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Les pieds suspendus dans un vide abyssal de trente centimètres, elle secoue ses gambettes de moineau pour signifier à sa mère que le travail peut commencer. Ses grands yeux verts sont des armes de séduction massive traversant d’un regard perçant le cœur fragile des caïds du bac à sable.

Elle s’applique à décrocher les bouloches de son collant rose malabar pour les déposer précieusement dans sa boite à Choco BN top-secrète. Petite main discrète du pharaon de ses rêves, voilà plusieurs semaines que chaque matin, elle se donne rigoureusement à cette occupation afin de réaliser un projet titanesque.

Pendant que le monde ouvre à peine les yeux, que les Géants se poudrent le visage de poussières de clown pour jouer la comédie au bureau, elle sent qu’elle réalise quelque chose de grand, de monumental, d’essentiel dans l’histoire de la rêverie.  Mutine d’une réalité trop ennuyeuse, elle s’adresse solennellement à sa mère en se levant sur son siège :

« Maman, un jour tu seras ma Cléopâtre et tu seras fière de moi. Je t’emmènerai plus haut que les nuages, au sommet de la Pyramide des bouloches et on glissera dans une luge de barbe à papa jusqu’à faire une méga cascade tout en bas. Ça sera comme quand on va à la neige avec papa sauf qu’il ne fera pas froid et qu’on aura pas mal si on tombe ».

Les ignorants autour d’elle font mine de n’avoir rien entendu, pire encore, certains sourissent prétendant qu’à cet âge l’imagination n’a pas de limite.

 Elle se demande qui a le plus d’imagination, une petite fille de cinq ans qui récoltent des peluches en se goinfrant de bonbons ou les Géants  qui se racontent des histoires pour oublier que leur vie part en sucette ?