La vie absurde de Mr Zag

19 mai 2019

Le point G de l'existence

 

 

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Chaque chose a une fin sauf la banane qui en a deux. Ce proverbe africain tourne en boucle dans ma tête depuis ce matin, 2h30.

Impossible  de me rendormir. Un mélange d'anxiété et d'excitation.  Je quitte cet appartement trop bruyant derrière la Place des Halles après cinq ans de bons et loyaux services.

Sur ce matelas imprégné de poussière, entre une chaise encastrée sur le canapé et une perceuse encore branchée, j'observe le plafond blanc que je connais par coeur, à force de m'y perdre  lors de mes sessions de spleen intensives. J'aime voguer dans des contrées imaginaires, les yeux grands ouverts, seul, la main derrière la nuque en sentant le souffle frais du ventilateur sur mon torse. C'est mon jardin secret, sans roses et sans coccinelles. Je ne le partage pas celui-là. Il est vital. Sans compromis. Sans paraître. A la limite mon chat a la permission de ronronner à mes côtés, et encore.

 

Moi face à moi. Round 1. La cloche retentit dans le silence. J'enfile une paire de gants et mon protège-dents. Les coups pleuvent. Uppercut du Passé. Coup droit de l'Avenir. Crochet vicelard du Doute. KO. L'arbitre arrête le match. Le radio-réveil annonce 3h01. Dans 3h29, ils arriveront.

 

Le plafond ne trahit jamais. Le plafond ne juge pas. Le plafond écoute en silence. Le plafond est un ami discret, plat et profond, inaccessible comme une mer pâle projetant ses pensées sur mes draps tâchés de sueur. Le sel pique sous les aisselles. La peau brûle de l'intérieur. Je suis éjecté sur une île déserte, sans ballon à qui causer, en haillon, regardant l'horizon bleu à l'infini. Je vais rester là pour l'éternité, à chercher à comprendre les confidences d'un ciel crépis. 

 

Je suis capable de dire avec précision le nombre de lignes en plâtre blanc le recouvrant comme Dustin Hoffman annonce le nombre exact de cure-dents par terre dans Rain Man: 114, très exactement. Une chapelle Sixtine monochrome maladroitement repeinte par des ouvriers du bâtiment payés au lance-pierre. Vinci sans Léonard. Du béton sans inspiration.

 

Je connais cette pièce comme si j'y étais né, il y'a 35 ans. Chaque imperfection au mur. Le trou d'un vieux clou rouillé. Le bout d'un fil électrique timide. Les ombres projetées sur le sol au moindre rayon de soleil.Ma commode Conforama dégueulant de fringues jetées en boule comme du papier journal enfoncé au bout d'une chaussure trop petite. La vieille malle en bois pleine de vinyles.

David Bowie - Nick Cave - Radiohead - Pink Floyd -  Massive Attack - Gainsbourg - Sufjan Stevens - Sigur Ros - Archive - Pulp - Joy Division.   

Le 11 de départ.

Sont remplacants: Talking Heads - Alt-J - Air - Bashung.

 

J'y passe des jours entiers, en position foetale, à chercher un sens à tout ça. Le lit devenant alors un sable mouvant rassurant qui immobilise la volonté des animaux les plus déterminés. Les autres ne comprennent pas. Comédien - Fainéant - Malade imaginaire. Lorsque le mal est dedans et qu'il ne fait pas saigner, il crée le doute dans les yeux des plus sceptiques. C'est un peu comme un mal de dos. On ne trouve jamais rien au scanner et pourtant la douleur est bien là, entre l'esprit et le coeur. Le point G de l'existence.Personne n'a encore inventé le Kamasutra du bonheur. Un vers invasif se nourrissant de pensées maléfiques, nuit et jour. Ça rend fou. Je vous promets que ça rend fou, au point que certains deviennent des fantômes qui continuent de travailler, de manger et de baiser sans que personne ne s'aperçoive de la supercherie.

 

Un Truman Show avec des vrais gens dedans où Jim Carrey se goinfre de Xanax.

 

   Le vieux parquet  grince devant la porte des WC. Le sanibroyeur de fortune est installé là parce que la disposition du lieu ne permettait pas d'y disposer des toilettes dignes de ce nom. J'ai failli perdre ma virilité sur ce truc un soir, rentrant d'une nuit agitée, pas très frais et m'endormant sur cet engin de torture. La douche d'un autre temps est tout juste assez grande pour s'y engouffrer. Spéléologie urbaine par obligation hygiénique.

 

Ambiance photomaton, le reflet des carreaux en céramique faisant office de caméra. Insert coin. 3-2-1. Souriez. La douche est terminée.

 

Le lino détrempé gondole. Une serviette à l'odeur suspecte fera office de bateau-mouche dans cette Venise moite. Dehors, le camion-poubelle semble se garer contre mon omoplate tellement l'isolation de ce cube de béton des années 50 est mauvaise. Cette nuit, j'ai même entendu le souffle chaud d'un voleur de vélo fracassant un cadenas  à l'aide d'une pince coupante.

 

C'est un véritable sous-marin indétectable. Les passants racontent leurs vies. J'entends tout, comme un ange tend l'oreille pour tenter de comprendre le secret du monde des vivants, assis sur un nuage de ouate. Les ombres ivres murmurent la nuit en faisant des pauses contre le mur au bas de mon immeuble. Certaines pauses sentent la pisse ou le vomi avec des morceaux dedans, d'autres les corps brûlants à l'haleine chargée de Meteor.

 

Certains hurlent de bonheur, rient à s'en péter la mâchoire pendant que d'autres pleurent la perte d'un être cher ou divaguent comme des fous à la recherche d'un reste de KFC dans une poubelle pleine à ras bord.

 

En face, sur le trottoir du bar de La Solidarité, la musique est tellement forte que mes vitres tremblent. Des silhouettes marchant en zig-zag tirent sur des clopes comme si leurs vies en dépendaient. A cette heure-ci, les certitudes sont de mise. Pas de compromis. Pas de peut-être. Pas de peur. La confiance d'un Jedi gonflé au Picon.

"Noir il sera. Avec des cacahuètes, tu le dégusteras".

L'envie de bouffer le monde sans fourchette mais avec la bite. Les corps dansent contre les tables alignées militairement. Les feux de signalisation tripent sous acide. Vert - Orange - Rouge. A une couleur près, la Jamaïque s'invitait dans le quartier.

Tout semble facile quand les chats sont gris. Le réveil sera brutal, comme un bol de Ricoré froid accompagné d'une tartine de munster.

 

6h03. Je ne tiens plus. J'ouvre les volets avec précaution de peur que l'un d'entre eux ne se décroche pour finir sur la tête d'un voyageur malchanceux. L'odeur de fleur d'oranger d'Amande et Cannelle emplit mes narines avec la nostalgie d'un gamin sortant une tarte aux pommes du four.Makrout aux dattes - Kadaif - Corne de gazelle - Baklawas aux noix. Vous allez me manquer. Ce quartier va me manquer.

Des cartons trop remplis s'entassent un peu partout. Sur le haut, une écriture enfantine au marqueur rouge.

Chambre-Fragile.

A l'intérieur, des morceaux de vie. Des souvenirs, bons comme mauvais. Un paquet de semoule mal fermé se vide sur une édition abîmée du Clochard Céleste de Jack Kerouac. Une assiette Ikea est déjà brisée en plusieurs morceaux. Les moutons dansent un tango derrière le canapé.

 

Je peux les entendre arriver à une dizaine de mètres de là alors que l'épicerie  Baymar ouvre ses portes. Elle m'aura bien dépanné celle-là avec des paquets de Pépito à 6,40 euros, du Coca et des bananes terrassant une gastro fulgurante.Toujours un sourire même quand je n'avais pas assez de monnaie pour régler mon pot de Nutella.

"Tu paieras la prochaine fois, c'est pas grave".

Salut mon frère et merci à toi.

 

Ils montent dans l'escalier. Un pack de bière dans une main, des petits pains au chocolat dans l'autre. Ça se vanne sur le dernier épisode de Game of Thrones.

Des dragons - Une princesse - Une baston.

Des amis(es). Des collègues. Des bras pour déplacer l'essentiel de ma vie d'un point A à un point B.

 

Ne reste plus qu'à passer les point C, D, E puis F  et je finirai bien par le trouver, ce putain de point G de l'existence.

 

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30 avril 2019

Toméo et Courgette

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J'ai dans la main, les doigts fragiles et moites d'une poupée de dix ans, bouche-bée devant l'Hotel de ville, Place Broglie.

