent sur main mais ma langue râpeuse qui le léche affectueusement.

 

 

 

 

 

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22 novembre 2017

L'âge de raison

 

 

 

Avertissement : 

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Cher Filleul,

 

Quand tu liras cette lettre c’est que tu auras atteint  « l’âge de raison » comme  dit le pédopsychiatre qui prend 100 balles à ta mère toutes les semaines parce que tu fais des dessins d’un  mec violet qui  décapite ta maîtresse avec une tronçonneuse. Tu es le futur Basquiat certainement mais tu ne seras reconnu qu’après ta mort. Avant ça, tu feras le même boulot pendant 40 ans (enfin si tu as  la chance de trouver un boulot)  afin de rembourser le prêt de ta baraque dont tu ne profiteras que très peu une fois qu’elle sera payée puisque ta pension de retraite sera tellement basse que tu seras obligé de la revendre pour louer un studio de 20 m² jusqu’à ton placement en maison de retraite.

L’âge de raison,  c’est 8 ans. C’est vers cet âge-là que les enfants arrêtent de croire, non seulement au Père Noël, mais à tous les mythes et légendes qui ont constitué les beaux moments de leur enfance.

Les  licornes couleur arc-en-ciel qui volent dans le ciel, par exemple. Désolé. Dans le ciel y’a des avions qui consomment 60 000 litres d’essence, pour que pendant les vacances de la Toussaint,  tu puisses aller faire le mariole sur le dos d’un éléphant enchaîné en Thaïlande pendant que Maman et Papa sirotent des cocktails  pour oublier que dans trois jours, les vacances sont terminées et que leurs vies de merde au bureau recommencera avec leurs cons de collègues et de la bouffe dégueulasse tous les midis à la cantine.

En parlant de Maman, ce n’est pas  une princesse qui  pète des paillettes d’or. Comme tout le monde, elle va poser une bonne grosse boulette après le repas. Ça pue tellement qu’elle vaporise plein de désodorisant à la lavande qui donne le cancer. Quand tu es là, elle fait des prouts silencieux et ensuite elle accuse Papa qui conteste en cherchant le cadavre d’un animal ou de ton frère sous le canapé. Il lui arrive même de vidanger la cuvette lorsque tu lui refiles ta gastro et de sortir des toilettes sans se laver les mains avant de déposer tes bâtonnets de poissons panés dans la friteuse (Au passage, le poisson pané ne pousse pas dans la mer ou dans des arbres à côté d’un cerisier ou d’un pommier. Regarde Thalassa plutôt que Gulli. Ce sont des poissons qui crèvent asphyxiés dans un filet de pêche avant  de se faire ouvrir le ventre pour récupérer  leurs boyaux afin  que tu puisses également tremper tes surimis dans un bol de mayonnaise. Tant qu’on y est, le principe est le même pour tes nuggets du Mac Do. Je t’invite à regarder cette belle vidéo, tu feras rapidement le lien entre ce que ta mère fait aux toilettes et les nuggets).

 

 

Parlons-en de  Papa. «  Le plus fort de tous les papas », « Papa il a peur de rien et c’est un super-héros avec des supers-pouvoirs magiques ». Si un jour Maman se fait agressée dans la rue, crie et interpelle le monsieur le plus proche de toi mais ne compte pas sur Papa. Il a déjà du mal à ouvrir ta boite de raviolis sans se trancher une phalange alors n’espère pas le voir débarquer pour balancer un coup de pied circulaire qui risquerait de réveiller sa sciatique. Batman, Spiderman,  cette bande de mecs qui se prend pour des animaux en collants, ça n’existe pas dans la vraie vie ou alors sur des sites chelous interdits aux moins de 18 ans. La seule compétence de Papa c’est d’utiliser la télécommande pour zapper entre  Secret Story et La nouvelle star, d’ouvrir les canettes de bière avec les dents et  de faire semblant d’écouter Papi lorsqu’à Noël, il vient nous raconter qu’il a tué 300 nazis avec un couteau-suisse pendant la seconde guerre mondiale.

Ce qui nous amène à Noel. Jure moi de ne  pas faire lire cette lettre à ton petit frère parce que ce n’est pas chez le psy qu’il finira mais dans une pièce  avec des matelas blancs en guise de murs ou chez une dame qu’on appelle l’assistante sociale de la DDASS.

Chaque année, en plus de nous imposer toutes ces pubs de merde qui passent à la télé du matin au soir pour vanter les qualités d’une poupée qui parle et qui pisse, d’un GI Joe avec des abdos en béton (Ne compare surtout pas avec le ventre de Papa, tu risques de mélanger postérieur et abdomen. Chez Papa les abdos se situent au niveau du dos) ou d’une Barbie anorexique, tu découpes soigneusement les images de  jouets du catalogue Joupi afin d’illustrer ta lettre au Père Noël.

