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C’est en commençant à descendre l’escalier aux rambardes rouillées que je compris que j’avais fait une erreur monumentale. Aller aux toilettes publiques, un samedi après-midi en plein mois d’août est un acte aussi suicidaire que de lécher la table d’un Mac Do ou de serrer la main d’Emile Louis.

Je croise des hommes remontant leur braguette avec un sourire mélangeant sadisme et fierté. Certains arborent une tâche sur leur cuisse comme une médaille de guerre pour acte de bravoure dans les tranchées. Chienne de guerre. La fameuse tâche de pipi à laquelle tout homme fait face lorsqu’il se jette sur l’urinoir en urgence pour soulager sa vessie pleine  de bière et oublie que le principe est de ranger son engin dans son slibard après l’avoir secoué comme le stipule Nadine de Rothschild dans son guide des bonnes manières (Cette phrase est très longue mais je fais ce que je veux).

J’aurais dû ramener mon bonnet de bain et mon pince-nez vu l’odeur de chlore qui émane de cet endroit.

La maître-nageuse vêtue d’une blouse bleue et d’un badge indiquant « Colette »  m’envoie un sourire qui en dit long sur la situation dans laquelle je me suis fourré.

Comme un gamin arrivant dans une nouvelle équipe de foot, mes collègues du pissoir me dévisagent avec compassion, ne manquent plus que la petite tape sur le dos,  l’Ode à la joie  et le teint orangé de Brigitte pour me prendre pour Emmanuel Macron arrivant devant la pyramide du Louvre.

De la musique d’ailleurs il y’en a une en fond, enfin si on peut appeler ça de la musique. Un subtil mélange  de Mat Pokora et de  flûte traversière, Mozart s’en mord le radius dans son cercueil.

 

Ceci n’est que le début d’un plan machiavélique destiné à limiter au maximum le temps de passage du client devant la cuvette. D’abord les oreilles qui saignent puis ensuite il faut s’armer de bottes en caoutchouc pour entrer dans la forêt magique de la pisse.

 

 Il s’agit bien d’un écosystème comparable à celui de mars, seules deux espèces peuvent y survivre : le mec au bord du suicide à cause d’une gastroentérite fulgurante et un champignon qui pousse sur le pubis de  Roco Sifredi.

Je vous conseille d’ailleurs de  toujours avoir  un kit de survie sur vous,  comprenant le guide des champignons comestibles que vous trouverez en pharmacie ainsi qu’une lampe torche, un piolet et un rouleau de papier toilette triple épaisseur pour peau sensible.

C’est en m’avançant vers l’urinoir comme un cow-boy rentre dans un saloon, que je sentis des regards lubriques attendre que mon ceinturon se libère. Le concours de la plus grosse bistouquette est toujours d’actualité, je pu enfin ressentir ce que Miss France ressent à  chaque fois qu’elle défile en maillot de bain sous le regard pervers de Jean-Pierre Foucault  et les commentaires de Geneviève de Fontenay.

S’en était trop. Devant cet affront visuel, je décidai de m’isoler en cabine privée. Ce fût encore pire qu’Ewan Mc Gregor dans Trainspoting. « Les chiottes les plus sales d’Ecosse » sentent la confiture de fraises à côté de ça. Ca pique les yeux. J’ai failli perdre la vue et dégueuler sur place en voyant une cuvette pleine d’excréments. Bordel, je me demande toujours pourquoi l’enculé avant moi n’a pas la décence de tirer la chasse d’eau après avoir fait sa boulette.

C’est plein de courage, avec un bout de papier WC imprégné de gel hydro alcoolique que j’appuie sur le bouton magique lorsque j’entends le type de la cabine d’à côté gémir comme un goret. Le cigare au bout des lèvres on dirait qu’il va claquer sur place ou accoucher à force de pousser comme un forcené. Je n’ose plus bouger. Je pourrai lui suggérer de faire la technique de respiration du chien pour que les contractions soient moins douloureuses et appeler le gynéco de garde mais soudain, miracle. La libération, une mitraillette de pets avant un final grandiose digne du feu d’artifice du 14 juillet, ponctué par huit minutes de tirage de rouleau de papier WC. J’en déduis donc deux choses : soit Monsieur est poilu, soit le papier WC est de mauvaise qualité.

 

C’est les boyaux en vrac, au bord du malaise que je me soulage tant bien que mal pour ressortir de la cabine, l’air victorieux, tel un barbare ayant battu des loups à mains nues. Je n’ose pas m’arrêter au distributeur de savon craignant de choper le tétanos ou les oreillons au contact de cet objet en plastique greffé dans la crasse et le carrelage.

 

Je me dirige discrètement vers la sortie, craignant que le type de l’hygiène hurle depuis son mirador et lâche les chiens. Mais rien. Colette est là. Digne. Je dépose une petite pièce jaune, honteux de n’avoir que ça au fond de ma poche.  Colette est bien plus que Madame Pipi,  c’est Wonder Woman qui nettoie la merde et la pisse de porcs sans respect. Alors merci Colette, juste pour vous, je reviendrai.