 

Les mariages font rêver les petites filles, après ça se complique. Courgette se mord la lèvre. Ses grands yeux ébahis devant la robe blanche de la mariée ne se referment plus. Un conte de fée intemporel se passe à quelques mètres de ses Kickers vertes. Elle repense aux pages jaunies que sa mère lui lit chaque soir avant de se coucher. Cette dernière prend un ton solennel et change de voix en fonction du personnage. Parfois, elle saute sur le canapé et simule un combat d'épées avec une règle en plastique. Ça la fait rire mais l'amour impossible de ces deux amants maudits en 1597, l'empêche de dormir jusqu'à tard dans la nuit. Elle se demande, si quand elle sera plus grande, je m'opposerai moi aussi à son alliance avec Toméo , l'amour de sa vie, de la maternelle au CM2. 500 ans après, les tragédies shakespeariennes perdurent par la stupidité des Hommes, ça elle le comprend, à force de voir des images atroces au journal télévisé lorsque je m'endors sur le canapé, la biographie de David Bowie sur les genoux. Hier encore, songeuse, elle demanda au petit-déjeuner : 《Papa, pourquoi les grands meurent parce qu'ils ne croient pas au même Dieu?》. Le temps est aveugle et l'homme est stupide. Cette histoire de Montaigu et de Capulet la perturbe. Elle se pose beaucoup de questions en ce moment.            Le tram passe derrière elle sans la perturber. Elle est ailleurs, dans son histoire. La pression de sa main se fait moins ferme. Elle rêve. Le décor s'installe dans son esprit. Le brigadier raisonne trois fois sur le bitume noirci.                     Pam - Pam- Pam.                    Le rideau se lève. Un parfum d'Italie s'empare de la ville. Strasbourg devient Vérone, les Arènes en moins, la Petite France en plus. Courgette a fait son choix. Ce sera Toméo, peu importe ses origines, sa couleur de peau ou sa religion . Peu importe si quelqu'un tentera de s'opposer à cette union, elle décide fermement,  à cet instant précis, qu'elle sera libre d'aimer celui que son coeur lui conseillera. Son front se plisse et ses mâchoires se serrent jusqu'à l'apparition du voile en dentelle de la mariée qui recouvre une partie de ses cheveux bouclés. C'est comme si elle y était. Elle rayonne comme seuls les enfants rayonnent, sans artifices, s'imaginant serrer des mains, embrasser les joues rouges bien fournies d'un oncle ou de sa meilleure amie Sophie ce jour-là. Mamie Suzanne versera une larme discrète pendant que papi Edouard bombera fièrement le torse parce que ça pique toujours le coeur de se faire voler sa petite-fille par un jeune inconnu. Hier encore, elle s'égratignait les genoux en tentant de faire du vélo sans les petites roues.Aujourd'hui, c'est une femme forte. Avocate, basketteuse professionnelle, poète, peu importe ce qu'elle deviendra tant qu'elle se sentira vivre.

Son mari arborera un costume trois pièces beige, des chaussures qui brillent comme ses yeux verts et une rose rouge sur son veston.

Le riz volera plus haut que les nuages. Elle jettera son bouquet en arrière comme dans les films qui font pleurer et puis les invités crieront de joie.

 

Vive les mariés! - Vive les mariés! - Vive les mariés!

 

Nous reprenons notre chemin entre les arbres qui commencent déjà à perdre leurs fleurs pour arriver devant le Théâtre National. Ma petite Courgette est toute chamboulée. Elle s'arrête et se retourne une dernière fois pour voir les tourtereaux monter dans une vieille Peugeot 203 louée pour l'occasion.

Papa, c'est quoi le bonheur? lance t'elle soudainement.

 

《C'est une bonne question mon ange.Je suis ton père et je n'ai pas réponse à tout. Mes réponses ne sont pas des vérités universelles, mais pour moi, le bonheur c'est quand tu souries pour tout et pour rien, que le temps passe trop vite -  C'est quand j'ai toujours faim - C'est  un bonhomme au cœur d'argile, hypocondriaque et bipolaire. Nous passons des heures à le chercher et une fois trouvé, il se dissout comme du sucre dans ton thé à la menthe.

C'est contempler l'océan - Sentir le vent dans les cheveux ou le soleil qui caresse un bras nu - Voir ton sourire sans toutes tes dents - Se mettre autour d'un bon feu.

C'est se réveiller avec ta maman - Te sentir sauter sur le lit - Réaliser qui je suis vraiment et garder en tête ces moments si précieux.

C'est manger trop de carambars- Faire des cabanes avec ton frère Fabio- Ne plus avoir de devoirs - Me dire "papa, t'es le plus beau".

C'est un  bol de chocolat chaud fumant - L'odeur du sapin de Noël - Une tartine de Nutella - Te dire que tu es la plus belle.

C'est sentir que tu existes - Que ta vie a du sens - Que même seule tu n'es pas triste -  Que chaque jour est une danse.

C'est courser les pigeons - Sauter dans les flaques d'eau - Ignorer la raison - Voir la vie comme une cour de récréation.

C'est ouvrir tes grands yeux bleus - Regarder le monde se métisser - Partir loin quand toi tu veux, puis revenir nous retrouver.

C'est se tourner au milieu de la nuit - Penser que tu n'es pas loin - Regarder les étoiles qui brillent, puis me rendormir serein.

C'est arrêter de tout analyser - De dire ce qui est mal ou bien -  Choper la vie et la bouffer, tu verras ça fait du bien.

Mais tu sais, s'il y a le bonheur, il y a  forcément le malheur.Dans la vie, les choses vont souvent par deux.  C'est un monsieur moins marrant, très poilu qui sent de la bouche. Vous vous croiserez au hasard de la vie . Il a d'énormes dents et arrive à l'improviste. Il était là à l'infarctus de papi Jean et  au licenciement de tonton Baptiste. Il souffle fort dans les yeux,  pince le coeur de ses gros doigts.        Çà fait pleurer et ça pique un peu mais rassure-toi, tu t'y feras, sinon  tu m'appeleras.

 

 

 

 

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27 avril 2019

Anatomie du printemps

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L'odeur du gazon fraîchement coupé emplit les narines de souvenirs enfantins  dans ce parc, Place de la République. 

Il neige des fleurs de magnolias sur le dos nu d'une étudiante en deuxième année de médecine. La courbe de ses reins, dunes caramélisées où les vers d'un poète fou se poseront comme les ailes d'un papillon égaré. Un tatouage japonais représentant un dragon en feu remonte le long de sa colonne vertébrale. Une brise maternelle caresse sa peau fragile. La chair de poule fait de son épiderme, une plage de sable fin sur laquelle les enfants du monde entier rêvent de chercher des coquillages nacrés. C’est  une planète inconnue, terrifiante, sur laquelle des lèvres inexpérimentées se perdront maladroitement tel un tatouage Malabar trempé.

C'est un petit pas pour l'Homme, un grand pas pour le baiser.

Derrière une paire de Prada, elle bloque depuis plusieurs minutes sur la  même page soporifique d'un chapitre d'anatomie sans arriver à se concentrer.

« Situé dans la région antérolatérale du cou, au-dessous de la peau et au-dessus du muscle sterno-cléido-mastoïdien, le muscle peaucier est une large lame musculeuse, quadrilatère et fort mince, étendue de la partie supérieure du thorax au bord inférieur du maxillaire ».

Aucun membre ne peut combattre le printemps qui la taquine via des appels de phares ensoleillés.

 Une fourmi kamikaze grimpe sur sa jambe droite, elle la sent comme elle sent  le regard insistant de cet homme qui sirote un coca sur le banc juste derrière elle. Elle peut deviner le parcours de ses yeux sur sa nuque mais elle a la flemme de bouger. Le gazon est une couette végétale qui la prend dans ses bras. C'est la fin de l'hibernation, des pulls en laine qui grattent et  des mains rougies par le froid.

Elle décroche les pétales d'une marguerite qui n’avait rien demandé à personne, une par une, comme lorsqu'elle voulait savoir si elle était vraiment amoureuse de Gaétan, en 6 ème D. Être au mauvais endroit, au mauvais moment, c’est le destin des marguerites et d'Alexandre Benalla. 

Je t'aime - pas du tout - un peu - beaucoup - passionnément - À la folie.

  Les fleurs, comme les enfants, ne mentent jamais.  Elle tombe sur "pas du tout" parce qu'elle est célibataire depuis presque deux ans.  Le mystère  des sentiments que seule l'encyclopédie de la vie peut expliquer. C’est malheureusement seulement sur son lit de mort que nous achevons achève la lecture de ce style de bouquin.

Son  souffle tiède propulse les plumes  d'un pissenlit dans le ciel arrogant.  C'est un oiseau-fleur qui s'envole vers l'infini. Elle ferme les yeux et se couche sur le dos, les bras étendus au maximum au-dessus de la tête. La respiration lente et apaisée d'un nouveau-né qui tète le sein de sa mère. Se sentir exister en s’effaçant dans le décor,  l'espace de   quelques minutes. Un bouton pause. Le cerveau qui se déconnecte. Le parfum des tulipes multicolores. Deviner la forme des nuages. Ici c'est une fée qui joue à saute-mouton avec un crapaud.Là, un poisson-chat qui fume la pipe.

   Son cœur raisonne dans ses tempes comme les basses au concert du Bal des Enragés, hier soir à la Laiterie.

Elle y a croisé les yeux gourmands d'un maigrichon qui roulait une clope comme si c'était la première fois. Ça ressemblait davantage à un cornet de frites qu'à une cigarette. Le temps qu’il sorte fumer, elle disparaissait dans la foule suintante. Fumer nuit aux coups de foudre, il devrait le rajouter sur le paquet.

Sur sa gauche, un couple d’adolescents se bécote discrètement derrière un buisson. Il lui mange la langue en gloussant comme un paon. Elle gémit en lui chatouillant les côtes.

Debout, le joueur de diabolo aux dreadlocks-lianes  enchaîne des figures improbables sur sa ficelle magique.

La fumée d’un spliff la sort de sa rêverie.

Deux glandeurs passent le temps adossés à un arbre. Le premier inspire une taffe interminable pour montrer au monde qu’il aurait pu jouer Jacques Mayol dans le Grand bleu. L’autre dit qu’il abuse, qu’il pourrait faire tourner parce que c’est lui qui a payé le matos. Les yeux rouges et gonflés, il rigole en toussotant. Tiens, prends-le il dit, et arrête de me casser les couilles, j’ai déjà mon daron pour ça.