 

Sérieusement, à l’heure des mails, du cloud et de Snapchat, tu crois que le Père Noël se paluche des millions de lettres de morveux qui lui demandent une PS4 ou un drone ? Tu crois que c’est un sous-traitant de Sony  ?

 Déjà ta lettre traîne sur le buffet du salon tout le mois de mois de décembre, sans timbre et tu ne te demandes pas comment elle arrive au pôle nord. Tu ne remarques pas non plus qu’à chaque fois qu’on te demande de la montrer, y’a toujours un oncle qui ajoute le petit commentaire « Le Père Noël te donnera un cadeau seulement si tu travailles bien à l’école ». Est-ce que le Père Noel fait partie  de l’Inspection Académique ou est-ce seulement un prétexte pour que tu arrêtes de nous casser les couilles quand on mange une raclette ou pour que tu aies de bonnes notes afin de ne pas terminer  salarié à Lidl, ou pire, animateur télé sur C8 ?

 Tu as pourtant le profil de Cyril Hanouna quand je lis cette fameuse lettre : "Cher Père Noël, voasi ma laitre pour lé kdos, jé été trè ganti ". Le Père Noël n’est pas de la famille de   Jul ou de  Kendji Girac, il ne comprendra pas ce que tu essaies de lui dire mais avec un peu de chance, les lutins qui bossent au périscolaire le reste de l’année, ajouteront un Bescherelle à ta tablette Cars ou à ton sac à dos Reine des neiges.

En fait ton cadeau n’arrive pas par hasard au pied du sapin. Entre deux morceaux de dindes, ça toque à la fenêtre de derrière. De loin ça ressemble au Père Noël. De près, on reconnaît immédiatement Jean-Marie, complètement bourré qui tente de prendre une voix grave alors que sa barbe fixée avec l’élastique d’un de ses slips se fout la malle. Il est tellement rouge (sauf son nez qui est violet) et il a un look si proche d’un sortant de prison qu’il faut vraiment avoir moins de 8 ans pour ne pas se rendre compte que c’est un imposteur. Sérieux, des Air Max Requin et un jogging Lacoste, soit le Père Noël te plante un tournevis dans le bide et se barre avec les cadeaux soit il distribue des barrettes de shit dans le calendrier de L'Avent.

Mais toi tu t’en tapes. C’est Noël, la bouffe est gratos, open-bar de Champomy. Tu prends le paquet et tu disparais dans ta chambre remplie de dizaine d’autres jouets que tu as flingué ou que tu n’utilises plus parce qu’ils ne sont plus tendances. Mais sais-tu la galère que c’est que de te fournir ton microscope AKV grossissant 1200 fois ?

Tout part d’Inde ou du Pakistan où des enfants plus jeunes que toi ont la chance de troquer la fabrication de briques en terre cuite payés 0,53 centimes par jour avec le montage d’un Iphone ou d’un microscope. Les petites mains c’est bien pratique pour assembler les composants électroniques et puis ça coûte moins cher, ça ne se plaint jamais auprès des Prud'hommes. Ton jouet est ensuite disponible sur un site internet qui le revendra dix fois plus cher et il m’aura fallu des dizaines d’heures de recherche pour  trouver LE bon modèle et LA bonne couleur, créer un compte client, valider mon compte par mail, entrer mon adresse et mon numéro de carte bancaire puis un code envoyé par texto par ma banque pour voir, au moment de valider le paiement, que finalement avec les frais de port, le colis coûte trois fois plus cher que le budget initial.

 

 Ton colis est ensuite envoyé via une plate-forme logistique puis balancé sur mon balcon puisque le livreur n’a même plus le temps de s’arrêter pour sonner et le déposer en main propre tellement les cadences sont infernales. Une fois le paquet en ma possession, je  passe deux heures à l’emballer minutieusement tout ça parce que je suis trop feignant pour acheter ton jouet dans un magasin et que je suis trop radin pour filer une pièce au bénévole de la croix rouge qui passe sa journée à empaqueter des jouets.  J’ajoute une petite carte que j’ai mis des heures à choisir entre celles avec les pingouins, les sucres d’orge, et les bonshommes de neige.

 Tout ça pour que le jour J tu arraches l’emballage en 5 secondes, la carte vole sous la table et le microscope termine dans un placard puisque tu n’utiliseras jamais, l’ayant fait tombé dans l’escalier le lendemain et ta mère ayant balancée le bon de garantie dans la cheminée avec la carte.

Maintenant tu comprends également que si nous passons notre temps à remplir nos verres de champagnes et de vins à Noël , ce n’est pas parce que c’est bon mais c’est pour nous réfugier dans un monde parallèle où les enfants ne crient pas, où les jouets débiles n’existent pas et où le lendemain, Mary Poppins en pleine gueule de bois, claque des doigts pour nettoyer la cuisine pendant que tu dors tranquillement dans ta couette Toy Story.