Le soleil qui commence à se coucher met tout le monde d’accord. Il est temps de remettre son t-shirt, de jeter son mégot dans le cadavre d'une Heineken et de se diriger vers le Baggersee où se tiendra un barbecue pas si improvisé que ça finalement.

Elle  observe les deux silhouettes courbées se lever.Les girafes en  Lacoste prennent le large. 

« Faudra choper des saucisses blanches aussi parce que les merguez ça commence à me soûler. On fait que ça, bouffer des merguez et de la harissa, j'ai le cul comme un chou-fleur à force. J’espère trop qu’il y’aura la meuf de l’autre fois, t'sais la rousse qui rigole comme une hyène ».

Vas-y ferme bien ta gueule avec tes histoires de  Roi Lion dit l’autre. T’es même pas capable de faire une bise à ta mère et tu parles de choper une meuf.Chope toi d'abord une paire de couilles et ensuite on discutera, bouffon.

 

Le tram B démarre, laissant des brins d'herbes orphelins derrière lui.Une belle journée de printemps  s'achève comme celle  que nous passions à la mer quand nous avions cinq ans, la main dans celle de notre grand-frère.

A Strasbourg, c'est vrai, nous n'avons pas la mer mais des parcs qui font des vagues à l'âme.

 

Peter Doherty & The Puta Madres - Paradise Is Under Your Nose (Official Audio)

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17 avril 2019

Alice au pays de l'oseille

 

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Alice, 6 ans, entre dans le supermarché avec sa maman. A peine a-t-elle franchi la porte, qu’elle découvre un monde merveilleux et féerique où se mêlent  lapins,  poules, grands hamsters d’Alsace et autres cloches en chocolat, le tout accompagné d’une musique d’ascenseur composée par Jean-Michel Jarre.

 Au micro, Bernard, un commercial expérimenté vantant les mérites d’un saucisson d’Auvergne fabriqué en Espagne à seulement 3,90 euros le kilo.

Alice  est propulsée malgré elle dans un conte mercantile écrit par les auteurs renommés du service marketing de Suchard, Nestlé  et de toutes les autres multinationales de l’agroalimentaire qui claquent des millions d’euros dans la diffusion  de spots publicitaires entre le journal de 20 heures  et un épisode de Joséphine ange gardien.

Les contes de Jean-Pierre Pernaut.

L’objectif de cette lobotomie consumériste est claire : Faire en sorte que le dimanche de Pâques, les  gamins fassent des scènes d’hystérie en cherchant des œufs au praliné cachés dans le jardin par leurs grands-parents incontinents.   

 Imaginons papi Jean-Luc mouiller sa paire de Méphisto pour planquer une dizaine de Kinder Surprise entre deux rosiers rongés par les pucerons.

Je vais te raconter la vraie histoire Alice, celle que tu comprendras bien assez vite, après ta première inscription à Pôle Emploi suite à un doctorat en psychologie qui ne te servira qu’à mieux préparer ton suicide ou lorsque tu apprendras que  ton vrai père c’est Patrick, pas l'étoile de mer dans Bob l'éponge mais le postier qui te fait un clin d’œil à chaque fois qu’il passe te déposer un colis Amazon. Dans ce colis, il y'a ta Barbie pétasse. Une poupée anorexique en mini-jupe, maquillée à la truelle, fabriquée par des chinois de dix ans.

 

Ton papa et ta maman touchent le SMIC (Salaire de Merde pour t’Inciter à Consommer). Ils galèrent à rembourser le crédit de la Twingo, du F3 avec jardin de 12 m²  et tes cours de danse moderne-jazz à la con. Le soir, ton père rentre épuisé après une journée de boulot à l’usine où il a répété 5623 fois le même geste, pendant que ta mère tapait des rapports à la chaîne et décrochait le téléphone de son patron qui n’arrête pas de lui faire des blagues salaces.

 

Bienvenue dans le  monde merveilleux des adultes.

 

Tes vieux s’en cognent totalement de ton chocolat pourri coupé au pneu et à l’eau de javel. Petite peste que tu es, si tu ne trouves pas de Choco-bons dans le buisson, tu chialeras toute la journée en faisant ta tête d’ourson   parce que tous les autres gosses du quartier ont des parents qui leurs donnent de l’amour et un putain de lapin de Pâques aussi grand que le dossier que tu déposeras à la DDASS s’ils ne t’obéissent pas.

 

Ne t’inquiète pas Alice, tu vas l’avoir ton chocolat. Un concentré de E171, E476, de colorants et d’additifs.

 

 Papa appellera Cofidis  une dernière fois pour supplier le dieu du crédit comme il l'a déjà fait pour ta Nintendo switch, ta trottinette et ta tablette. En revanche, tu galèreras toute seule  à enlever l’emballage en aluminium qui te donnera un cancer du sein et  souillera le canapé en cuir vert que maman a acheté à Emmaüs. Tu auras terriblement mal au ventre, une grosse diarrhée, des boutons aussi mais ça ne t’empêchera pas de te goinfrer de cette saloperie chimique qui fera que dans 15 ans, tu seras diabétique, obèse et dépressive.

Pour une fois, tu pourras dire que tu ressembles à ta maman.

Papa ne te dira rien. Il comate devant la télé, un verre de Ricard à la main pendant que Maman pleure en accrochant le linge. Hier, elle a appris qu'elle est cocue depuis trois ans avec la voisine qui est aussi la femme du facteur, donc ta belle-mère. En gros, ton faux père trompe ta vraie mère avec la femme de ton vrai père.

 

Oui Alice, la vie est une boite de chocolats, on ne sait jamais sur quelle emmerde on va tomber. Il y’a de grandes chances qu’une fois sur deux, tu tombes sur un chocolat périmé à la liqueur frelatée. A la télé, ils appellent ça un Mon Chéri. Personne n’a envie que son chéri ait cette tronche et cette haleine d’alcoolique.

Dans la vraie vie, çà s'appelle un licenciement - un divorce - un cancer du poumon - un accident de voiture .

 

Le  lapin de Pâques est un enculé et la seule cloche dans le magasin, c’est ta mère qui pense que Jeff de Bruges est un aristocrate belge.

Je t’en supplie, sois un peu responsable et achète une tablette de chocolat bio du brésil à 8,45 euros les 100 grammes, tu préserveras ta santé et sauveras des orangs- outans au lieu de tartiner tes Krisprolls à l’huile de palme.   

 

Elle te fait peur mon histoire Alice? Et encore, je ne te raconte pas comment sont fabriqués les nuggets du McDo et la sauce blanche de ton kebab.

Joyeuses Pâques.

 

 

 

Courtney Barnett - Everybody Here Hates You (Official Video)

 

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07 avril 2019

Mon disquaire, ce dealer

 

 

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 Il y'a des clichés qui perdurent. Sur les blondes, les flics, les demandeurs d'asile, les fonctionnaires et maintenant  sur les  passionnés de vinyles.

La légende urbaine dit qu'il s'agit de bobos étranges, misanthropes, portant de grosses lunettes carrées, un slim et de jolies bottines en simili cuir vintage achetées aux Galleries Lafayette pour la modique somme de 119 euros.

Des Hipster  aux t-shirts « Mange un carnivore, sauve un animal », une casquette de routier noire et blanche ornée d’un loup, objet culte qui rendrait dingue n’importe quel fan de Jean-Claude Van Damme.

Des barbus nostalgiques portant  des  chemises à  carreaux en laine et un bonnet dans une salle de concert où la température avoisine les 45 degrés.

Je ne porte pas de slim - Je n'ai pas de barbe - J'ai  des amis (je crois) - Je suis  fan de Chuck Norris

Pourtant,  moi aussi j'achète des vinyles. Seigneur athée, si tu existes, pardonne-moi d'être aussi faible et d'avoir céder à la tentation du mainstream mais c’est génétique, je n’y suis pour rien.

 Mon père est responsable de cette malédiction. La faute aux années 70, à Pink Floyd, à cette  musique du diable qui incitait les jeunes à la débauche, à porter de grosses moustaches, des chemises aux motifs psychédéliques et des pantalons  patte d'eph.

Quel parent inflige ça à son enfant ? La chair de sa chair (même si j'ai toujours pensé avoir été adopté, vue la tête de mon daron), le futur roi, l'élu!

Manipulation musicale digne de l'Ordre du temple solaire. Un soir, je devais avoir 8 ans, papa Raël m’a  montré un objet venu d’une autre galaxie. Une soucoupe spatiale noire rangée dans un carton carré rongé par le temps. Il a posé l'objet tournant non identifié sur un cercle  magnétique.  Une main  guidée par le tout-puissant (un mélange entre Jim Carrey et Jim Morrison) est venue se poser sur la galette pour en extraire un toussotement à peine perceptible et l'orgasme sonore débuta.

« T’as déjà écouté ça ? Ça c’est la base. On ne fera plus jamais rien d’aussi bon. Tout ce qui va suivre musicalement dans les cinquante prochaines années sera juste pompé sur ces mecs. Je te préviens, si tu commences cette saloperie t’es foutu. Ta mère s'est barrée à cause de ça. Je consulte un psy pour soigner cette addiction mais rien n'y fait, je suis accroc et le pire c'est que c'est en vente libre ».

 J’étais au bord du suicide, hypnotisé par le son cosmique de Wish you were here.

So, so you think you can tell,
Heaven from hell,
Blue skies from pain,
Can you tell a green field,
From a cold steel rail?
A smile from a veil?
Do you think you can tell?

Je n’ai jamais pu décrocher. Le vinyle, c’est l'héroïne du pauvre, un fix de son pour une vingtaine d’euros les 180 grammes.

Différentes variétés - Différents modèles - De l’import - De l’occase -  Du neuf - Du troc.

Le shoot rapide et puissant d’un 45 tours ou la montée progressive d’un 33 tours.

Mon dealer, 33 and Co, ne se cache pas bien loin,  au 49 Grand'Rue. Une belle vitrine façon coffee shop derrière laquelle se cache Jacques, le wikipédia du vinyle, capable de dénicher LA galette introuvable et d'en déterminer l'année de parution rien qu'en sentant l'odeur de la pochette. Paris a Antoine Decaunes et son dictionnaire du rock,  Strasbourg a Jacques Busch et sa caverne d'Ali Baba. Ne lui demandez pas s'il a un lien de parenté avec Georges Bush, il risquerait de vous balancer une figurine de Kurt Cobain au visage. 

 

✞ Kurt Cobain 20/02/67 - 05/04/1994. RIP .

 

Le 13 avril est un jour sacré, c'est le Disquaire day. C'est mon pèlerinage à la Mecque. Noël avant l'heure. La journée mondiale consacrée aux vinyles très limités où nous, toxicos du son,  nous retrouvons chez notre disquaire indépendant à jouer du coude dans les backs comme des gamins devant un paquet de billes précieuses. Si ça ne vous parle pas, imaginez la même journée pour un fumeur de weed qui aura l'occasion de goûter des variétés qui n'existaient pas auparavant.

La Deep Purple - La Rape Me - La Smoke on the water

 

Seuls les vrais savent ce que ça fait de choper une édition limitée de Blur ou  la bande-son de Lost in Translation de Sofia Coppola. 

 

Je mets des patchs de JuL pour faire saigner mes oreilles et ne plus foutre les pieds dans cette boutique envoûtante. Mon PEL y est passé l'année dernière avec les versions inédites de deux  albums de Sigur Ros.Je suis interdit bancaire même chez Cofidis ce jour-là.

Cette année, j'ai demandé à ma mère de m'enfermer 48 heures avec un stock de   boîtes de champignons de Paris, des clopes et une pile de magazines.

Il y'a de grandes chances que je fracasse la fenêtre pour me retrouver  couché sur le  canapé de mon meilleur pote, la platine qui tourne confortablement avec le son unique à Détroit Rock City de Kiss.

Bonjour "Sexe, drogue et rock n’roll", au revoir "Youporn, vaporette et Zumba fitness".

Chacun sa drogue comme dans Requiem for a dream. Moi c'est la musique. D'autres se shootent à Netflix, à Betclic ou au Picon-bière. Là où nous sommes égaux, c'est que nous sommes loin d'avoir la belle gueule de Jared Leto.

 

J’arpente les brocantes, un garrot sur l’oreille, le visage blanchâtre à la recherche d’objets improbables .Une édition ultra rare de 1973 de David Bowie, un double-album live des Who. Il me faut ma dose de poussière dans les narines, pour sentir  la poussière d’étoiles dans les yeux.

Un jour, j’arrêterai tout ça. Ewan McGregor décroche bien dans Trainspoting.Ok, ils baisent ses potes et se barre avec le pognon mais j’en suis capable moi aussi. Une cure de Spotify matin, midi et soir, et j’en termine avec cette merde de microsillons à l’odeur  envoûtante de Catwoman miaulant cambrée sur le toit de mon immeuble.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est de savoir si je transmettrai ça à mes enfants. Il n’existe pas de dépistage de la mélomanie. Impossible de voir ça sur une échographie (une malformation de l'oreille interne peut-être?). A titre préventif, je diffuserai du Booba en boucle pendant la grossesse de sa mère.

"C'était pour le bien du petit que j'ai fait ça Madame le juge" que je dirai lorsque les services sociaux frapperont à ma porte pour crime contre l'humanité.

  Avec un peu de chance, il collectionnera les bouchons en liège, les fèves ou les timbres, jusqu’au jour où il me posera la question fatidique:

« Papa, c’est quoi le truc rond qui tourne et qui fait de la musique dans le salon ?».

 

 

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06 avril 2019

Le Régime Ducon

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Le printemps est bien là. Terminées les soirées  à hiberner en compagnie de sa télécommande, en trempant des petits-beurre dans une tasse de thé brûlante à la camomille. Les radiateurs s'eclipsent après plusieurs mois de bons et loyaux services à assurer un thermostat 4 de rigueur. La couette Ikéa est en dépression, au fond d’un placard, tentant de se pendre à une paire de chaussettes en laine polaire.

Summer is coming. Sans dragons, sans épées. Des copains, du Picon et quelques planchettes de Comté. Les plus fous tentent l’accord Gin/Knacks à la moutarde.

Le long des quais, les coudes nus sortent des bagnoles aux fenêtres ouvertes. Le concours de l’Eurovision du mauvais goût 2019  est officiellement lancé. Plus il fait chaud, plus la musique émanant des autoradios est insupportable. Certains se font un devoir de nous faire savoir qu’ils écoutent de la merde à chaque feu rouge. Stanley Lubrick est en chasse dans son cabriolet BMW payés en 66 mensualités de 395 euros. Ray Ban sur la tête, survêtement Tacchini. Chemise ouverte, chaîne en or qui brille. Je danse le HOPLA, pas de pacotille. Ici c’est Strasbourg.

 

 Place Kléber, les décolletés côtoient les premiers bermudas hésitants.  Un touriste sourie comme un gamin  en ingurgitant un croissant pur beurre décongelé.  La place reprend vie. Les séducteurs aux lunettes de soleil disproportionnées, prennent possession des terrasses pour un café qui durera une éternité: Des mouches géantes prêtes à tout pour entrapercevoir la bretelle d’un soutien-gorge. Un Spritz. Un bol de cacahuètes. On est mieux qu’au cinéma, tranquillement posés à mater et critiquer les passants.

Le printemps est le terrain de jeu du narcissisme. Filiformes. Bronzés.  Les magazines de mode surfent sur la tendance et nous cassent les bonbons avec les derniers  régimes à la mode.

De la soupe aux choux à chaque repas (Ton anus est en mort cérébrale à la fin de l’été), celui « sans privation »,  parce que le régime c’est dans la tête (Malheureusement, la cellulite c’est dans les cuisses), celui à base de  blancs de poulet, de graines de chia, de légumes verts, de liquide, d’air. Respirer fait maigrir, nouvelle tendance venue d’Inde.

Perdre 15 kilos en deux mois, c'est une question de volonté, c’est noté dans Biba. Il suffit d’arrêter de manger, de faire 8 heures de sport par jour, de boire 7 litres d’eau et toi aussi, tu deviendras une gravure de mode. Parce que c’est le but, être regardé et liké avec les yeux. Mettre un bikini taille 32, avoir des fesses de brésilienne et griller au Baggersee pour pouvoir entendre tes collègues glousser lundi matin : « Wouahhhhhhh ! T’es trop bronzée ! T’es trop slim !!!! T'as maigri???".

Je parle au féminin parce que je n’ai jamais vu d’article prônant un régime avec un homme en photo. Hasard certainement. C’est bien connu, le mâle ne grossit pas et son bidon lui donne un petit côté sexy que les femmes adorent. Pendant que madame se serre la ceinture, un bout de brocolis entre les dents,  son mari se gave de chips et de bières. La bedaine c'est viril, ça fait office de coussin la nuit et de pouf le jour.

Les premières heures, tu es studieuse et pleine d’enthousiasme. Réduire sa consommation. Peser ses aliments. Le mot graisse n’existe plus. Il est remplacé par lipide. Bienvenues aux protéines,  fruits et légumes. Les placards se vident, une larmichette à l’œil. RIP Balisto, Chips et Kinder Bueno. Bonjour  navets,  salsifis et haricots verts.

Bonjour tristesse. Françoise Sagan devait être privée de Nutella quand elle écrivit son bouquin.

 

Tu scrutes ton fessier dans le miroir toutes les dix minutes pour voir si tu constates  déjà un effet parce que tu n'as pas pris d'eclair à la vanille à la cantine. Deux heures de footing après le boulot avec une nouvelle tenue achetée à Décathlon (Le maillot orange en polyester à 9,90 euros avait l’air tellement bien sur l’affiche).

Au parc de l’Orangerie, tu cours comme un pingouin sur le sable chaud. Rouge de souffrance, tu es doublée  par des gamines de 20 ans qui en plus d’être ultra fines, se permettent encore de papoter en enchaînant 10 bornes, les cheveux au vent. Tu tenteras  de les suivre par fierté pour leurs jeter des amandes à la gueule mais elles sont déjà loin, très loin.

Au moment de se coucher, ton estomac parle comme la gamine possédée  dans l’Exorciste.

« Ta mère suce des bites en enfer. Balance-moi un donuts au beurre de cacahuète, enfant de salops ».

"Mon précieux, je veux mon précieux".  Gollum rêve de sucre, de crème, de fromage.  Tu essaies de t'endormir en comptant les moutons ou plutôt les pizzas 4 fromages, les beignets à la confiture, les spaghettis à la carbonara recouvertes d’une montagne de parmesan, le chocolat chaud coulant sur une boule glacée monstrueuse de vanille aux noix de pécan. La tentation de se lever discrètement pour s’enfiler un bout de frometon  est grande.