 

Tu as pris un coup au moral en lisant tout ça. Et encore je ne t’ai pas parlé du conflit Israélo-Palestinien, de la loi Macron, de Danse avec les stars, de Trump, du taux du SMIC et de l’affaire Weinstein mais ne t'inquiète pas, les grands ont aussi leurs doudous, leurs berceuses, leurs tartines de Nutella mentales :  Sigur Ros, le Saint-Emilion, l’Etrange Noel de Mr Jack, les chats, le cheesecake au citron, David Bowie, Londres et surtout continuer de rêver.

 

Sinon, le Xanax ça fait mal au crâne au début mais après on s’habitue.

 

 

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06 octobre 2017

Le festival de Khâgne

 

Apostrophes

Les chemises blanches parfaitement repassées défilent sur Arte,

Un débat sur la littérature et la médiocrité,

BHL clonés citant Céline à chaque allégorie,

Si tu n’as pas lu Voyage au bout de la nuit à 30 ans, tu as raté ta vie,

 

« Écrire est une nécessité »,

Héritage familial qu’ils sont  contraints d’accepter,

Et de toute façon « je ne sais rien faire d’autres »,

C’est pas de leurs fautes mais de celles des autres,

 

L’élite littéraire a le visage stéréotypé  d’une agence de mannequins,

Qui ferme ses portes aux visages moins parisiens,

 

La couleur se fait rare,

Sur ces plumes aux teints blafards,

Le numéro d’arrondissement,

Prime sur le talent,

 

Une feuille blanche comme seule angoisse,

Papa s’occupera du chèque et de la paperasse,

L’étudiant fauché qui publie une pépite,

Un mythe pour éditeurs hypocrites,

 

Sourires vaniteux et phrases à rallonge,

Pour vendre un bouquin comme un paquet d’éponges,

Citer Maupassant, Proust ou Baudelaire,

Pour donner l’illusion, pour avoir l’air,

 

Ambiance salon de thé,

A mouiller sur le best-seller de l’été,

Explications hautaines pour lecteurs de bédés,

 

Ecrivains et politiciens sont tout aussi déconnectés,

Les émissions littéraires relèvent du compte pénibilité,

Combien coûte un petit pain au chocolat,

Comment survivre avec le RSA,

 

Intellectualiser  à outrance,

Pour noyer le poison,

 

Si les jeunes ne lisent plus,

C’est parce que les romans ne viennent plus de la rue,

Mais d’un appartement de 200 mètres carrés,

Au parquet fraîchement ciré.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 août 2017

Le courage ne crie pas toujours (1)

 

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« Le courage ne crie pas toujours.

Parfois, il est la petite voix qui te chuchote à la fin de la journée :

J'essayerai encore demain. »

 

Emily Dickinson

 

 

Je suis assis à table, la gorge sèche. Mon dos me fait mal, comme toujours. J’ai l’impression d’être né avec une paire de ciseaux entre les omoplates.

 Elle a mis tout l’après-midi à préparer le festin mais je n’ai pas faim. Dans quelques minutes, il arrivera. Généralement vers vingt heures. Elle allume la télé pour créer une  ambiance artificielle de foyer modèle. Le journal de TF1. Un reportage bidon sur la canicule  puis quelques secondes de corps déchiquetés en Syrie. Un semblant de convivialité pour casser le silence pesant qu’il imposera. Du bruit pour couvrir nos cogitations.

Nos regards se cherchent maladroitement, par compassion, par peur aussi. Lorsqu’il rentre, mon frère et moi savons à l’intensité du claquement  de la porte du garage si cette nuit nous pourrons dormir un peu. Avec le temps, nous avons appris à interpréter le moindre de ses mouvements, le son de sa voix, son odeur, son regard, sa façon de marcher, de prendre sa fourchette ou de se servir un verre de vin.

J’ai mis la table méticuleusement. J’ai obéis, moi qui conteste habituellement tout et n’importe quoi juste par plaisir de contester. Berrurier noir dans la tête mais Bob Dylan dans la réalité.  Ce soir, je préfère être docile  et me le mettre dans la poche. C’est vital. J’ai besoin de quelques heures de répit avant de reprendre le lycée demain matin.