 Tu te  réveilles trempée comme une toxico en cure de désintox, le coussin plein de bave mais tu tiens bon. Les hallucinations sont fréquentes. Un bébé qui grimpe au plafond. Evan McGregor s’enfonçant dans le sol après un dernier fix de Burger King.

 

Au réveil, 100 grammes de flocons d’avoine, une gélule à l’extrait de thé et un demi pamplemousse. Un bout de fromage blanc 0 % sur la joue,tes yeux  brillent de cette rage de vaincre.

Bientôt, tu pourras reporter ce jean slim arrogant, cette robe de mariée ou ce petit haut blanc qui te fait des yeux doux depuis 2013. Au dernier essayage, il a pété en te baissant pour scratcher les baskets Mickey de ta fille.

 

Au boulot, les compliments fusent.

 « Tu  as meilleure mine. Tu es radieuse, Il y a du changement dans ta vie ».

 Tu fais la modeste. " Oh vous savez, c'est une question de volonté. Vous aussi vous pouvez y arriver ". Tu  lâches un sourire aussi naturel que possible  avant de te  retrouver aux toilettes à chialer, un rouleau de pq dans la bouche, les jambes tremblantes en pleine crise d’hypoglycémie.

C'est facile, mon cul. Ça fait deux semaines que tu t'enfiles des biscottes et des tomates. Bande de connasses. A la pause déjeuner, elles prennent toutes des pizzas, des burgers énormes avec des frites dont l’odeur te fait saliver.  Tu tuerais pour une goutte de mayonnaise en intraveineuse Des images meurtrières trottent dans ta tête:  L'étouffer avec sa tranche de bacon et lui péter la nuque à coup de salade de quinoa.

Après une semaine,tu commences  à parler toute seule et à sucer la barre du tram. Tu vois des morts comme dans Sixième Sens sauf qu'ils ont des têtes de macarons à faire flipper Bruce Willis. Tu dialogues avec un paquet de M&Ms au Carrefour Market: « Alors les gars, pas trop serrés là-dedans ? Comment se passe la cohabitation entre les Gilets jaunes et les bleus   du Front National ?  Vous ne vous crêpez pas trop la cacahuète?».

Tu t’autorises un Pépito par-ci, un brownie par-là, après tout, il faut bien se faire plaisir, tu n'es pas un robot. Moments coupables  au bord de l’orgasme comme un gamin qui se cache pour engloutir des bonbons sous son lit. Si tu te fais attraper, tu balanceras le poisson rouge aux flics de la diététique, sans scrupules. Tu pousses le bouchon un peu trop loin Maurice.

 

Au bout de trois semaines, tu te pèses, confiante.  

Un message s'affiche sur ta balance:

 « Connasse, tu me prends pour une débile ou quoi ? T’es encore plus lourde qu'avant. Ce régime, tu ne le fais pas pour toi mais pour les autres. Ça ne marchera jamais. Dis-leur de tous aller se faire mettre et sois heureuse, sinon ce n'est pas de la graisse que tu vas perdre mais ton humanité».

 

Là, tu t'effondres sur le lit. Devant toi, Kate Moss te nargue en couverture de Vogue : "Mon secret ? Surtout ne me priver de rien". 42 kilos toute mouillée. La mytho. Elle doit chier des boulettes de lapin à force de bouffer toute cette salade au jus de citron. Tu files chez Christian. La boite de 32 pralinés y passe en un quart d’heure. Tu te mets à chialer en regardant d’anciens épisodes de Dawson et de "Belle toute nue".  Tu ne veux pas finir à poil, en photo sur un bus, juste pour être dans la norme.

 

Si tu en es  là, c'est à cause de réflexions débiles  entendues dans la rue et des vieilles blagues pourries de ta moitié qui se croit drôle.

 

A 20 heures, il rentre en sifflotant. " On mange quoi  ce soir? J’ai  bossé tout la journée, je ne bouffe pas ta merde de salade et du riz à l'eau, je te préviens. Moi je n’ai pas besoin de maigrir, je suis charpenté, c’est génétique".

 

Après plusieurs semaines de cogitation, tu décides d’en finir à la fois avec ton régime mais aussi avec cet abruti.

Sur la table, traîne un emballage vide de Petit Lu, quelques miettes et un mot:

"Mon amour, moi et mon gros cul, on se barre.  On en a ras la casquette de tes blagues à la Jean-Marie Bigard. On te souhaite de te taper l'anorexique du troisième que tu mates discrètement pendant sa séance de bronzage sur le balcon. Elle  réchauffera ton cassoulet et te ramènera une bière, si elle arrive à porter le plateau.

 

Ps: Il reste de la soupe aux choux au frigo. Il paraît que le chou c'est bon pour la mémoire. N'hésite pas à en boire un grand bol chaque matin, ça te permettra de te rappeler que t'es un gros con.Bon appétit".

 

Fontaines D.C. - Big

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22 mars 2019

TRAM C :Frite Man vs La fille qui boit de la Vodka-Volvic fraise

 

 

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Encore à moitié endormi,  des crottes de la taille d’un Chocopops collées aux coins des yeux, je tente comme je peux de tenir debout contre l'une des  vitres  du tram C. L’excès de sébum  sur mon front laisse une marque grasse sur le verre de la navette spatiale.

Flashback. Quand j’étais gosse, nous jouions à Frite Man.

L’objectif était simple : coller nos  visages sur la baie vitrée de la boulangerie, pour y laisser un maximum de graisse. Dans mon imaginaire, un super-héros vêtu d’une cape jaune et d’un collant rouge, venait chaque nuit avec une raclette et un seau, pour récolter ce précieux nectar afin d’en faire des bidons d’huile de friture pour poissons panés ou beignets. Comme une abeille récoltant du pollen dans un champ de lavande, lui arpentait les commerces de la ville à la recherche de traces laissées la journée, par des nez, des joues, des fronts.

Personne ne me croyait. Ma mère disait que j’étais « atypique » et plein d’imagination. Ça lui faisait peur, parce que la société aime les choses parfaites et ordonnées: Les rayons de yaourts - les places de parking - les vêtements repassés - les esprits éduqués -  les cheveux lissés - les tableaux carrés -les mains lavées - les ongles coupés. Pas de place pour l'originalité, au risque d'être marginalisé, pire encore, classé dans  une catégorie de troubles mentaux comme on jette un vieux jouet dans un carton pour le foutre à la déchèterie.

C'est le syndrome de Woody le Cowboy dans Toy Story 2. Les vrais savent.

Autiste-Dépressif-Bipolaire.Juste humain. 

 Être parfait, c’est être soi-même disait mon grand-père. Il  parlait  par de courtes  citations soulignées dans d'épais livres de philosophie.Maintenant  les intellectuels livrent leurs états d'âme sur Twitter.

@Léa J'étais à la caisse de Carrefour et on voyait que j'avais pris des jus verts,de la salade, des légumes, et y'a une daronne derrière qui dit à sa fille "Pourquoi tu manges pas comme elle? Tu serais moins énorme".Puis en la fixant, j'ai sorti du Crunch et du Nutella du caddie. Elle a plus rien dit.

 

 

On me traitait de fou, mais chaque matin, étrangement, la vitre était brillante comme une pomme de supermarché et la vendeuse ne me fit jamais la moindre réflexion. Pourtant, j’en  piquais des Carambars, des images Panini et des Chupa Chups.  Faut dire que j’avais une motivation pour être aussi assidu du lieu : La boulangère était un ange aux yeux bleus qui attirait la moitié de l’école, une fois les cours terminés. On était tous fous  amoureux d’elle. Elle s’appelait Sophie. C’était écrit sur le badge fixé à son tablier rose. J’envisageai de lui faire une déclaration passionné mais un élève de CM2 le fit avant moi.

Au moins, la déception est un sentiment qui ne déçoit jamais.

« Mon cœur appartient à tous les enfants qui viennent ici. Je ne peux pas  le donner qu’à toi. Je vous aime tous à ma façon ».

Je compris plus tard que c’était une façon polie de lui demander de foutre le camp et de ne plus l’emmerder avec des poèmes bidons dont les rimes n’avaient aucun sens :

Vous êtes aussi jolie qu’une baguette,

Et vous sentez la crêpe Suzette.

J’aimerais être un caramel pour rester collé à vos dents,

Vous êtes le coup de foudre de mes dix ans.

 

 

 Aujourd’hui,  Sophie a 49 ans. Des loches qui cognent ses tibias. La voix de Gérard Darmon suite à 20 ans de tabagisme, mais des yeux bleus toujours aussi doux.

 

 Nous sommes des dizaines de zombies à nous accrocher à un bout de siège  ou une manche, en attendant que la caféine fasse son effet.  S'il y'a bien un endroit en France où le principe d'égalité est encore respecté, c'est ici. Pas de traitement de faveur. Tout le monde est dans le coaltar, l'œil vitreux suite aux abus télévisuels nocturnes de la veille (Un reportage exclusif sur la BAC de Mulhouse - Le dernier épisode d'After Life - L’insomnie du dimanche soir, à flinguer des moutons virtuels à coups de fusil à pompe). Dur de s'extirper de la douceur matinale de sa couette et d'abandonner son chat qui ronronne paisiblement au creux de ses jambes.

Je baille à m'en décrocher la mâchoire, espérant ne pas avoir un bout de pain entre les dents ou une trace de dentifrice suspecte sur le joue. L'odeur,  comme à son habitude, est assez particulière : un mélange d'alcool, de linge sale et d'eau de Cologne. Un peu comme mon père rentrant du bal du 14 juillet.

  Seuls quelques gamins surexcités débattent avec vitalité de questions existentielles :

 La nouvelle DS -  Le triplé de Lionel Messi – La tronche de la prof de math - La rupture de Jordan et Mélissa - Le contrôle surprise de SVT - La dernière vidéo de Norman postée sur Youtube.

 

Une jeune femme maquillée comme un Picasso et semblant sortir tout droit d'une soirée SM, s'étale  nonchalamment  sur les deux sièges en face de moi. Des bottes à talons. Un jean  slim  serrant ses cuisses comme un gigot d'agneau. Je crains une explosion de cellulite au moindre freinage brutal du conducteur. Un décolleté qui fait loucher un octogénaire au bord de l'AVC, ce qui lui vaut un coup de canne de sa dulcinée de 77 ans.

"Tu veux des jumelles Richard?".

 Ajoutons à cela, la touche subtile qui fait toute la différence : Une triple couche de rouge à lèvres noir (du noir à lèvres donc) et des ongles ambiance Freddy Krugger, lui permettant de faire une fondue savoyarde sans avoir besoin de pic pour choper le bout de pain perdu au fond de la gamelle.

La différence fait peur je vous dit.

C'est avec une bouche pâteuse et la voix discrète de Joey Starr, qu'elle décroche son téléphone :

 

« Mais trop bien !  T'es déjà debout ou quoi ?.  Non… Non... Sérieux, on a passé une trop bonne soirée hier soir. Mais t'sais quoi ? La vodka- Redbull, laisse tomber. A un moment y'a plus moyen d'en boire, c'est trop sucré. Ça fout la gerbe. Le bon délire, c'est la Vodka-Volvic fraise. Ça claque. C'est juste sucré comme il faut. C'est frais, avec des glaçons c'est bien light. T'sais quoi, le Redbull, j'étais trop en bad. Je commençais carrément à trembler et avoir des palpitations, genre le cœur il s'arrête plus de battre qu’à 200 tu vois. Ouais, mais t'es habitué toi. T'es une machine, un bazooka à sky, ça se voit trop grave. Ouais, j'vais me rentrer là. Je suis dans le tram. Les gens ils ont de ces têtes, on dirait ils vont se faire un suicide collectif. J'vais me pieuter direct, la télé en fond. T'sais quoi, on s'rappelle après et on essaie d'voir pour c'que j'tai dit. Ouais, ouais, t'es un sacré coquin en fait ! Allez j'te laisse, j'ai presque plus de batterie et je dois encore passer choper des garettes. Ciao bébé ».

 

Nous nous regardons, le pépé, les collégiens  et moi. Vodka-Volvic fraise à huit heures du matin.  Il est temps que Frite Man revienne dans ma tête et que j'aille voir la boulangère.

 

 

The Cinematic Orchestra - A Caged Bird/Imitations of Life 

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15 mars 2019

La ballet d'un émotif

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Un bar. Un vendredi, en fin d’après-midi. Du monde. Beaucoup de monde.

Je m’installe tant bien que mal à une table recouverte d'une fine pellicule de slime au houblon. Ma main peine à se décoller. J’attends l’arrivée imminente de Bill Murray, fredonnant «If there's somethin' strange in your neighborhood - Who you gonna call? Ghostbusters ».

J’inspecte la carte avant d'opter pour une pinte de stout comme je n’ai pas déjeuné. Plat et dessert dans le même verre : l’amertume d’un café et la consistance d’un kebab.

J’ai réservé un emplacement assez tôt, de façon à avoir une vue unique sur le ballet orchestré de ce microcosme. Les acteurs se mettent en place,  jouant un rôle  prédéterminé dans cet opéra en plusieurs actes.Pas d'improvisation. De là-haut, quelqu'un tire  les fils invisibles des ces marionnettes emplies de doutes.

Avant l’ouverture des rideaux, quelques gémissements dans la salle. Des discussions légères sur la fin d'une mission d'intérim, la susceptibilité d'un collègue ou la prochaine soirée au Kalt. Le serveur, tatoué jusqu’aux oreilles, annonce le début du spectacle en sonnant la cloche de l’Happy Hour.

Il est 17 heures, Strasbourg s'éveille. Mesdames et Messieurs. Prenez place. Le spectacle peut commencer.

Les danseurs entrent en scène. A chaque époque ses costumes. La tendance est aux lunettes rondes "fil de fer" des années 80. La mode n'est qu'un éternel recommencement. Les figurants aux looks négligés savamment travaillés, se postent au comptoir pour remplir l’espace et jouer leurs chorégraphies du coude comme des rats  qui n’obtiendront jamais de places de danseurs étoiles à l'Opéra de Paris. Au mieux, ils  seront  des fulgurances, des étoiles filantes un soir d'été.

Les roucoulades commencent sur ma gauche. Une succession de compliments sur des yeux vert émeraude. La douceur d’une main. La pupille dilatée par ce petit picotement qu’on appelle "la passion" ou l’abus d’alcool. Dans le deux cas, ça risque de mal se terminer.Un  mal de coeur ou un mal de crâne.Le Doliproeur n'est pas encore commercialisé.

Plus haut, une jeune femme aux cheveux courts tape frénétiquement sur son Iphone, levant la tête comme un suricate en alerte au moindre mâle franchissant la porte.

Des étudiants criards se postent à une longue table, balançant des blagues potaches sur la risée du groupe, qui, rouge de timidité, n’ose pas placer le moindre mot pour se défendre.

Il en prendra plein la tête durant la soirée, agacé par des meneurs au physique d’Apollon, qui ne se rendent pas compte que cet instant d’humiliation interminable, restera à jamais gravé dans sa mémoire. Il aimerait être ailleurs mais a suivi le mouvement comme il le fait à chaque fois, parce que chez lui, dans ce petit appartement de la cité universitaire Paul Appell occupé par le vide, c’est encore pire que de se faire casser par une bande de branleurs en pleine puberté.

Nous nous fixons. Il sent mon empathie. Il sait que je sais.Souvent, dans ce genre d'endroit, les regards de paumés se cherchent et finissent par se trouver.Un coup de foudre entre marginaux. Être  seuls à plusieurs, au milieu d'un grand n'importe quoi, ça rassure.

Ses yeux transpirent la passivité, la lassitude, l’envie de normalité.La faute à toute cette propagande marketing omniprésente, ventant les mérites de la différence, tout en orientant nos vies vers un look, une façon de penser, de manger, de baiser. Pas une dizaine de mètres sans une affiche de mannequin anorexique photoshopé tentant de nous faire croire que la vie est un slogan de Jacques Séguéla.Si à 50 ans on n'a pas de Rolex, on a raté sa vie.Une grande partie de la  vie, la vraie, ne sent pas le Chanel mais la merde.

Il n’a pas choisi d'être comme il est. Depuis toujours, il reste en retrait, comme l'individu le plus fragile d'un troupeau de yaks en proie aux morsures de carnassiers.C'est eux ou lui. Il n'a aucune chance.

Il trempe ses lèvres dans une pinte de bière allemande. Il n’aime pas cette bière. Elle est chaude et fade comme un jet de pisse mais à cette heure-ci, un verre d'urine vaut moins chère qu'un Coca. Il faudra qu’il en recommande vite une autre avant la fin de "L’heure heureuse" sinon sa bourse d'étude en prendra un coup et il devra quémander une rallonge à sa mère pour finir le mois.

Il scrute discrètement les tables autour de lui, pour se rendre compte qu’il est différent des gens de son âge. Ils semblent légers, confiants, drôles et charismatiques ou alors ils jouent déjà très bien la comédie. Ce jeu d'acteur n'arrive qu'à l'âge adulte, avec son lot de déception et l'hypocrisie d'une société individualiste. Tout parait déjà tracé. Des études brillantes. Un avenir avec une cuillère en argent dans la bouche et non pas des pâtes à la sauce tomate, trois fois par semaine. Papa est dentiste.Maman est avocate.Fais dodo, Colas mon petit frère, tu seras médecin ou fou, peut-être même les deux si tu es doué.  De l’esthétique et de la grâce dans chaque recoin de leurs vies, du futur loft de 135 m2 à cette façon particulière de parler qu’ont les gens sûrs d'eux.

Il n’arrive pas à imaginer son avenir . Faire des études pour faire quelque chose.Faire plaisir à son conseiller d'orientation. Faire plaisir à son père. Boire de trop pour avoir le sentiment d’exister et de faire partie d’un groupe, l’espace d’une soirée. Survivre aussi longtemps qu’il le pourra afin de rompre avec un héritage familial qui lui colle à la peau comme une odeur de cigarette mouillée imprégnée, dans les murs de sa chambre minuscule.

Il se sent scruté, jugé, examiné.L'ivresse le rend parano. Son pull en acrylique H&M le démange. Il a envie de se gratter et d’hurler au monde qu’il est là, qu’il existe, que le sang coule dans ses veines et que son esprit est affûté comme le couteau tranchant de son boucher. 

Il n'arrive pas à  prononcer le moindre mot mais il semble que cette fille étrange lui jette quelques coups de paupières tout en faisant mine d’être totalement désintéressée. Le destin souffle sur sa nuque. Il a la chair de poule au coeur.

Il bouillonne.Un sentiment de vie et d'invincibilité s'empare de lui. C'est son quart d'heure de célébrité. D'hommage qu'Andy Warhol ne soit pas là pour voir ça.

Le deuxième acte peut commencer.