J’ai le bide en vrac. Je contracte les côtes de nervosité et entremêle mes mains moites. La dernière fois que je me suis senti comme ça, c’était devant toute la classe, à faire un exposé absurde sur le film Vol au-dessus d’un nid de coucou. Je n’ai fait que lire mes fiches maladroitement, sans conviction, pour en finir au plus vite et me rasseoir à côté du radiateur. J’ai toujours admiré ceux qui sans gêne, sans ce picotement qui fait rougir le visage, se lancent dans des démonstrations passionnées comme s’ils étaient seuls dans leur chambre à imiter Trump devant le miroir. Je n’arrive pas à faire abstraction de tous ces regards posés sur moi. Je suis courbé. J’ai honte. Pourtant j’adore ce film et la folie si vivante qui en émane. J’aimerais être Jack Nicholson et balancer un lavabo blanc d’hôpital psychiatrique sur le premier rang, briser les dents de tous ces gosses de friqués  et sortir de la pièce, un sourire de psychopathe aux coins des lèvres mais je suis là, tétanisé, une feuille de papier A4 crasseuse tenant tant bien que mal entre mes mains tremblantes. Je n’ai pas pu faire un exposé précis et pertinent sur de belles feuilles en papier glacé. Je n’ai pas pu réaliser de montage vidéo non plus aidé par mon père impliqué par la réussite scolaire de son fiston.  A trois heures du matin, avec une lampe de poche et mon téléphone portable, j’ai fait ce que j’ai pu. Un exposé Wikipédia. Mais ça, l’éducation nationale n’en tient pas compte dans ses critères de notation. La prof en rajoute une petite couche pour bien me signifier que je ne fais que lire un texte pompé sur internet. Je ne fais pas partie de ces élèves racés, stylés à qui tout réussit.

 

Ça me met encore plus mal à l’aise.  Je ne maîtrise pas mon corps. Je n’aime pas cette grande carcasse qui rase les murs pour éviter d’entrer en contact avec les autres. J’aimerai pouvoir faire de grands gestes avec mes bras sans laisser transparaître d’auréoles sous mes aisselles, avoir cette saloperie de position d’ouverture de merde adaptée à la communication  non verbale comme dit mon psy en mâchouillant son stylo à billes. Je transpire beaucoup. Suffisamment pour que Léo  ouvre les fenêtres en hurlant que ça sent le canard dans la salle. Mon jean est trop court. C’est celui que mon frère portait il y’a deux ans. Anna me fixe avec empathie. La très jolie Anna à qui je n'ose pas parler depuis le début de l'année scolaire et à qui je ne parerlai certainement jamais.

Je rêve de  leur cracher au visage. Je veux de l’orgueil. Je veux une paire de couilles énorme, la poser sur la table et les regarder dans les yeux, effrontément comme De Niro dans Taxi Driver : C’est à moi que vous parlez ? C’est à  moi que vous parlez ?

 

La  porte du garage se fracasse soudainement. Je n'ai pas entendu la voiture arrivée.  Il siffle en montant l’escalier. Mon rythme cardiaque s’emballe au point d’imaginer mes tempes s’exploser contre le carrelage graisseux au-dessus de la cuisinière. Il est entré. Ma mère tente de lui parler sur un ton doux, le caressant dans le sens du poil mais nous savions qu’elle avait peur de se faire mordre par ce catalan d’un mètre quatre-vingt-treize. Il ne dit rien. Le silence est la meilleure des armes pour créer l’angoisse, pour laisser travailler son imagination, pour envisager le pire.  Je ne suis plus qu’un patient chez un cancérologue qui attend le verdict durant de longues minutes.

 

Il ne dira pas un mot de toute la soirée, enchaînant les bouchées de pommes de terre grillées accompagnées de girolles puis le filet de canard parfaitement saignant à la sauce au poivre et enfin une crème brûlée à la fleur d’oranger. Il a bien mangé. Il a bien bu aussi. La bouteille de Côtes-du Rhône y est passée pour faire glisser les pilules qu'il prend quotidiennement.  Il se lève pendant que la voix de Jean Gabin annonce le début de Quai des Brumes.Un film en noir et blanc. Ma mère empile les assiettes nerveusement ne sachant pas quoi penser de son dîner. Cet enfoiré ne lui a pas fait le moindre compliment. Elle doit être terriblement déçue mais aussi s’en vouloir de ne pas lui balancer une assiette en pleine face devant ses gosses pour démontrer qu’elle a encore un semblant de dignité. Elle ne montrera rien. Elle allume une cigarette et dispose les assiettes dans le lave-vaisselle.  Les restes sont rangés dans des petites boites en plastique bleu puis au congélateur pour dépanner, un soir où il ne sera pas là. Elle prend le temps de passer un coup d’éponge sur la table et d’allumer une autre cigarette. C’est généralement à ce moment-là que comme un lâche, je monte dans ma chambre, que je me couche sur mon lit et que je mets la musique au maximum dans mon casque en examinant les dernières actualités passionnante de mes "amis" facebookien. 

 

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18 août 2017

L'heure des timides

 

 

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Arriver en retard à une soirée c’est comme arriver à l’heure accompagné de Guy Georges. Dans les deux cas, les gens s’arrêtent de parler et me défigurent comme  un psychopathe qui vient  d’emballer les membres d’un gamin dans un sac poubelle. C’est vrai que je ne suis pas ponctuel mais de là à jouer au Mikado avec des bouts de gosse.