Il en sera le héros. Certes, un héros vêtu d’un jean trop grand pour un corps si frêle, mais son épée et son armure sont dans sa tête. Personne autour de lui n’imagine ce qu’il peut ressentir. Il lance de plus en plus de regards à cette inconnue qui l’intrigue. Elle n’est pas très grande, des cheveux roux et longs, les jambes croisées à siroter un mojito à la fraise, en mâchonnant le bout de sa paille. Elle s’emmerde royalement. Il devine, dans la façon qu'elle a de passer sa main dans les cheveux, qu'elle est comme lui - jamais à sa place,nerveuse - qu'elle le transpercera d'un coup de sabre-laser en forme de lèvres.

S’il avait un minimum de courage, il se lèverait sans dire un mot, suivi du regard par sa bande de pseudo-potes bouche-bée, pour s'asseoir à côté d’elle et lui chuchoter quelque chose à l’oreille qui l’a fera rire aux éclats, comme s’ils se connaissaient depuis des années.Des éclats de bonheur qui finissent leurs courses en plein coeur. Ils boiraient des verres ensemble toute la soirée et puis au moment de partir, elle lui donnerait son numéro de téléphone avant de lui déposer un baiser fragile sur la joue. Il se retournerait en toute décontraction pour coller le mot doux contre la vitre, pour que toute la tablée puisse en profiter. Il ferait un gros doigt d'honneur et partirait marcher sans but, pour resentir la solonéllité de  l'instant.

Le brouhaha est de plus en plus élevé. La danse de la vessie raisonne dans les têtes. C’est la queue devant les toilettes. Les langues se délient. Les timides prennent de l’assurance, un peu trop même. Les inconnus deviennent de vieux frères. Les cartes bancaires volent comme des oiseaux de nuit immortels. Les soucis, tracas, peurs, angoisses, sont au vestiaire encore quelques heures comme des vestes froissées qu'on récupérera au petit matin. Des romances débutent, des cirrhoses aussi.

Il a enchaîné plusieurs bières. Il ne sait plus combien mais son extrait de compte lui rafraîchira la mémoire demain. Il se retient d’uriner depuis plusieurs heures de peur de voir partir celle qui anime ses pensées mais il ne peut plus se retenir, c'est Hiroshima dans son bas-ventre. Un dernier regard avant d’aller se soulager. Il n’en a pas pour longtemps. Il sent que cette nuit, rien ne peut lui arriver. C'est son ballet. Le ballet d'un émotif, sans collant et sans tutu. 

En sortant des toilettes, la déception s’empare de lui. Elle n’est plus là. Elle est partie comme ça, sans le prévenir, lui qui  devenait obnubilé par le moindre de ses gestes. Il est pris de nausées et a besoin de s'asseoir à sa place encore chaude, pour la sentir, elle qui était là, il y a quelques minutes.

Sur la table, trône une feuille pliée et un stylo. Il l’ouvre, plein d’espoir, parce que dans les films américains, l’héroïne laisse toujours un indice au héros pour qu’il la retrouve dans une rue sombre où la neige tombe sensuellement sur les pavés luisants.

Sur la papier, il devine son visage caricaturé, désigné par une flèche. Il sourit. L'oeuvre est signée "Heima" comme une ode à Sigur Ros et aux terres volcaniques islandaises.

Ég Er Kominn Aftur -Je suis encore là,
Inn I Þig - En toi,
Það Er Svo Gott Að Vera Hér - C'est si doux de rester ici,
En Stoppa Stutt Við - Mais je ne reste plus pour longtemps,
Eg Flýt Um I Neðarsjávar Hýði -Je flotte tout autour dans une hibernation sous-marine,
A Hóteli Beintengdur Við Rafmagnstöfluna Og Nærist - A l'intérieur d'un hôtel, reliée à une paroi électrique qui me nourrit,

 

En Biðin Gerir Mig Leiðan. Brot Hættan Sparka Frá Mér - Mais l'attente me rend fébrile. J'abandonne la faiblesse,
Og Kall A - Verð Að Fara. Hjálp - Et je cris. je dois partir - Au secours,

Eg Spring Ut Og Friðurinn I Loft Upp - Je suis expulsée vers l'extérieur et la sérénité a disparu,

Baðaður Nýju Ljósi - Baignée dans une nouvelle lumière,
Eg Græt Og Eg Græt Aftengdur - Je pleure et je pleure, déconnectée,
Onýttur Heili Settur A Brjóst - Un cerveau à reconstruire mis sur des seins,
Og Mataður Af Svefn-G-Englum - Et nourri par des somnambules.

 

Il sort du bar en courant, comme Bridget Jones, pour arriver à l'aéroport avant que  l'avion de Mark Darcy ne décolle pour toujours. Le souffle court, penché en avant, les mains sur les genoux, il plisse les yeux et distingue au loin , une silhouette s'effaçant dans la nuit d'un pas discret. Un spectre d'émotions sous une capuche rouge.Il prend son élan pour le sprint de toute une vie.

Le dernier acte peut commencer.


 

 

Sigur Ros Svefn-Englar

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10 mars 2019

Les griffures de l'aube

  

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11h42. Encore à moitié endormi, je marche sur le chat, qui, pour me montrer son affection et sa reconnaissance, me lacère de trois  coups de griffes sur le mollet. Pas besoin de Nespresso pour se réveiller avec un café bien serré, juste d’un  fauve de ce genre à proximité. « Être mutilé par son animal de compagnie, what else ? ».

Georges Clooney peut aller se rhabiller avec son smoking et sa gueule d'ange.

Je me retrouve en boxer dans la salle de bain. Il y’a du boulot. Une vieille barbe à faire flipper Sébastien Chabal. Des cernes tellement profondes, qu’une formation en spéléologie est obligatoire avant de  tenter n’importe quelle exploration au gant de toilette. Une lampe frontale, un casque. Me voici paré pour une douche décapante bien méritée. En voyant mon torse, je confirme être le fruit d'une copulation alcoolisée entre Chubakka et le motard moustachu de Y.M.C.A.  

La soirée fût rude. Une embuscade de pintes au Molly Malone. Du gin écossais à Supertonic et un after sur le balcon d’un type que je ne recroiserai sans doute jamais, à chanter du Patrick Sébastien comme B. F. Pinkerton dans Madame Butterfly.

Quelque chose me démange. Ce n’est pas mon haleine, qui pourtant est assez intrusive. C’est autre chose. Ma jambe gauche. Le terrain de jeu du lynx, il y'a quelques minutes. Je regarde de plus près. Ce n’est pas beau à voir. Soit ce matou est la réincarnation de Wolverine, soit  il m'a pris pour un griffoir parfum Jambon de Parme, à force de fumer de l’herbe à chat quand je pars bosser. Ce qui est certain, c’est que pour une fois, j’admets qu’il est doué. Quelle œuvre d'art.Quel visionnaire. Entre la scarification d'un ado qui en veut à son beau-père de l'avoir privé de Nintendo Switch et une séance de tatouage dans le Silver Star à Europa-Park. C'est brut. Net. Précis.

Merde, j'aurais  finalement dû le faire ce rappel de tétanos en 2012.

 Je commence à flipper, m'imaginant avec une jambe de bois à un feu rouge, à tendre la main en nettoyant le pare-brise d’un connard en 4 X 4 qui ne m’adressera pas le moindre regard de compassion.

Je me jette sur mon smartphone.

" Griffures-chat-infection".

Google mon ami, m'envoie vers la page du site Doctissimo, rubrique " Animaux, les morsures et griffures".

Bingo. Je suis sauvé.

Le début de l’article est rassurant, jusqu'au passage sur la bartonellose :  « Câliner son matou sans précaution peut donc aboutir à des symptômes sévères et provoquer une bartonellose, du nom de la bactérie ».

Je commence à avoir mal au bide. Je risque aussi de choper la rage, la pasteurellose, une lymphoréticulose. Je ne comprends rien à tout ce jargon médical. Mis à part "mycose", "cirrhose" et "overdose", les rois mages 2019,   je n’ai jamais entendu parler de ça. "Risque élevé si papule avec ganglion inflammatoire à proximité ". Un rouler-palper plus tard, je sens une légère boule à l'endroit du massacre.

Mon front ruisselle. Je savais que je n’aurais pas dû prendre cette boule de poils lors de la journée porte-ouverte à l’association ERA (Ethique & Respect Animal). Le bénévole me disait: "Regardez ses petits yeux ! On dirait le Chat Potté dans Shrek!".

Ah, c'est certain que ses yeux globuleux étaient bien visibles au moment où il a tenté de me bouffer la jugulaire et pour l'odeur de litière, effectivement, la comparaison avec l'ogre vert est adaptée. Déjà qu'il me coûte un bras en croquettes, qu'il défonce le moindre centimètre de tapisserie et qu'il pisse partout à la moindre contrariété comme un vieux en Ehpad, voilà que maintenant je risque de passer au Téléthon à cause de lui . Je ne veux surtout  pas finir un week-end de décembre, à écouter Gérard Holtz nous raconter qu'un mec fabrique la plus grande saucisse du monde dans le Calvados tout ça pour sortir la CB et faire un don au 36 37.

On ne le dira jamais assez, adopter un animal est une responsabilité qu'il ne faut pas prendre à la légère.On ne prend pas un chat comme un thé à la menthe et surtout, on n'offre pas un animal pour faire plaisir à sa  fille de cinq ans, si c'est pour l'abandonner comme  sa belle-mère sur une aire d'autoroute quelques mois plus tard parce qu'il fait ses griffes sur le canapé. C'était un message officiel de Rémi Gaillard.