La valeur de la bouteille de vin rouge que je tiens dans la main droite me donnera soit  le statut  de winner séduisant soit  de crevard s’incrustant comme un parasite dans un appartement pour picoler à moindre frais.

J’ai trouvé un bon compromis. Acheter une piquette estampillée «vin issu de l’agriculture biologique ». De cette façon je rallie les soiffards tremblant de 18 heures  qui boivent du pinard comme du sirop contre la toux mais aussi les bobos-écolos en école d’archi à qui je ferai croire que je connais  la provenance de ce « vin fruité,  harmonieux, équilibré. Un vin tramé, fin et savoureux avec une belle fraîcheur.  80% de Merlot et 20% de Cabernet Franc. Vendanges manuelles tri grain à grain. Vinification traditionnelle, en cuves béton. Levures indigènes. Soufre minimum. Maîtrise des températures. Filtration si besoin».

Dans la vraie vie, celle où je suis devant le  rayon spiritueux, les mains dans les poches à me gratter les litchis,  j’ai pris la bouteille en face de moi, celle avec une étiquette marrante. Bravo au responsable marketing qui a bossé pendant plus d’un an pour nous sortir une étiquette avec un hipster barbu faisant du vélo en fumant la pipe.

N’ayant que très peu de monnaie sur moi, j’aurais dû contracter un prêt à la consommation avec Cofidis pour me permettre de prendre un paquet de chips de pommes de terre vitelotte  cuites au chaudron,  salées au sel de Guérande   ou le grand luxe : un pack de bières artisanales fabriquées dans une micro-brasserie par un ancien trader passionné de houblon.

En sortant de cet antre du patchouli et du rutabaga, je croise un jeune au regard perdu qui fait la manche. Sur son écriteau, je peux lire qu’il est syrien et qu’il a faim. Je repense à l’annonce accrochée au-dessus de la caisse que j’ai lue en diagonale : Vous vous sentez fatigué, stressé, encrassé ? Une année difficile ? Osez une semaine de "jeûne". Cette pause digestive salutaire est la meilleure façon de drainer efficacement le corps, c'est aussi un bon moyen de prendre du recul et de la sérénité, un ressourcement complet, une énergie retrouvée et un bien-être garanti pour repartir du bon pied. Tarif 1110 euros TTC par semaine, logement compris.

Sérieusement. 1110 euros pour boire du thé et marcher 20 bornes en forêt. Ça fait  cher le régime et le lavement rectal.

 

Je ne connais pas grand monde dans ce petit salon plein à craquer. Invité par un pote d’un pote qui connaît un mec qui fait de la gratte avec la sœur de son cousin qui est en fac d’art pla. Les clopes tournent comme des moulins même si la consigne était de fumer sur le balcon, qui risque de s’effondrer à chaque instant sous le poids d’une dizaine de mecs qui hurlent pour inviter la voisine d’en face qui promène son chien.

 

Et puis arrive le moment inévitable de la discussion. Raconter sa vie. Ses études. Son dernier concert. Le nom du chat. Son orientation sexuelle. Son âge. L’année de son dépucelage. Son salaire annuel. Son poids. La taille de son appart.

J’ai l’impression d’être à un speed-dating alcoolisé, un site de rencontre où les avatars parlent, une plate-forme de téléchargement. Ma bouche crache des réponses stéréotypées faites de relances automatiques pour que mon interlocuteur se sente sublimé. Parler pour ne rien  dire, voilà une expression qui prend tout son sens en face de cette blonde tatouée qui me raconte ses déboires au boulot. Pourquoi les paumés, les écorchés, viennent à moi comme des abeilles sur du miel pour déverser leurs peines, leurs frustrations, en me criant à l’oreille à cause de la musique trop forte et d’une dizaine de mojito bien dosé ? Winnie l'ourson aimerait juste boire sa bière.

Demain je ne me rappellerai de rien ou de pas grand-chose. La nuit avancera avec son lot de vomis, de premiers baisers et de tâches de cendre sur le canapé. Arrivera l’heure des timides. Celle où les plus jolies filles sont déjà dans les bras des plus entreprenants,  où les silencieux ivres deviennent bavards, où les transparents brillent sur la piste de danse et où les rêveurs marchent seuls dans les rues endormies.

 

 

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10 août 2017

Chaque soir est un vendredi soir

 

 

femme-verre-alcool

 

Je ne sais pas quand toute cette merde a commencé mais elle risque de se terminer bientôt.

Peut-être à tes 14 piges. Le premier verre de Gin, mi - gazeux, mi – Pétrole Hahn ou plus tard lors d’une mauvaise rencontre avec ce mec plus enclin à se faire des lignes de coke qu’à te dire « je t’aime ». Depuis, le rituel est organisé rigoureusement chaque soir comme un gourou emmène ses fidèles au suicide, lentement sans que tu ne réalises avoir une pelle en forme de bouteille entre les mains et qu’à chaque gorgée, tu creuses un trou de plus en plus profond.

Le passage au Monoprix à 17 heures annonce le début de cette compulsion. D’abord plaisanter avec la caissière, qui à force, sait exactement ce qu’elle trouvera sur le tapis roulant. Ajouter un paquet de chips et de cacahuètes pour se sentir moins honteuse et donner l’illusion au vieillard derrière toi que ce soir tout est permis, puisque c’est vendredi, le début du week-end, la Compagnie Créole, les cirrhoses du foie.

Tes lundis, mardis, mercredis, jeudis, samedis et dimanches sont devenus tes vendredis soir.

Tu marches d’un pas rapide et nerveux en rasant les murs pour ne croiser personne, ne pas perdre de temps et surtout éviter de cogner les bouteilles les unes contre les autres. Encore quelques mètres et le bouchon roulera sur la table crasseuse jonchée de miettes de pain. Des miettes. Les miettes de ton quotidien, de ta vie, de tes rêves d’enfant, de ton âme.

Comme un zombie, tu avales une première gorgée brûlante qui te rassure et te réchauffe. Les autres arrivent machinalement et mécaniquement à un rythme aussi cadencé qu’une chaîne de production de bagnoles.

L’ivresse te donne la sensation d’exister, d’être plus que ce pantin qui bosse 40 heures par semaine pour toucher le SMIC et élever ta gamine toute seule. Elle arrive généralement de l’école vers 18 heures ce qui te laisse le temps de descendre vider les cadavres en verre dans la poubelle, de te brosser les dents et de mâcher nerveusement un chewing-gum à la menthe.

Tu connais ce rôle sans costume. Tu le répètes tous les soirs depuis presque 4 ans.

Pourtant à la première seconde, lorsqu’elle ouvrira la porte, elle saura. Elle saura, parce que les murs transpirent encore  le malt malgré un coup de  spray à la lavande, parce que tes yeux sont dilatés et que tu es trop joyeuse, trop tendre, plus  démonstrative qu’à l’accoutumé.

Elle sait aussi qu’à 23 heures lorsque le dernier verre sera vide, le trop laissera place au trop-plein et au pas assez.

Elle mettra son casque sur les oreilles et fermera la porte à double tour pour que Sufjan Stevens couvre tes pleures, tes cris et le bruit sec de tes poings contre le mur. Peu importe si elle ne comprend pas les paroles, c’est une mélodie en arrière fond, un semblant de présence, un monde qu’elle ponctuera toute la nuit en lisant et en grignotant des biscuits trop secs pour fuir cette merde et partir loin, très loin  de cette couette qui pue le renfermé.

Elle sait déjà que demain elle te retrouvera allongée sur le canapé, un reste de somnifères mélangés aux poils du chat.

Assise sur une chaise, le cartable trop lourd pour ses épaules de moineau, elle te regardera avec un mélange de tristesse et de colère.

Ton visage rouge et boursouflé, tes dents abîmées, la maigreur de ton buste, la crasse sous tes ongles, toi qui passais des heures à les manucurer en répétant que les mains sont les reflets de l’âme.

Personne ne doit savoir. Elle se prépare un sandwich avec ce qui traîne au fond du frigo pour déjeuner avec ses copines. Un sourire forcé aux coins des lèvres, elle écoutera leurs histoires de familles parfaites, de vacances à la mer, de gâteaux d’anniversaire, du job formidable de leurs mères. Elle  s’inventera une vie, une famille, un père qu’elle ne voie plus depuis des mois. Elle le présentera dans les moindres détails : fort, beau, drôle et très intelligent.

 

Tu te réveilleras à la même heure, vers midi, la bouche pâteuse mais sans  mal de tête ou  gueule de bois. Ça fait longtemps que ton corps ne manifeste plus de trop-plein d’alcool mais le manque  te ronge déjà. Ton patron a laissé plusieurs messages sur ton répondeur puisque tu n’es pas venue travailler. Au départ il s’inquiétait mais maintenant lui aussi sait et ne te pardonnera pas la prochaine absence.

 Tu enchaînes cigarette sur cigarette en te mordillant les lèvres, à regretter la soirée de la veille, en te jurant de ne plus boire, d’aller voir un psy qui cherchera l’absence de ton père ou la surprotection de ta mère pour justifier ta maladie. Une maladie oui, même si tu affirmes haut et fort à ton entourage que tu ne bois que lors de soirées, que tu n’es pas accro et que tu peux arrêter quand tu veux.