Je décide de pousser mon diagnostic en allant voir le forum du site sur le sujet, parce que me dis-je: "C'est déjà arrivé à d'autres personnes. Pas la peine de flipper, t'es un  cow-boy qui en a vu d'autres " (Toy Story 1995).

Marie, 58 ans, a été attaqué par son siamois (Le chat, pas son frère jumeau attaché au niveau du pubis) il y a un an. "L'amputation de ma jambe s'est très bien déroulée et grâce à ma nouvelle prothèse on ne voit presque plus que je boîte, sauf à la piscine quand je nage le papillon".

Jacques, 37 ans,  témoigne : " Je pensais que ça allait cicatriser mais quand j'ai commencé à cracher  du sang je me suis dit que ça ne pouvait pas être que l'amiante que je respire à l'usine depuis l’âge de 14 ans ".

Enfin Corinne, 23 ans, termine sur le forum : " Mes dents ont commencé à pousser, mes oreilles aussi. La nuit je montais sur le toit en hurlant à la lune. Mon mari me jetait des boîtes de Sheba au visage mais rien à faire, la mutation était en cours ».

Je suis complètement abattu. Ma vie défile en quelques secondes.De mon premier baiser à l'école maternelle Saint-Jean jusqu'à la folie nocturne d'hier à crier des poèmes de Emily Dickinson à la lune en rentrant à vélo.

 "Je meurs! je meurs dans la nuit!

Quelqu'un apporterait-il la lumière que je puisse voir quelle route prendre dans l'immortelle neige?"

Egoiste lune qui ne répond jamais à mes déclarations d'amour.L'existence prend un tout autre tournant lorsqu'à l'aube, l'épée de Damoclès se poste au-dessus de nos têtes.Un cancer du pancréas- un accident de voiture -  une griffure de chat.Les moments les plus routiniers prennent un sens. Le coucher du soleil.La courbe de ses seins. Le goût du café. L'odeur de son pull en laine.

Courageusement, je clique sur le lien "Que faire en cas de griffures ?"

Raymond de Lille, propose de "mordre un morceau de bois, de désinfecter à la Suze et de cautériser la plaie au chalumeau".

Sébastien, ancien membre de la légion étrangère, ne propose rien mais ajoute: " Les médecins nous cachent la vérité. On m'a coupé la jambe en pleine nuit pour la greffer sur Obama, j'en suis certain. Coupe ta jambe et mets-là au congélo entre un paquet de Captain Iglo et un Mr Freeze à la fraise. Y’a que ça à faire si tu veux sauver ta peau".

Je me réveille, la tête qui tourne, dans une chambre aux murs blancs. Une odeur d'éther émane de la pièce. Un homme avec un masque et des lunettes se penche vers moi:

"Alors ça va mieux ? Vous vous êtes calmé?".

J'essaie de bouger les bras. Je suis sanglé.  

"Mais c'est quoi ce bordel? Je suis où la ?".

L'homme tient une seringue dans la main. 

"On vous a retrouvé dans votre cave, une scie sauteuse à la main à essayer de vous trancher le tibia en hurlant:

« Saloperie de bartonellose. Saloperie de bartonellose". Mais ne vous inquiétez pas jeune homme, vous êtes entre de bonnes mains désormais. Prenez les comprimés bleus et buvez une grande gorgée d’eau. La lobotomie est prévue demain matin".

"Lobotomie" ? C’est quoi ça encore ?

Je peux avoir mon téléphone ? J’ai un truc à vérifier sur Google.

 

 

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08 mars 2019

Nocturama

     

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Nous sommes des immortelles poussant entre deux pavés trop serrés, cherchant la lumière du matin, la coeur haut et coloré par l'envie d'espérer . Roseaux courbés par le vent, la pluie et les coups-bas, s'accrochant à l'accalmie . Valsons seuls sur le béton comme des amoureux célibataires se prenant dans leurs propres bras. Il fera tellement doux que nous n'aurons plus besoin de bonnets ni de moufles. C'est une raison d'y croire et de jouer avec le feu de la tentation , de s'exposer aux  "peut-être" et de  tutoyer les méandres de l'irraison.

J'ai manqué d'oublier qui je suis en caressant les mirages du monde des grands. Celui où les envies , les amours, sont des ombres mélancoliques qui haïssent les anges aux sourires naïfs. Tant de nuits à cogiter pour comprendre pourquoi tout fout le camp. Les insensibles ricanent, étrangers de leurs propres entrailles. La lumière est pourtant bien là, au royaume des aveugles,  derrière un amas d'ordures aux dents de loups-garous. Mêmes les monstres ont peur de mourir seuls.

Lorsque la lune n'éclairera plus le désespoir des paumés, lorsqu'il n'y aura plus d'ombres sur les murs abîmés, lorsque nous serons orphelins de tout ce que nous avons détruit, alors seulement je partirai. Un brouillard qui affole les marins glissera dans les rues de Strasbourg . Le spleen de Bristol.Trip-hop.  Massive Attack au flow fantomatique. We flew and strolled as two eliminated gently.Nous volions et nous promenions comme deux fantômes discrets. Why don't you close your eyes and reinvent me.Pourquoi ne fermes-tu pas tes yeux et ne me réinventes-tu pas. On se moquera de nous et de notre insolence à ignorer les prévenances d'un monde qui avait de la gueule.Les signes du chaos ne manquaient pourtant pas.

La base ne veut plus ressembler au sommet mais changer la forme de la pyramide en un trait horizontal. La ligne plane d'un monitoring d'hôpital. La fin d'un autre monde qui végète en soins palliatifs depuis trop longtemps .  La cocotte minute siffle, pleine de boulons pour les plus désespérés. Punis à porter des oeillères calcinées   et à errer dans  un désert de perce-neige asphyxiées .

Le temps n'est pas encore aux regrets. Brandissons notre jeunesse. Ne quittons plus nos rêves. Contemplons les Venus délaissées de chair et de sang. Ça va nous plaire d'être un condensé de fantaisie, une étoile qui file sans s'arrêter, une nouvelle couleur que personne n'a jamais vue. Je n'oublierai pas la beauté de l'imprudence, les  réveils à se chercher, les premières fois hésitantes.  De grands voyageurs, amoureux de la possibilité d'échouer, pour tomber, poser un genoux à terre et sourire en voyant le monde d'aussi bas.

Ce jour sera éternel et l'Italie,  avec ses oliviers et ses sculptures florentines, s'invitera aux terrasses de la Petite France. Nos mains ne seront plus jamais tremblantes. Nos cris ne seront plus silencieux. Il y aura un parfum de Toscane sur les cous dénudés. Serrons-nous encore comme deux jeunes mariés sans jamais ne rien nous promettre. Il nous faudra du danger pour ne pas sombrer dans les étagères poussiéreuses de la Cité. Ça nous ira mieux de douter, de changer et de ne ressembler à personne d'autre. Nous mettrons des masques vénitiens  transparents pour mieux inspirer. Nous respirerons trop fort pour rattraper le temps perdu.V comme Vivants. Anonymous aux visages découverts. James Dean, traversant les murs en Mustang rouge invisible. La fureur de ne pas vieillir. Nous nous allongerons debout pour rêver dans des draps qui n'existent pas. Nous referons le monde à travers la mousse neigeuse d'une bière  du Kilimandjaro .Tu seras Tomi Ungerer et nous dessinerons le futur, assis à la table d'un troquet agité. Nous mettrons les Quatre saisons dans les têtes et du sang métissé dans les veines. Nous reviendrons pour ouvrir les écluses clandestines. Ne nous cachons plus dans des tunnels d'indifférence.Nous sommes là, remuants.

Chére Obscurité, il est temps que tu ouvres les yeux et que Strasbourg nous bouscule, nous secoue et nous crache  ses beautés cachées à la gueule.

Oubliés les destins lisses. Oubliées les histoires  pour  narcoleptiques.Martine ne va plus à la plage. Martine ne fait plus la cuisine.  Martine n'est plus la petite fille parfaite qui ne tâche jamais sa robe parfaitement repassée.  Martine est hétéro, lesbienne, gay, bi ou trans. Martine veut baiser où elle veut, quand elle veut et avec qui elle veut sans avoir à se justifier. Martine est un arc-en-ciel qui brille la tête haute. Martine veut gagner autant que Martin. Martine ne veut plus se faire peloter dans le tram. Martine ne veut plus se faire traiter de pute dans la rue.Martine se retient depuis trop longtemps. Martine montera au sommet de la Cathédrale et hurlera jusqu'à ce que le monde s'arrête de marcher et se retourne pour l'écouter. Aux noms de toutes celles et ceux à qui on a coupé les cordes vitales. Ça vaut la peine de rêver trop fort et de se réveiller en sueur au milieu d'un terrain vague.

Pour les gamins qui seront en âge de voter.  Pour les bébés Tinder à qui il faudra expliquer que faire l'amour ne s'apprend pas sur Youporn et que les souvenirs d'une vie sont dans la tête et le coeur, pas sur Instagram.Sinon, nous sommes condamnés à errer au milieu d'un marché de noël sans fin comme Macaulay Culkin dans Maman j'ai raté l'avion,  à murmurer le même poème, inlassablement,  en attendant nos parents dans une maison trop grande, à empêcher les Casseurs-Flotteurs de l'inhumanité de faire couler le monde, un soir de décembre enneigé.                

                                          

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