Le temps passe et le mal commence à te ronger, s’installant sur ton épaule droite et te murmurant des saloperies : «J’ai soif, donne-moi à boire, je ne me sens pas bien, j’ai peur, je suis seul au monde, personne ne peut me comprendre ». Tu deviens nerveuse alors tu tentes de ranger l’appartement, de t’occuper comme tu peux en regardant des programmes débiles à la télé mais tu commences à trembler et à regarder ta montre. 16h30, il faut aller faire les courses pour que la petite puisse avoir de quoi manger ce soir.

L’après-midi lui semble interminable. Comment s’intéresser à Napoléon, à Pythagore, au passé alors que son futur lui semble morne et terne ?. Elle écoute sans écouter, rie sans être  amusée mais assure le minimum en société. En parler à ses professeurs ne ferait que la mettre dans une case et te causerait des problèmes  et ça c’est au-dessus de ses forces. La cloche sonne, il est 17 heures, elle se dirige vers le bus qui l’a ramènera chez elle.

A 18h13, elle ouvre la porte de l’appartement. Elle hume l’atmosphère avec une boule au ventre. Tu es dans la cuisine, sifflotant en remuant une casserole pleine à ras bord de spaghettis. Tu te retournes et à ton visage, elle sait. Ta représentation peut commencer.

 

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15 juillet 2017

Super-Spleen

super_heroes_home

ll peut y avoir un soleil à brûler les peaux les plus mates , quand je sors du cinéma, j'ai froid, je comate. Le spleen de fin de film à me refaire toute l'histoire dure plusieurs minutes voir jusqu'au soir, c'est comme écouter Radiohead, seul, dans le noir. La musique du générique avec tous ces petits noms qui défilent. Intermittents anonymes , je vous aime. L'odeur du siège poussiéreux ou des pieds du mec derrière moi. J'aimerais rester là pour toujours, à regarder des pirates , des serials-killer ou des histoires d'amour . Parfois je verse une petite larme parce que le héros meurt seul dans un pré au clair de lune."Non Joe , t'es pas seul , j'suis là moi. Prends mes pop-corn et mon Magnum au chocolat à 4,50 eurostu vas t'en sortir et courir la retrouver à l'aéroport. C'est pas à côté et t'as trois bastos dans le bidon mais t'es un bonhomme, tu vas y arriver". Le truc est bien foutu, à ce moment-là y'a toujours un morceau super triste au piano qui fait même chialer le molosse barbu devant moi qui se mord l'intérieur de la bouche pour que sa nana ne le capte pas.Il a une poussière dans l'oeil ou c'est la clim certainement . L'histoire s'empart de moi et sur le chemin du retour je me prends pour Dracula ou Spiderman. Malheureusement je suis végétarien, jai peur des araignées et porter un costume moulant, depuis Zoro au CM2, j'ai arrêté. La réalité s'impose par le bruit des bagnoles et les hurlements d'un clodo qui picole sa gnôle . Adieu Tarantino, Jarmusch et Dolan . Bonjour Casino, crottes de chiens et Mac Donald. Dans le tram, j'ai le blues. Je n'ai pas de supers-pouvoirs me permettant d'éliminer Batpuant qui vient s'assoire à mes cotés pour m'envoyer une super-boule de sueur en pleine face. Les vitres des magasins défilent, reflétant la  banalité et la normalité. Une baston éclate entre deux toxicos déchirés . Toute suite, là, j'aimerais être Buzz l'Eclair dans Toy Story ou m'enfermer avec mon chat dans mon studio Ghibli.

 

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12 mai 2017

Wonder Colette

 

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C’est en commençant à descendre l’escalier aux rambardes rouillées que je compris que j’avais fait une erreur monumentale. Aller aux toilettes publiques, un samedi après-midi en plein mois d’août est un acte aussi suicidaire que de lécher la table d’un Mac Do ou de serrer la main d’Emile Louis.

Je croise des hommes remontant leur braguette avec un sourire mélangeant sadisme et fierté. Certains arborent une tâche sur leur cuisse comme une médaille de guerre pour acte de bravoure dans les tranchées. Chienne de guerre. La fameuse tâche de pipi à laquelle tout homme fait face lorsqu’il se jette sur l’urinoir en urgence pour soulager sa vessie pleine  de bière et oublie que le principe est de ranger son engin dans son slibard après l’avoir secoué comme le stipule Nadine de Rothschild dans son guide des bonnes manières (Cette phrase est très longue mais je fais ce que je veux).

J’aurais dû ramener mon bonnet de bain et mon pince-nez vu l’odeur de chlore qui émane de cet endroit.

La maître-nageuse vêtue d’une blouse bleue et d’un badge indiquant « Colette »  m’envoie un sourire qui en dit long sur la situation dans laquelle je me suis fourré.

Comme un gamin arrivant dans une nouvelle équipe de foot, mes collègues du pissoir me dévisagent avec compassion, ne manquent plus que la petite tape sur le dos,  l’Ode à la joie  et le teint orangé de Brigitte pour me prendre pour Emmanuel Macron arrivant devant la pyramide du Louvre.

De la musique d’ailleurs il y’en a une en fond, enfin si on peut appeler ça de la musique. Un subtil mélange  de Mat Pokora et de  flûte traversière, Mozart s’en mord le radius dans son cercueil.

 

Ceci n’est que le début d’un plan machiavélique destiné à limiter au maximum le temps de passage du client devant la cuvette. D’abord les oreilles qui saignent puis ensuite il faut s’armer de bottes en caoutchouc pour entrer dans la forêt magique de la pisse.

 

 Il s’agit bien d’un écosystème comparable à celui de mars, seules deux espèces peuvent y survivre : le mec au bord du suicide à cause d’une gastroentérite fulgurante et un champignon qui pousse sur le pubis de  Roco Sifredi.

Je vous conseille d’ailleurs de  toujours avoir  un kit de survie sur vous,  comprenant le guide des champignons comestibles que vous trouverez en pharmacie ainsi qu’une lampe torche, un piolet et un rouleau de papier toilette triple épaisseur pour peau sensible.

C’est en m’avançant vers l’urinoir comme un cow-boy rentre dans un saloon, que je sentis des regards lubriques attendre que mon ceinturon se libère. Le concours de la plus grosse bistouquette est toujours d’actualité, je pu enfin ressentir ce que Miss France ressent à  chaque fois qu’elle défile en maillot de bain sous le regard pervers de Jean-Pierre Foucault  et les commentaires de Geneviève de Fontenay.

S’en était trop. Devant cet affront visuel, je décidai de m’isoler en cabine privée. Ce fût encore pire qu’Ewan Mc Gregor dans Trainspoting. « Les chiottes les plus sales d’Ecosse » sentent la confiture de fraises à côté de ça. Ca pique les yeux. J’ai failli perdre la vue et dégueuler sur place en voyant une cuvette pleine d’excréments. Bordel, je me demande toujours pourquoi l’enculé avant moi n’a pas la décence de tirer la chasse d’eau après avoir fait sa boulette.

C’est plein de courage, avec un bout de papier WC imprégné de gel hydro alcoolique que j’appuie sur le bouton magique lorsque j’entends le type de la cabine d’à côté gémir comme un goret. Le cigare au bout des lèvres on dirait qu’il va claquer sur place ou accoucher à force de pousser comme un forcené. Je n’ose plus bouger. Je pourrai lui suggérer de faire la technique de respiration du chien pour que les contractions soient moins douloureuses et appeler le gynéco de garde mais soudain, miracle. La libération, une mitraillette de pets avant un final grandiose digne du feu d’artifice du 14 juillet, ponctué par huit minutes de tirage de rouleau de papier WC. J’en déduis donc deux choses : soit Monsieur est poilu, soit le papier WC est de mauvaise qualité.

 

C’est les boyaux en vrac, au bord du malaise que je me soulage tant bien que mal pour ressortir de la cabine, l’air victorieux, tel un barbare ayant battu des loups à mains nues. Je n’ose pas m’arrêter au distributeur de savon craignant de choper le tétanos ou les oreillons au contact de cet objet en plastique greffé dans la crasse et le carrelage.

 

Je me dirige discrètement vers la sortie, craignant que le type de l’hygiène hurle depuis son mirador et lâche les chiens. Mais rien. Colette est là. Digne. Je dépose une petite pièce jaune, honteux de n’avoir que ça au fond de ma poche.  Colette est bien plus que Madame Pipi,  c’est Wonder Woman qui nettoie la merde et la pisse de porcs sans respect. Alors merci Colette, juste pour vous, je reviendrai.

 

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11 mai 2017

Fast-food, fast-fuck

 

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Le macadam jonché de Big Mac en décomposition,

Terrain de jeu macabre de la prostitution,

Le Mac tape sur son Mac,

Z’yeutant les camés du tarmac,

Les talons aiguilles abîmés,

Se cassent dans l'abîme de la perversité

Les bagnoles de frustrés ralentissent,

Odeurs de gnôle et de syphilis,

Quelques mots échangés et la vitre remonte,

Exit le respect, l’empathie ou la honte.

Le billet glisse dans son sac à main,

Il glissera en elle sans savoir d’où elle vient.

Déjà la porte claque,

Comme une gifle en pleine face,

Elle sent sur elle le regard de son mac,

Un regard de pourriture qui glace.

Le client met son clignotant,

Un notable arrogant,

Hier c’était un féru de domination,

Demain un puceau qui se prend pour un étalon.

Les talons aiguilles abîmés font des allers-retours,

Sur le macadam glacé du carrefour.

 

 

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